‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 413 sur 432 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

FLAUCAT; JUDITH.

JUDITH

V A , cruel , va mourir , rejoindre ton ami ,

Et porte- lui ce cœur que je n'ai cpi'^ demi.

Ingrat ! car il est temps que ma douleur accable

D'un trop juste reproche une âme impitoyable ,

Jusqu'ici par raison je t'avois combattu ,

Je n'appelois l'amour qu'une fausse vertu ;

Mais je ne disois pas ce que te de voit dire

Le pitoyable état où tu me vas réduire.

Je croyois que l'amour te pourroit faire voir

Mon honneur sans appui, tes sermens, ton devoir, '

Qu'jelle t'en parldroit. Hélas ! qu'elle eàt muette ,

Puisqu'il faut aujourd'hui que j'en sois l'interprète,

Et que sa foible voix dans le cœur d'un atnant

A pour se faire ouïr besoin d'un truchement !

Qu'elle est bien languissante et qu'elle a peu de charittes ,

Si de tant de soupirs et parmi tant de larmes

Qu'un lâche désespoir te fait verser pour toi ,

Je n'en vois pas couler une seule pour moi..

(nS LILLUSTRE AMAZONE,

FLAUCAT.

Pures expressions d'une âme tonte pure !

larmes j soupirs, s^mglots, sou{£rez-¥ous cette injure?

Pouvez-Tous démentir , enfims de mon amour.

Ce père généreux qui tous a mis an jour!

Si du fond de mon cœur tous prenez votre course ,

Pâroissez en mes yeux tels que Test votre source ,

Portez-y s'il se peut ce cœur tout enflammé.

Faites-y voir l'ard^nr dont il est animé.

Bfadame, si mon âme en ces pleurs épandiée

Pour se justifier est encor trop cachée ,

Permettez que ce fer au milieu de mon flanc

Donne une heureuse issue à la voix de mon sang ,

Que, formant de. sa plaie une bouche éloquente;.

Mon cœur plaide par- là pour sa flamme innocente,

Et qu'il vous fasse voir que ces soupirs lancés

Ne partent que des lieux que vous avez blessés.

JUDITH

Va , parmi les malheurs que le destin nous livre , Il nous Ole le choix de mourir ou de vivre. Flaucat, il faut mourir. Le sort et ton devoir T'engagent à la mort , il faut la recevoir. Mais ne crois pas enfin effacer cette tache De honteux , de parjure , en une mort si lâche. Meurs , je vais l'effacer en mon sang confondu En celui du tyran que j'aurai répandu.

C'est ainsi que je veux qu'il te venge et t'acquitte Des sermens de ton cœur et que ta main évite. Va , tu verras bientôt mon ombre sur tes pas Te reprocher l'honneur d'un glorieux trépas.

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