ACTE I, SCÈNE III. i
Dont vous ayez oouvert le défaut de mon sang , Quoi que Ton dissimule , on pourra toujours dire Qu'un berger est assis au trône de l'empire, Qu'autrefois mes palais ont été des hameaux , Que qui goaveme Rome a conduit des troupeaux , Que pour prendre le fer j*ai quitté la houlette, £t qu'enfin votre ouvrage est un œuvre imparfaite. Puis-je, avec ce dé&ut non encor réparé, N'approcher d'un objet digne d'être adoré, Espérer de ses vceux les glorieuses marques, Prétendre d'étouffer l'espoir de cent monarques. Passer ma propre attente, et me Êiire des dieux, S'mon des ennemis, au moins des envieux?
DIOCLÉTIElf.
Suffit que c'est mon choix, et que j'ai connoissance Et de votre personne et de votre naissance , Et que si l'ime enfin n'admet im rang si haut, L'autre par sa vertu répare son défaut. Supplée à la nature, élève sa bassesse, Se reproduit sov-méme et forme sa noblesse. A combien de bergers les Grecs et les Romains Ont-ils pour leur vertu vu des iceptres aux -mains? L'histoire, des grands cœurs la plus chère espérance, Que le temps traite seule aviecque révérence. Qui ne redoutant rien ne peut rien respecter, Qui se produit sans fard et parle sans flatter, N'a-t-elle pas cent fois publié la louange Des gens que leur mérite a tirés de la fange, Qui par leur industrie ont leurs noms éclaircis, Et sont montés au rang où nous sommes assis? Cyrus, Sémiramis sa fameuse adversaire , Noms qu'encore aujourd'hui h mémoire révère.
i6 SAINT GENEST,
Ne désapprouvez pas , ô généreux monarques , Que notre affection vous produise ses marques , Et que mes compagnons vous offrent par ma voix ^ Non des tableaux parlans de vos rares exploits , Non cette si célèbre et si fameuse histoire Que vos heureux succès laissent à la mémoire (Puisque le peuple grec non plus que le romain N'a point pour les tracer une assez docte main), Mais quelque effort au moins par qui nous puissions dire Vous avoir délassé du grand faix de l'empire, Et, par ce que notre art aura de plus charmant, Avoir à vos grands soins ravi quelque moment.
DIOCLÉTIEIf.
Genest , ton soin m'oblige , et la cérémonie
Du beau jour où ma fille à ce prince est. unie,
Et qui met notre joie en un degré si haut,
Sans un trait de ton art auroit quelque défaut.
Le théâtre aujourd'hui, faîneux par ton mérite,
A ce noble plaisir puissamment sollicite,
Et dans l'état qu'il est ne peut , sans être ingrat ,
Nier de lui devoir son plus brillant éclat :
Avec confusion j'ai vu cent fois tes feintes
Me livrer malgré moi de sensibles atteintes ;
En cent sujets divers , suivant tes mouvemens ,
J'ai reçu de tes feux de vrais ressentimens ;
Et l'empire absolu que tu prends sur une âme
M'a fait cent fois de glace et cent autres de flamme.
Par ton art les héros , plutôt ressuscites
Qu'iipités en effet et que représentés ,
De cent et de mille ans après leur$. funérailles ,
Font encor des progrès et gagnent des batailles.
Et sous leurs noms fameux établissent des lois :