ACTE I, SCÈNE III. SgS
Où la crainte et Tamour ont bien dû m'engager ?
Et juge si je dois épargner la ruine
De tout ce qui s'oppose au bien qu'on me destine.
AUROITTE.
Comte , je vous entends ; ce Flaucat massacre Du trône prétendu fait le premier degré. Ses amours découverts doivent rendre nos vies De votre heureux destin les premières hosties.
LIÉVIGILDE.
Le ciel m'en est témoin ; quelque heur qu'il m'ait promis ,
Je ne le cherche point au sang de mes amis :
Mais je dois plus chérir ma tête que la sienne
Dans la nécessité de sa perte ou la mienne.
Qu^il cesse désormais de se faire un rival-
D'un prince dont le bras lui peut être fatal.
ADROITTE.
Eh bien , pour vous ôter ce prétexte frivole , On vous rend votre fille avec votre parole.
LÉVÏGÏLDE.
O généreux rival ! ô sincères ardeurs ,
Que je préférerois à toutes les grandeurs ,
Si le sort, obstiné dans ce qu'il nous ordonne,
Eût laissé dans mon choix ton cœur et sa couronne !
Auronte , c'est assez : si je suis écouté ,
Flaucat recevra plus qu'il ne m'aura quitté. '
(Il sort.) AURONTE, seul.
Crédule ambitieux , dont l'espoir trop frivole S'attache aveuglément à la première idole, Va , triomphe et jouis avec avidité
D'un fantôme trompeur que je t'ai présenté ;
59(5 UILLUSTRE AMAZONE,
Que ton ambition toute persuadée
S'en forme avec plaisir des trônes en idée ,
Et , parmi les erreurs d'un tableau si charmant ,
Donne à ce grand bonheur quelque vain fondement.
Mais pendant qu'en secret le trône est ta conquête,
Donnons- nous le loisir d'en abattre la tête.
FIN DU PREMIER ACTE