ACTE II, SCÈNE IV
SIGISMOND
Mon bras est -il aimé que pour vous protéger?
CLOTILDE
Vouloir m'assassiner , est-ce bien me venger? Et n'est-ce pas plutôt , par un coup bien horrible, Me frapper à l'endroit où je suis plus sensible , Que de m'aller chercher dans le sein d'un époux ?
SIGISHOND.
Un époux ! le barbare !
CLOTILDE
Hélas! que faites -vous?
Tout barbare qu'il est , mon frère , enfin , je l'aime ^ Et vois en mon époux une part de moi-même. Contre les cruautés dont je ressens l'effet Je ne saurois former qu'un murmure imparfait ; Que si dails ces excès ma douleur le veut faire , L'amour incontinent l'oblige de se taire , Condamne mes sanglots , censure mes désirs , Et pour nie reprocher jusqu'aux moindres soupirs, Me découvrant en lui la moitié de mon âme , Dit qu'il est mon époux et que je suis sa femme. A ce doux souvenir mes regrets condamnés Meurent sans s'expliquer aussitôt qu'ils sont nés : Bien loin de le punir , je soupire et je n'ose , Me plaignant de mes maux , en accuser la cause. Quelques traits rigoureux qui me puissent toucher. Quand je les vois partir d'un bras qui m'est si cher, Une part de mon cœur , l'autre étant offensée , Excuse en ma douleur la main qui m'a blessée. Oui, si j'en fuis le coup, j'en aime encor l'auteur, Et chéris mon époux dans mon persécuteur.