‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 426 sur 432 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

Oui , seigneur , ce couteau , cette lame innocente , De la mort de sqn maître encor toute fumante , N'attend plus qu'on la pousse et qu'on la fasse agir Pour se laver d'un sang dont je la fais rougir. Qu'elle se plonge au mien pour en être purgée ; Qu'elle venge son maître après m'avoir vengée. Fuis -je lui refuser, après un tel bienfait, De la laver ici du crime que j'ai fait ? Entrer dans le cercueil avecque tant de gloire , C'est entrer dans le port sur un char de victoire. J'aurois déjà cueilli de ce bras criminel , Au milieu des cyprès un laurier éternel , Si le ciel, arrêtant 4e coup du sacrifice, De ses justes arrêts ne m'eût rendu complice. Je me croyois victime , et Dieu , dans son dessein , Pour en frapper un autre avoit choisi ma main.

SIGISMOND

Mais Amalon est mort , il faut lui satisfaire.

JUDITH

Seigneur, vengez -le donc, mais en juge sévère. Quelque tourment sur moi que l'on veuille essayer , S'il ne faut- que du sang , j'ai trop de quoi payer. Ce sein , où les affronts n'ont pu trouver de place , Recevra tous vos coups comme des coups de grâce. Mais afin que ma peine égale mes forfaits. Seigneur, vous a-t-on dit tous les maux que j'ai faits? Savez -vous qu 'Amalon n'est pas mon plus grand crime , Qu'il est de ma fureur la plus juste victime,

Qu'Auronte empoisonné , que Flaucat O penser J

O glaive de douleur qui vient de me blesser !

SIGISMOrrD.

Sèche tes pleurs.

65a L'ILLUSTRE AMAZONE,

JUDITH

Hélas! ces pleurs qui- m'ont trahie Vous ont' ils déjà fait, de juge et de partie , L'avocat de mes jours et mon consolateur ? Ah ! ne regardez plus ce visage flatteur; Mon cœur y en ce moment que je pleure et soupire , ' Reproche à ma douleur d'avoir pris trop d'empire. Fa|loit-il me trahir, foible ressentiment, Et corrompre celui qui vengeolt un amant ? Fiaucat , je te trahis ; qui sera ton refuge ? Puis -je vivre...

SIGISMOICD.

Amalon en veut être le juge r Refusez -vous l'arrêt?

JUDITH

J'ai lieu de le bénir.

S'il nous a séparés il va nous réunir.

SIGISMOND

Dans le lit de la mort il vous a condamnée.

JUDITH

A quoi ?

SIGISMOBID.

De vivre heureuse.

JUDITH

A vivre infortunée.

SIGISMOND

Il a dedans son sang signé votre pardon.

JUDITH

A qui voudroit mourir la vie est -elle un don ? Il se venge en effet .encore après sa chute ,

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