‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 7 sur 437 · ACTE I, SCÈNE IL i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL i

Et , chacun reposant , par des lieux inconnus Se soustrait au pouvoir de sa jeune Vénus. Jamais si vivement Tamante de Thésée Ne ressentit l'affront de se voir abusée ; Et Didon autrefois porta plus doucement De son beau fugitif Tingrat éloignement. Elle crie, elle pleure; une rage soudaine D'une extrême amitié fait un objet de haine; Rien ne la peut résoudre , et sa juste fureur Ne médite que sang, que carnage et qu'horreur* Mais son ressentiment n'a point d'autre allégeance : La fuite du coupable empêche sa vengeance; Et ce jeune inconstant, trop ingrat et trop vain, Ne considère point l'effet de son dédain*

Enfin de leurs baisers naquit une princesse

Souffrez qu'ici ma vie et ma parole cesse :

Il m'est honteux de vivre à ce ressouvenir;

Et d'elle^ ce portrait vous peut entretenir.

Diane fut le nom de cet ange visible.

Où le temps a fait voir , par un cours insensible ,

Tant de trésors puisés des richesses des cieux;

Que qui ne Taîme pas est sans cœur ou sans yeux.

Tout ce qu'ont fait de rare et l'art et la nature ,

Tous les efforts du ciel sont moins que sa peinture.

Et jamais ne parut entre les immortels

Une divinité digne dé tant d'autels.

Elle est de mille rois l'amour et les délices ;

Tous vont à ses beautés offrir leurs sacrifices ;

Et Sidonie enfin, suivant sa passion,

Use pour se venger de cette invention :

Diane , en une tour par ses soins retenue ,

Et de qui le soleil à peine obtient la vue.

i6 4GÉSILAN DE COLCttOS ,

Par édit qu'elle a fait, doit être un instrument

Pour immoler ce traître à son ressentiment :

Elle est par cet ëdit promise pour conopiête

 qui de Florisel lui portelra la tête :

Elle en fait disperser un nombre de portraits;

Et quiconque les voit, charmé de tant d'attraits.

Flatte sa passion d'une espérance vaine ^

Et cherche en Florisdi le secours de sa peine.

Mais ce prince inconstant, toujours victorimix,

Ne fait que ses jouets/ de ces audacieux,

Fait éprouver à tous sa valeur infinie ,

Et cjaptifs les envoie aux pieds de Sidonie.

Tel, puisqu'il plaît au sort, quoique d'iUustre «ang,

Vaincu de Florisel, je vais croître leur rang.

Forcé de r^ioncer, par le malheur des armes,-

A la prétention de posséder ses chamies.

AGÉSILAN

Votre malheio: est grand ; mais la constance enfin Adoucit le plus rude et le pire destin.. Une inutile amour doit tôt être banikie ; Et savoir mépriser ce que le sort nous nie Est contre ses assauts un effort glorieux , Et c'est en quelque sorte être victorieux. . Mais, ô brave guerri^, puîs-je sans vous (déplaire Vous demander un bien à votre bien contraire. Qui blesse vos regards, et peut à tout propos , Si vous le conservez , tro«iÛer votre repos ?

BRUKKO.

Que vous puis-je accorder? disposez de ma vie. Vous méditez des yeux Tobjet de votre envie ; Ce portrait, en qui l'art ne «e peut trop louer, Est ce qui vous plaît tant

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