ACTE IV, SCÈNE IL
DARAÎOE.
Non , non, que craignez^vous ? ce coup ne peut paroitre ,
Et moi vivant encore, elle ne peut plus être :
Cessez , rare beauté , ces efforts superflus :
Je suis Agésilan , Daraîde n'est plus :
Ne vous étonnez pas de l'adresse guerrière
Dont ce bras aux plus fiers fait mordre la poussière.
( Il se met aux genoux de Diane. )
Je suis amant et prince , et ce déguisement , S'il vous est une injure, attend son châtiment.
DIANE
Traître et lâche affrpnleur, dont Timpudente audace Ke peut être égalée, et toute autre surpasse, Tu ne changes pas seul, et mon affection, Ginvertie en fureur , change comme ton nom : Excuse, ni raison ne me peut satisfaire; Et si, pour mon honneur, il n'importoit de taire Ce c[ui trouble si fort mes sens et mes esprits , Crois que ton insolence auroit déjà son prix. Adieu , suis ton heureuse ou mauvaise fortune ; Après cette action jamais ne m'importune ; Qu'il ne t'arrive plus de paroitre à mes yeux, Et ne fuis pas l'enfer à l'égal de ces lieux.
(Elle sort. )
BAR A IDE, tombant éi^anouie,
O mort ! dernier espoir qui reste au misérable , Si ce coup vient de toi, que tu m'es favorable!
ARDiÊNiE, à part.
Dieux! combien d'artifice à son amour est joint! Qui ne diroit qu'elle aime et qu'elle n'aime point ; Que l'amour et la haine en son cœur trouvent place,
Et qu'une même chose est de flamme et de glace. Tome III. 5
Qu'elle a ce beau vainqueur mortellement atteint ! D une sombre couleur son visage se peint : Tel étOLt Adonis- aux pieds de Cy thërée , Quand de son corps si beau l'âme fut séparée.