ACTE IV, SCÈNE II
AMALOH.
Orgueilleux cripiinel , je te rendrois content Et te ferois heureux , ingrat , en peu de temps , Et saurois te laisser goûter à longue haleine Ce bonheur prétendu dans l'aigreur de ta peine , Si ta mort ne portoit une injuste pitié Dans un cœur qui du mien fait une autre moitié. Madame , bien qu'il soit hors de grâce et d'excuse , Néanmoins...
JUDITH
Quoi ! souffrir encor qu'il vous abuse ! Tyran , car il est temps pour vaincre ton erreur , Il faut que mon discours s'accorde avec mon cœur , Tu te rends vainement crédule à qui t'affronte ; Je te le dis encor : Flaucat ni cet Axn^onte...
AMALON.
Je t'entends , insolente , et ta langue et ton cœur Se sont trop accordés pour vaincre mon erreur. J'aimois d'être trompé ; mon esprit doute encore D'en concevoir l'horreur en celle que j'adore : J'ignore et je le sais, je crois et ne crois point, Et mes sens abusés n'écoutent sur ce point Que le charme flatteur d'un amour qui conteste La vérité qu'il voit et que mon cœur déteste. Ombres que je chéris, douces perplexités, Fantômes de l'erreur, en vain vous me flattez.
FLAUCAT.
La vertu , dont l'éclat brille quand on l'accable , Peut faire des jaloux sans en être coupable. Si l'on est criminel pour donner de l'amour , Otez tous les objets que nous offre le jour.
63r> L'ILLUSTRE AMAZONE,
AMALOir.
Que ton discours me plaît ! que mon esprit malade
Croiroit Étalement ce qu'on lui persuade^
Si...
JUDITH
Si mon coeur , tyran , pouvoit se démentir^ Jusqu'à dissimuler un lâche repentir.
Apprends donc , car je veux, te rendre ce service , Afin que ta fureur s'irrite à mon supplice , Apprends qui t'a trompé ; qu'avant de recevoir L'horreur que ton amour m'avoit fait concevoir , Long -temps, auparavant nos flammes étoient nées. Et nos pères déjà les auroient couronnées , Si l'enfer n'eût porté notre flamme au tombeau , Pour allumer ton cœur d'un funeste flambeau..
FLAUGATi
Vous avez entendu la cause de mon crime; Et qui jugera bien de l'ardeur qui m'anime , Trouvera que je suis criminel en effet , De l'avoir entrepris et ne l'avoir pas fait.
AMALON.
Va, je t'en punirai. J'entreprends sa vengeance : Conserve pour tantôt cette fière insolence.
JUDITH
Penses - tu séparer mon sort d'avec le sien ? -
AMALOIR.
Je veux rompre , madame , un funeste lien Qui vous tient attachée au crime d'un rebelle.
JUDITH
Tu crois jusqu'à ce point me rendre criminelle ? Quoi ! pour tirer de lui mon supplice et ma mort ,