ACTE IV, SCENE IL
FLAUGAT.
D'immoler sur le trône un tyran à Tétat.
Ainsi qu'il n'étoit point de victime plus juste ,
Nous ne pouvions choisir un autel plus auguste ,.
Ni la sacrifier avec plus d'ornement.
Mais enfin le destin en dispose autrement ,
Soit qu'il ait d'autres mains pour ce grand sacrifice,
Soit qu'il n'ait pu souffrir qu'un si léger supplice
Ait dérobé ta tête aux rigueurs de ton sort ,.
En te laissant périr d'une trop douce mort :
Mais il veut que ton sang , pour le bien satisfaire ,
Traîne dans le tombeau ton âme sanguinaire,
Faisant rougir l'état de nous avoir donné
Au lieu d'un souverain un monstre couronné.
iÉBROIN.
Triompher de son crime avecque tant d'audace ! Ne souffrez plus...
AMALON.
Enfin ma colère se lasse.
JUDITH, varoissant.
Suspendez un arrêt qu'on ne peut prononcer , Sans connoître sur qui vous le devez lancer. Prince , vous ne savez de ce complot funeste Que la moitié du crime; écoutez -en le reste.
AMALOI)^.
Les perfides ainsi disposoient de mon sort ; J'étois en leur complot ministre de ma mort , Et , par un attentat digne d'une mégère, Ministre de la vôtre aux yeux de votre père. Ah , traîtres ! ah cruels ! scélérats ! mon trépas
Pour soûler vos fureurs ne vous sufBsoit pas ! Votre crime vouloit avoir quelque justice , Et que ma mort passât pour un juste supplice ; Que mourant je serois criminel en effet D'un crime malheurux que je n'avois pas fait. Mds le ciel a voulu que dans ce sacrifice Auronte...
JUDITH
Non , seigneur , il s'est fait injustice , S'il a cru se punir d'un si noble dessein. Amalon, reconnois quel est ton assassin. Il faut lever le masque , et que mon cœur l'affronte. Non , non , n'accusez pas Flaucat ni cet Auronte , L'un et l'autre pour moi conspirent contre vous : Us empruntent de moi les traits de leur courroux ; J'inspire dans leur cœur le feu qui les anime , Et , s'ils sont criminels, c'est moi qui £ûs leur crime.
AMALON.
O tonnerre ! ô carreau qui vient de me frapper ! Quoi ! vous , et contre moi ?
FLAUCAT.
Vous vous' laissez tromper ; Et ne voyez -vous pas que c'est un artifice Par lequel elle veut me tirer du supplice ?
AMALON.
Grâce à mon assassin si digne du trépas ?
FLAUCAT.
La grâce que je veux , c'est de n'en avoir pas. Lu mort m'est une vie et la vie une peine , De la main d'un tyran s'il faut que je la tienne.