‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 51 sur 437 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

SIDONIE, DARÂIDE, FLORISEL endormi.

SIDOTTIE.

Le voir privé de vie , et j'ai cause sa mort ! Vous pouvez-vous, mes yeux, résoudre à cet effort? O passion barbare ! importune vengeance ! Pernicieux remède! homicide allégeance!

BARAiDf lui donnant son épée , et tirant le rideau.

Voilà c^ beau vainqueur de votre liberté; Sa vie est au pouvoir de votre majesté : Vous ,voulez son trépas , vous demandez sa tête , Et mon bras vous remet Thonneur de sa conquête : La mort n^a pas cueilli ce butin précieux ; Son frère seulement a fermé ses beaux yeux : II sert sa sœur et vous , et laisse à votre envie Le pouvoir de résoudre ou sa mort ou sa vie.

siDOiriE, tenant répee.

G)mment, il n'est pas mort, ma Daraïde? ô Dieux! Dois-je ajouter croyance au rapport de mes yeux? Florisel endormi , désarmé , sans défense , Quand je l'attends le moins, tombe sous ma puissance! Vois-je ce beau sujet de mon cruel tourment ? Le puis-je sans miracle ou sans enchantement? Oui, je reconnois trop, aux traits de ce visage. Ce qui de la raison m'ota jadis l'usage : Voilà ce qui m'a fait si long-temps soupirer ; Le temps qui change tout n'a pu les altérer ; Ils captivent mon cœur avec les mêmes forces , Et pour plaire à mes yeux ont les mêmes amorces.

8o AGÉSILAW DE COLCHOS,

DARAÎDE.

n prétend que demain un combat entre nous^ Aux yeux de votre cour, calme votre courroux; Et moi , j'attends vos lois , prête à vous satisfaire , Si dans cette action j'ai l'honneur de vous plaire. '

8IDOiri£.

Quoi! le ciel ne peut faire à cet ingrat amant Avoir en ma faveur un remords seulement! Il faut pour l'arrêter que ce perfide meure, Et je ne puis vivant le posséder une heure ! Quel sujet de mépris et quelle aversion Le rendent insensible à mon affection ? Par quel secret pouvoir, par quelle destinée, Conservé-jé pour lui cette ardeur obstinée ? Quel invincible charme enchante mes esprits ? Pourquoi de tant de vœux payé-je des mépris? Tout perfide qu'il est, insensible, intraitable. Avec ces qualités il m'est encore aimable ; Et s'il pouvoit me rendre un amour mutuel , Je lui serois humaine autant qu'il m'est cruel; Mais il fait vanité du titre d'infidèle ; Il me fuit , et la mort à ses yeux est plus belle. Cet aimable inconstant et ce doux inhumain Se défend de m'aimer les armes à la main.

DARAÏDE.

A vos ressentimens le sommeil l'abandonne; L'amour vous le refuse , et le sort vous le donne; ' Sa vie est en vos mains.

SIDOiriE.

Je tente un vain effort , Je crains également et sa vie et sa mort;

, ACTE V, SCÈNE m. 8i

L^uoB et l'avipe m'est dure, et Tune et l'autre est douce ;

Mon amour me retient, quand ma fureur me pousse;

L'une sait m'irriter, et l'autre m'apaiser ;

Je voudrois le frapper , et voudrois le baisef .

O mouvemens divers, peur, désir, amour ^ haine,

Que tous également vous me causez de peine!

Etant bien amoureux, peut-on être inhumain?

Puis-je exercer ensemble et ma bouche et ma main;

Le baisant l'outrager , et l'outrageant le plaindre ;

Vouloir, ne, vouloir pgs i et désirer et craindre ?

Plût à nos dieuK, hélas! que ce doux ennemi

Le reste de ses jours pût rester endormi !

Quoiqu'il s'acquittât mal de l'amour. qui m'est due ,

Je jouirois au moins du plaisir de sa Tue ;

Comme une autre Psyché je viendrois nuit et jour •»

Sur ce lit précieux contempler mon Amour :

Mais à mes tristes yeux^ si je souffre sa vie ,

Cette félicité seroit bientôt ravie.

Il faut pour l'arrêter résoudre son trépas,

Et perdre ce cruel pour ne le perdre pas;

Sus donc , faut-il venger une amour méprisée ,

Et ma main de son sang doit-elle être arrosée?

Il est cruel, ingrat, perfide, suborneur,

Il m'a coûté des vœux , mon repos , mon honneur ;

lue traître doit périr ! mais las ! il a des charmes

Qui me le font aimer et m'arrachent les armes :

Qu'il vive , cet ingrat , qu'il Vive , et que les dieux

Soumettent mille cœurs au pouvoir de ses yeux !

Mourons, et que, pour preuve à sa force infinie ^

Aux objets de ses vœux il nomme Sidonie;

Signalons ses attraits, qu'il les puisse vant«r,

Et qu'il doive sa vie à qui va me l'ôter.

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