‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 48 sur 432 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Mais dans toutes les cours cette plainte est cuiumuiiis

Le mérite bien tard y trouve la fortune ;

Les rois ont oe penser inique et rigoureux ,

Que sans nous rien devoir nous devons tout pour, eux ,

Et que nos vœux, nos soins, nos loisirs, nos personnes,

Sont de légers tributs qui suivent leurs couronnes.

Sotie métier surtout, quoique tant admiré,

£tt l'art où le mérite est moins considéré.

Mus peut-on qu'en souffrant vaincre un mal sans remèdr ?

Qui sait se modérer, s'il veut tout lui succède.

Pour obtenir nos fins n'aspirons point si haut ;

A qiû le désir manque aucun bien ne défaut.

Si de quelque besoin ta vie est traversée ,

Ne nous épargne point, ouvre-nous ta pensée;

Parle, demande, ordonne, et tous nos biens sont tiens.

Hais quel secours , hélas ! attends-tu des chrétiens ?

Le rigoureux trépas dont César te menace ,

Et notre inévitable et commune disgrâce.

GRNEST.

Harcelle , avec regret j'espère vainement De répandre le jour sur votre aveuglement , Puisque vous me croyez l'âme assez ravalée , Dans les biens infinis dont le ciel l'a comblée , Pour tendre à d'autres biens , et pour s'embarrasser Von si peu raisonnable et si lâche penser. Ion, Marcelle, notre art n'est pas d'une importance à m'en être promis beaucoup de récompense ; U Ëiveur d'avoir eu des Césars pour témoins Vi trop acquis de gloire et trop payé mes soins. ^ vœux , nos passions , nos veilles et nos peines , It tout le sang enfin qui coule dans nos veines ,

Sont pour eux des tributs de devoir et d'amour ,

Où le ciel nous oblige en nous donnant le jour;

Comme adssi j'ai toujours, depuis que je respire,

Fait des vœux pour leur gloire et pour l'heur de it^eimpirto

Mais oïl je vols s*agir de l'intérêt d'un Dieu

Bien plus gf and dans le cdel qu'ifs ne sbiit en ce lieu ,

De tous les empereurs l'empereur et le nteître,

Qui seul me peut sauver comme il m'a donné l'être,

Je soumets justement leur trône à ses aûtds,

Et contre son bonheur ne dois rien aux moitels.

Si mépriser leurs dieux est leur être. rebelle; ' '

Croyez qu'avec raison je leur suis infidèle,

Et que, loin d'excuser cette infidélité.

C'est un crime innocent dont je fais vanité. "^

Vous verrez si des dieux de métal et de pierre

Seront puissans au ciel comme on le croit en terre, '

Et s'ils vous sauveront de la juste fureur

D'un Dieu dont la créance y passe pour erreur :

Et lors ces malheureux, ces opprobres des villes.

Ces femmes, ces enfans et ces gens inutiles.

Les sectateurs enfin de ce crucifié.

Vous diront si sans cause ils Font déifié. • '

Ta grâce peut, Seigneur, détourner ce présage.

Mais, hélas! tous l'ayant, tous n'en ont pas l'usage;

De tant de conviés bien- peu suivent /tes pas , "

Et, pour être appelés, tous ne répondent pas.

MARCELLE

Cruel, puisqu'à ce point cette erreur te possède, ■ Que ton aveuglement est im mal sans remède , Trompant au moins César , ap^se son courroux , Et , si ce n'est pour toi , conserve-toi pour nous.

Page 1