SCÈNE PREMIÈRE
FÉLISMOND, HERMANTE.
F^LISHOND.
Urgusilleusb beauté, puisque tant de prières Ne peuvent t'obliger à finir mes misères, Que je perds à te suivre et mes pas et mon temps. Et qu'ainsi que mes maux tes mépris sont constans, Que tardent contre moi les effets de ta* haine? Sois-moi plus rigoureuse , ou sois-moi plus humaine , Que la mort soit le prix de ma ferme amitié ; Sois pour moi sans respect ainsi que sans pitié.
HERMANTE.
Tels sont des amoureux les discours ordinaires; Ils réclament toujours ces morts imaginaires : Mais tel qui nous paroit la souhaiter le phis Ne la demande point qu'assuré du refus. Moi, que j'exécutasse un projet si barbare! Que j'ôtasse à l'Épire un monarque si rare ! Que mille fois la mort prévienne c» dessein , S'il doit être, cruel, dans ce coupable sein.
ia6 L'INNOCENTE INFIDÉLITÉ,
FELISMOND.
Prononce seulement cet arrêt favorable.
Mon bras l'accomplira contre ce misérable.
StXRMANTE.
Quoi que votre^ grandeur tous fasse présumer, (Le dirai-je en un mot?) je ne vous puis aimer, Et je ne puis songer sans un regret extrême D'avoir abandonné mon honneur et moi-même. J'ai rompu tous les traits dont mon cœur fut touché : Un tardif repentir vaut mieux qu'un long péché*
FÉLISMOND.
x\h! c'est trop, inhumaine, irriter ma constance; Un pouvoir absolu vaincra ta résistance ; Tu dois à mon amour les plaisirs que je veux; '
Et qui manque une foia s'oblige à faillir deux. Ce repentir est vain où ton esprit se fonde; La première fiiveur engage à la seconde;* Mais par un seul regard réprime ces transports; Et ne m'oblige point aux extrêmes efforts.
HERMANTE.
Contre un ferme dessein toute puissance est vaine , Et de l'indifférence elle produit la haine. Quelque effort violent qui nous puisse assaillir. Pouvant souffrir la mort on peut ne point faillir.
FELISHOND.
Ah! triste Féhsmond, relàeho Ion courage
 tous les uKiuvemeqs et de haine et de* rage ,
Et que ton anour cède à ton aulorki
Le droit de s'employer contre sa cfuauté.
Ne laisse pas le jour aux ingrats qui t'en- privent ,