‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 127 sur 432 · ACT£ II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACT£ II, SCÈNE II

SCiNE II.

Les mêmfs; LADISLAS.

LADisLAS, apart.

Cède, cruel tyran d'une amitié si forte , Respect qui me retiens , à l'ardeur qui m'emporte : Sachons si mon hymen ou mon cercueil est prêt \ Impatient d'attendre , entendons mon arrêt!

'(A Cassandre.)

Parlez, belle ennemie : il est temps de résoudre Si vous devez lancer ou retenir la foudre; Il s'agit de me perdre ou de me secourir. Qu'en avez-vous conclu? faut-il vivre ou mourir? Quel des deux voulez- vous , ou mon cœur ou ma cendre ? Quelle des deux aurai-je, ou la mort ou Cassandrc? L'hymen à vos beaux jours joindra-t-il mon destin , Ou si votre refus sera mon assassin ?

CASSANDRE

Me parlez-vous d'hymen ? voudriez- vous pour femme L'indigne et vil objet d'une impudique flamme? Moi, dieux! moi la moitié d'un roi, d'un potentat! Ah! prince! quel présent feriez-vous à l'état, De lui donner pour reîne une femme suspecte ; Et quelle qualité voulez«vous qu'il respecte En un objet infôme et si peu respecté. Que vos sales désirs ont tant sollicité?

LADISLAS

Il respectera donc la vertu la plus digne *

Dont l'épreuve ait jamais fait une femme insigne ,

Et le plna adorable et plus divin objet

Qm de son souverain fit jamais son sujet.

le sais trop ( et jamais ce cœur ne vous approche ,

aoo VENCESLAS,

Que confus <le ce crime il ne se le reproche)

A quel pmnt d'insolaice et d'indiscrétion

Ma jeunesse d'abord porta ma passion ;

Il çst vrai qu'ébloui de ces yeux adorables

Qui font tant de captifs et tant de misérables.

Forcé par des attraits si dignes de mes vœux,

Je les contemplai seuls et ne recherchai qu'eux.

Mon re$pect s'oublia dedans cettç .poursuite.

Mais un «nour enfant put manquer de conduite :

Il portoit son excuse en son aveuglement ,

Et c'est trop le punir que du bannissement.

Sitôt que le respect m'a désillé la vue ,

Et qu'outre les attraits dont vous êtes pourvue,

Votre soin, votre sang , vos illustres aïeux,

Et vos rares vertus m'ont arrêté les yeux ,

De mes vœux aussitôt réprimant l'insolence ,

J'ai réduit sous vos lois toute leur violence ,

Et, restreinte à l'espoir de notre hymen futur.

Ma flamme a consumé ce qu'elle avoit d'impur :

Le flambeau qui me guide et l'ardeur qui me presse

Cherche en vous une épouse et non une maîtresse :

AccordezJa , madame , au repentir profond

Qui détestant mon crime à vos pieds me confond :

Sous cette qualité souffrez que je vous aime ,

Et privez-moi du Jour plutôt que de vous-même ;

Car enfin si l'on pèche adorant vos appas ,

Et si l'on ne vous plaît qu'en ne vous aimant pas.

Cette offense est un mal que je veux toujours faire,

Et je consens plutôt à mourir qu'à vous plaire.

Et mon mérite, prince, et ma condition, Sont d'indignes objets de votre passion :

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