ACTE I, SCENE IL
Je n'osois Tavouer,
Il est à vous , adieu ; mais en ce doa fimeste Vous prenez un serpent , un {ioison , une peste ; Encore deux regards vous enchantent les sens, Et vous font adorer ces meurtriers innocens. Florisel est vaillant; j'éprouve à mon dommage Combien il a d'adresse et quel est son courage. Veuille pour vous le ciel avoir plus de bonté Que de vous exposer à son bras indompté.
(Il sort.)
AG1ÊSILAK, à part.
Pareil au criminel dont un mortel breuvage D'un effort inconnu tranche le cours de Tâge, h me sens consumer d'une invisible ardeur, Qui tout d'un coup attaque et consume mon cœur> Pareille ne fut pas à ce feu qui me tue L'amour de l'artisan qui servit sa statue , Et dont les innocens et sensibles transports ' Firent répandre aux dieux une âme dans son corps. De quel effort, ô dieux! est mon âme agitée? Par quel sort est sitôt ma raison enchantée? Cessez, dédains, froideurs, repos, orgueil, plaisirs, Et cédez à l'ardeur de mes nouveaux désirs. Si l'art de la nature imite cet ouvrage, Et si cette merveille égale son image , Quel dieu peut justement lui refuser l'honneur D'établir en ses voeux sa gloire et son bonheur? Heureux Agésilan, si pour de si doux charmes n t'est permis un jour de répandre des larmes! Tome III. a
i8 AGÉSILAN T>E COLCHOS,
Heureux qui peut l'aimer, et plus heureulL encor *Ceux qui posséderont un si rare trésor!
( A Darinel. )
Adore, Darinel, ce miracle visible :
Peux-tu voir wfe i>eautés^ et paroîtfe iYisen^ible? Adore, impie, adoce un objet si charmant; Montre en cett^ action un peu de jugeinent. Quoi ! ton âme «st tranquille et n'en est pas ravie !
DARINEL
Mais me répondei-vous du repos de ma vie? Sentirez-vous mes fers? et quand je serai pris, Tâcherez-vous pour moi de toucher ses esprits? Je me (latterois bien d'une espérance vaine : Chacun feroit pour soi, chacun ressent sa peine; J'aurois des confidens bien moins que des jaloux; Et , la pouvant donner, vous la prendrez pour vous.
AGÉSILAK.
Trêve , cher Darinel , à tout dessein de rire ,
Quand mon cœur est touché d'un si cruel martyre;
Trêve pour un moment de tes belles humeurs ,
Et trêve au passe-temps quand tu vois que je meurs.
Quelles inventions, et quel moyen possible
Peut à des yeux mortels rendre un ange visible?
Quel utile conseil peut inspirer l'amour,
Pour tromper ce jaloux et forcer une tour?
Si tu peux m'assister d'un avis salutaire,
Tu me seras un dieu.
DARINEL
Qu'avez-vous tant à faire ?
Déguisez votre sexe, et sous d« faux habits. Comme on dît que les dieux en ont usé jadis,
. ACtE I, SCÈKE II, 19
Usez des privautés qu'un autre habit vous nie : Allez servir Diane et tromper Sidonie.
Que ne charmerez-vous avecque tant d'appas ^ £t quels yeux si subtils ne tromperez-vous pas? D'homme devenez fille, et maîtresse de maître; A peine seulement vous pourrois-je connoître.
AGÉSILAir.
0 rare invention! favorable conseil!
£st-il un autre esprit à ton esprit pareil? Partons avant 1? nuit, et cherchons en Guindaye, Sous de faux vêtemens, lappareil de ma plaie^ D'uDe si douce ardeur mon cœur est embrasé. Que tout dessein me tarde et que tout m'est aisé.
(llàbrt.; DARINKL.
Que vois-je? de quel genre est sa mélancolie? Quel est ce feu qu'il vante et qu'il trouve si doux? 0 dieux, dont le pouvoir préside à la folie, Jetez les yeux sur lui; il a besoin de vous.
FIN DU PRCMIEIL ACTE
ao AGÉSILAN DE COLCHOS,
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