SCÈNE IL
Le MiME; MARCELLE, LE GEOLIER.
i<E GEOLIER, à Hfarcel/e.
Entrez.
(Le geôlier sort.) MARCELLE.
£h bien, Genest, cette ardeur insensée Te dure-t-elle encore, ou t'est-elle passée? Si tu ne fais pour toi , si le jour ne t'est cher , I
Si ton propre intérêt ne te sauroit toucher, Nous osons espérer que le nôtre possible En cette extrémité te sera plus sensible, Qae t'étant si cruel tu nous seras plus doux , Et qu'obstiné pour toi tu fléchiras pour nous : Situ nous dois chérir, c'est en cette occurence; Car, séparés de toi, quelle est notre espérance? hrquel sort pouvons-nous survivre ton trépas? Itque peut plus un corps dont le chef est à bas? Ce n'est que de tes jours que dépend notre vie; loQs mourrons tous du coup qui te l'aura ravie; îu seras seul coupable , et nous tous en effet , bons punis d'un mal ^e nous n'aurons point fait.
G'EITEST.
S d'un heureux avis vos esprits sont capables , [Hrlagez ce forfait, rendez-vous-en coupables, i^Yous recohnoîtrez s'il est un henr plus doux (k la mort qu'en effet je vous souhaite à tous. ^Otts mourriez pour un Dieu dont la bonté suprême», Tous faisant en mourant détruire la mort même,
74 SAINT GEKEST,
Feroit Tétenûté le prix de ce moment, Que j's^ipelle une grâce et yoiis un diâtîment.
MARCELLE
O ridicule erreur de vanter la puissance
D'un Dieu qui donne aux siens la mort pour récompense!
D'un imposteur, d'un fourbe et d'un crucifié! *
Qui l'a mis dans le ciel? qui l'a déifié?
Un nombre d'ignorans et de gens ûmtiles ,
De malheureux, la fie et l'opprobre des villes;
De femmes et d'en&ns dont la crédulité
S'est forgée à plaisir une divinité ;
De gens qui , dépourvus des biens de la fortune ,
Trouvant dans leur malheur là lumière importune, ^
Sous le nom de chrétiens font gloire du trépas,
Et du mépris des biens qu'ils ne possèdent pas,
Perdent l'ambition en perdant l'espérance, ,
Et souffrent tout du sort avec indifférence!
De là naît le désordre épars en tant de lieux ; j
De là naît le mépris et des rois et des dieux, ..
Que César irrité réprime avec justice
Et qu'il ne peut punir d'un trop rude supplice.
Si je t'ose parler d'un esprit ingénu ,
Et si le tien-, Genest, ne m'est point inconnu,
D'un abus si grossier tes sens sont incapables;
Tu te ris du vulgaire et lui laisse ses fables,
Et pour quelque suje^.mf^is qui nous est cadbé,
A ce culte nouveau tu te feins attfiché.
Peut-être que tu pleins, ta jeunesse passée ,
Par une ingrate cour- si nu^ récompensée :
Si César, en effet, étoit plus généreux.
Tu Tas assez suivi pour être plus heureux :