‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 384 sur 437 · ACTE II, SCÈNE IL 58i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL 58i

L'incertaine faveur d'un fils qui doit régner Contre un père régijant ne te doit pas gagner; Outre qu'un jour, guéri de son jeune caprice , II voudra mal peut-être à qui lui rend service.

OCTAVE

Sans égard du futur je dois tout à mon roi;

J'honore la couronne au front où je la voi.

Le sort me donne au fils , mais je n>e donne au père :

Chez vous je suis sujet et chez lui volontaire.

Oui, sire, assurez- vous de ma fidélité

En quoi qui soit utile à votre majesté ;

Car de m'imaginer nul dessein sur sa vie....

LE ROI

Ah ! tu verrois ma mort précéder cette envie : Oui , tout auteur qu'il est de mon cruel ennui, J'entends encor mon sang qui me parle de lui ; Il rend et ma menace et ma colère vaines ^ Et je le verserois pour en remplir ses veines. De cette affection naît l'utile dessein Que si confidemment je répands en ton sein. Mais tout ce long, discours dont je te solUcite^ A ton obéissance ôte de son mérite :

Tu sais, oui tu le sais, et toi seul de ma cour As vu naître et durer cette funeste amour. Pour quel indigne objet ce lâche cœur soupire, Et de quelle puissance il révère l'empire : D'une fille inconnue, et de qui les parens N'ont possédé chez moi ni dignité, ni rangs, Etrangère, sans biens, et sans autre avantage Que de quelques attraits qu'il trouve en son visage. D'ailleurs, tu sais l'accord en Pologne arrêté, Dont mon ambassadeur par mon ordre atiiaité»^

58a LAURE PERSÉCUTÉE,

Que la princesse vient, et que cette alliance De toute la Hongrie est Theur et J'espérance; Si bien que si dans peu leur commerce ne rompt , J'attends en l'attendant un éternel affront.

OCTAVE

Sire , je connois trop quel transport le domine y Et de quelle furie il court à sa ruine : Mais j'ai beau lui blâmer cet amour inégal, Pour souffrir le remède il aime trop son mal. Et, malgré les raisons que j'employc contr'elle^ Le prince n'en est pas moins soumis et fidèle.

LE ROI

M'obstinant ce matin contre son sentiment, Et blâmant sa folie et son aveuglement. Autant qu'il l'estimoit je l'ai dépeinte infême^ J'ai couvert sa vertu de reproche et de blâme , Et j'ai promis de faire à ses yeux aveuglés Voir ses débordemens honteux et déréglés. Sa guérison dépend de cette connoissance , Mais cette preuve. Octave , çxcède ma puissance; Car Laure, à ce qu'on dit, a trop d'honnêteté, Et passe tout son sexe en cette qualité ; C'est donc en ùe besoin qu'il faut que l'art agisse , Et je n'en attends rien si tu n'en es l'Ulysse. Avecque cet accès qui t'est libre auprès d'eux , Et ton esprit adroit , tu peux tout si tu veux. C'est ici que l'honneur est conjoint à la ruse : Un malade obstiné meurt si Ton ne l'abuse : Les remédies qu'on craint plaisent après l'effet. Et quelquefois il faut cacher même un bienfai|t. Prouve-moi donc ton zèle en ce besoin extrên*e ; Sers ton maître, ton roi, tort pays et toi-même;

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