‹ Œuvres Gonzalve de CordoueChapitre 10 sur 19 · SECONDE EPOQUE · texte numérisé non relu

SECONDE EPOQUE

« Page 37. Ali... bientôt après fut assassiné , etc.

Trois K a régîtes (on appelait ainsi une secte de Musulmans plus fanatiques que les autres), voyant l'empire des Arabes troublé par 'les querelles d'Ali , de Moavias et d'Amrou, crurent faire une chose agréable à Dieu, et rendre la paix à leur patrie, en assassinant à la fois ces trois rivaux. L'un d'eux courut à Damas, blessa l'usurpateur Moavias parderrière ; mais la blessure ne fut pas mortelle : celui qui s'était chargé de tuer Amrou poignarda par une méprise un des amis de ce rebelle. Le troisième vint frapper Ali comme il entrait dans la mosquée ; el le vertueux calife fut le seul qui n'échappa point à son assassin.

( Marigny , Histoire dis Ababes , tom. II. )

3 Page 38. Mervan II, le dernier calife ommiade , etc.

Ce Mervan fat surnommé Alhemab , c'est-à-dire , l'An, surnom qui, dans l'Orient, n'a rien qtie d*

174 NOTES, fort honorable, d'après l'estime singulière qu'on a pour ces animaux infatigables et pàtiens. L'Arioste a pris daus l'histoire de ce calife le touchant épisode d'Isabelle de Galice. Mervan, étant en Egypte, devint épris d'une religieuse chrétienne, et voulut lui faire violence. La cïiaste fille, pour sauves sa pudeur, lui promit un onguent qui rendait invulnérable, et s'engagea d'en faire l'épreuve sur elle-même. Après s'être frotté le cou de cet onguent, elle dit au calife de frapper hardiment j et le barbare lui couda la tete.

( D'Herbelot , bibliothèque orientale. )

* Page 38. Les noms d'Haroun al Raschild, d'Almamon et des Barmécides , etc.

Harôun al Raschild, c'est-à-dire Hinotnt le Juste, obtint une grande gloire dans l'Orient, qu*fl dut sans doute en partie , ainsi que son beau surnom, à la protection qu'il accordait aux gens de) lettres. Ses victoires et son amour pour les sciences prouvent qu'Haroun n'était pas un homme ordinaire : mail sa cruauté pour les Barmécides ternit l'éclat dé se* grandes actions. Cette illustre fainille, issue des ai*-> ciens rois de la Perse, avait rendu les services les plus signalés aux califes , et s'était attiré le respect et l'amour de tout l'empire. Giaflàr Barméeidè, qui passait pour le plus vertueux des Musulmans et pour le meilleur écrivain de son siècle , était lé vkir d'Haroun. Il conçut tin violent amour pour la belle Abassa, soeur du caKis. La princesse absa Giaflàr j

NOTES. 175 et le calife, qui avait pour sa .sœur au moins une amitié fort jalcuse, vit avec peine ces amours. Cependant il consentit à leur hymen : mats* par un caprice digne d'un despote d'Orient, il exigea que l'amoureux GiafFar lui fit serinent de ne jamais user des droits d'époux. L'infortuné s'y soumit, et fut long-temps fidèle à sa promesse. Malheureusement Abassa, dont l'esprit et le talent pour la poésie étaient fort célèbres , lui écrivit un jour ces vers , rapportés par Àbou- Agélah, historien arabe , et que je ne fais que rimer :

La se'vère pudeur me prescrivait la loi

De te cacher le feu qui consume mon âme :

Mais il éclate malgré moi ; Je cède en rougissant à ma brûlante flamme.

Déchire ce billet que je baigne de pleurs :

Soit de honte ou d'amour il faudra que j'expire.. Pouvais-je mourir sans te dire Que c'est pour toi seul que je meurs ?

GiafFar, ne sé possédant plus, courut chez son épouse, et oublia son serment. Bientôt après, Abassa fui obligée de prendre des précautions jx>ur cacher sa grossesse à son frère. Tout réussit : elle accoucha secrètement d'un fils «que l'on envoya nourrir à la Mecque. Quelques années après, Haroun alla faire son pèlerinage dans cette ville , et «Ut par une esclave perfide toutes les circonstances du parjure de Giaflàr. L'atroce Haroun ( on aurait peine à le croire, si ce fait n'était authentiqué dans tout l'Orient) fit jeter sa sœur dans un paies, fit couper la tète à Giaflàr»

176 NOTES, et ordonna qu'on mît à mort tous les partit de l'infortuné Bannécide. Son père Jabiah, vieillard vénérable, adoré de tout l'empire, qull avait gouverné long-temps, reçut le trépas avec une constance héroïque. Avant de mourir, il écrivit ce peu de mots au calife :

« L'accusé passe le premier, l'accusateur le suivra a dans peu. Tous deux paraîtront devant un juge « que les procédures ne peuvent tromper. »

L'implacable Haroun poussa la démence jusqu'à défendre que l'on parlât des Barmecides. Ua Mwsulman nommé Mundir osa braver cette loi, et Et publiquement leur éloge. Le calife l'envoya chercher, et* le menaça du supplice. Vous pouvez, lui répondit Mundir, me faire taire en me donnant la mort, et vous n'avez que ce moyen ; mais vous ne pouvez pas Étire taire la reconnaissance de tout l'empire pour ces vertueux ministres; et les débris mêmes des mon u mens qu'ils ont élevés , et que vous détruisez , parleront malgré vous de leur gloire.

Haroun, touché de ces paroles, lui fit donner une assiette, d or. Mundir, en la recevant, s'écrie : Voici encore un bienfait des Barmécides !

Tel fut ce fameux Haroun qui portait le surnom de Juste.

Âlmamon son fils n'eut point de surnom , et rut le plus vertueux, le plus sage, le meilleur des hommes. On peut en juger par ce mot de lui, Set visirs le pressaient de punir de mort un de ses pare ns qui s'était fait proclamer calnV et avait porté las

ÎîOTES. 177 armes contre lui; Almamon ne voulut jamais y consentir, et leur dit le» larmes aux yeux : « Ah ! si « l'on savait combien j'ai de plaisir à pardonner, h tous ceux qui m'ont offensé viendraient me faire « l'aveu de leurs fautes. »

Ce prince adorable fit fleurir les sciences et les beaux-arts : son règne est la plus belle époque de leur gloire chez les Arabes.

(Marigny, Hist. des Arabes; d'Herbe lot, Bibliothèque ORIENTALE. )

4 Page 4' 1 • Des irruptions Mes Français dans la Catalogne , etc.

Les historiens ne sont point d'accord sur l'époque où Charlemagne vint en Espagne. Il parait que ce fut sous le règne d'Abdérame I que cet empereur passa les Pyrénées, prit Pampelune, S&ragosse, et fut battu dans sa retraite aux défilés de Roncevaux y lieu si célèbre dans les romans par la mort de Roland.

5 Page 46. Un gouvernement où les droits des peuples étaient respectés , etc.

Les anciennes lois d'Aragon, connues sous le nom jde Fore de Sobbàbbe , limitaient la puissance des souverains en lui donnant un centre- poids dans celle des Ricos Hombbes , et du magistrat qui s'appelait La Justice. Tout le monde connaît la formule du serment que les Etats d'Aragon prêtaient à leur roi :

NOS QUE VALEMOS TA5TO COMO VOS, Y QUE PODEMOfl MAS QUE VOS, OS HAZEMOS KUESTBO BEI, COH TAL QUE- GUABDEIS KUESTBOS FUEROS ; 8IHO, 50.

*7« ROTES

* Page 4& L'école célèbre dont les êlète», etc.

L'école 'de musique fondée à Cordoue par Ali- Zériab, produisit le fameux Moussali, que les Orientaux regardent comme leur plus grand musicien. Cette musique ne consistait point, comme la nôtre , dans l'accord de diflerens instrumens , mais simplement dans des airs doux et tendres que le musicien chantait en s accompagnant du luth. Quelquefois on réunissait plusieurs voix et plusieurs luths ensemble pour exécuter Jes mêmes airs à l'unisson. Cette musique suffisait et suffit encore à des peuples passionnes pour la poésie , et dont le premier besoin , lorsqu'ils écoutent une voix, est d'entendre les vers qu'elle chante. Ce Moussali, qui fut élève d'Ali-Zeriab à Cordoue, devint ensuite, par son talent, le favori d'Haroun al Raschfld. On raconte que ce calife, srétant brouillé avec une de Ses favorites nommé Mariah , tomba dans une mélancolie qui faisait craindre poux ses jours. Giaflàr le Barmécide, son premier visir, pria le poète Abbas-ben-Anaf de faire des vers sur cette brouillerie. Ces vers furent chantés par Moussali devant le calife, qui fut tellement touché des pensées du poète et des accens du musicien , qu'il courut sur-le-champ aux genoux de sa maîtresse demander et donner pardon. Mariah, reconnaissant©, envoya vingt-mille drachmes d'or au poète et a Moussali; Haroun leur en fit donner quarante mille,

( Cardonne , Histoire d'Afrique , liv. II.)

NOTES. 179

7 Page 5i. La statue de la belle esclave , etc.

Mahomet, par horreur pour l'idolâtrie, défend à son peuple, dans l'Alcoran, toute figure imitée; mais ce précepte ne fut jamais bien observé. Les califes d'Orient faisaient mettre sur leurs monnaies l'empreinte de leur image , comme on peut le voir dans les médailles que conservent quelques curieux : un des côtés représente la tête du calife ; l'autre porte son nom et des passages de l'Alcoran. Dans les palais de Bagdad, de Cordoue, de Grenade, il y avait plusieurs figures d'animaux , et beaucoup de sculptures en marbre et en or.

( Car donne , Hist. d'Afbique, liv.

8 Page. 54. Le roi de l'Europe, le, pj«s, riche , etc.

On peut juger <le cette opulence par le présent que reçut Abdérame m d'un de ses sujets nommé Abdoulmelek-ben-Cheid, qui fut élevé à la dignité de premier visir. Voici quel fut ce présent, tel que le rapporte Ibn Kalédan, historien arabe : 400 livres d'or vierge, 4 2 <>,ooo sequins en lingots d'argent, 420 livres de bois d'aloès, 5oo onces d'ambre gris , 3 00 onces de camphre, 3o pièces de drap d'or et de soie, 10 fourrures de martre du Korasan, 100 autres fourrures de martre plus communes, 4 8 housses de chevaux traînantes , tissues d'or de Bagdad ; 4,ooo livres de soie, 3o tapis de Perse , 800 armures

1B0 NOTES

de fer pour set coursiers, 1,000 boucliers, 1 00,000 flèches, 1 5 chevaux arabes pour le calife, 1 00 antres pour ses officiers, 20 mules avec leurs selles et housses traînantes, 4° jeunes garçons et 20 jeunes fiHes 'd'une rare beauté.

(Cardonne , Hist. d'Âfbiqux , liv. II. )

9 Page 64. Le faible calife. ... s'endormait , etc.

C'est à peu près vers ce temps qu'arriva la fameuse aventure des sept enfans de Lara , si célébrée par les historiens et par les romanciers espagnols. Ces jeunes guerriers étaient sept frères, fils de Gonzalve Gnstos, propre parent des premiers comtes de Castille, et seigneur de Salas de Lara. Le beau-frère de Gonzalve Gustos, nommé Buy Velasquez, excité par les horribles conseils de sa femme dona Lamhra, qui prétendait avoir à se plaindre du plus jeûna des sept frères, médita contre eux une vengeance atroce. Il commença par envoyer leur père Gonzalve en ambassade ou roi de Cordoue , avec 'des lettres particulières dans lesquelles il priait le calife de faire périr cet ennemi des Musulmans. Le calife ne voulut point commettre ce crime; il se contenta de retenir Gonzalve en prison. Pendant ce temps, le perfide Velasquez,, sous prétexte d'aller attaquer les Maures, conduisit ses sept neveux dans une embuscade, où les ennemis les ayant enveloppés, ils périrent tous jusqu'au dernier, après des exploits admirables et avec des circonstances qui rendent cette histoire infiniment touchante. Cet oncle barbare envoya les tètes des

NOTES. i8ï sept infortunés clans Je palais de Cordoue, et les fit présenter à leur père dans un plat d'or couvert d'un voile. Le père, en découvrant ce plat, tomba privé, de sentiment. Le calife, indigné contre Velasquez, rendit à Gonzalve la liberté. Mais Velasquez était trop puissant pour que Gonzalve pût espérer de le punir. Il le tenta vainement; la vieillesse lui avait ôté ses forces. Solitaire avec son épouse , il pleurait ses enfans, et demandait au ciel de les suivre au tombeau , lorsqu'il lui vint un vengeur sur lequel H ne comptait pas.

Gonzalve , pendant qu'il était prisonnier à Cordoue, avait été l'amant heureux de la sœur du roi musulman. Cette princesse, après son départ, était accouchée d'un fils qu'elle avait appelé Mudàmià Gonzalve. Parvenu à l'âge de quinze ans, ce fils, instruit du nom de son père et du forfait de Velasr quez, ce fils, né pour être un héros, résolut lie venger ses frères. Il part de Cordoue , va défier Velasquez, le tue, lui coupe la tète, et la porte au vieillard Gonzalve, en lui demandant de le reconnaître et de le faire Chrétien. L'épouse de Gonzalve consentit avec transport à devenir la mère de ce brave bâtard. Mudarra fut adopté solennellement par le* deux époux*. La femme de Velasquez fut lapidée et brûlée. C'est de ce Mudarra Gonzalve que' se prétendent issus les Manriques de Lara , l'une des plus grandes maisons d'Espagne.

(Mariana, Hist. d'Espagne, liv. VIIÏ, chap. 6; Garibài, Compend. Hist. , tom. I, lib. 10.) Gonzalve. I. XÔ

NOTES

TROISIÈME ÉPOQUE

* Page 68. Trois évêques de Catalogue, etc.

Ces trois évêques , morts en combattant pour les Musulmans à la bataille a Albakara, donnée eqioio, étaient Arnaurphe, évèque de Vie, Accio, évèque de Barcelone, et Othon , évèque de Girone. ( - (Mariana, Hisr. d'Lspagne, liv. VIII, chàp. 10. )

9 Page 7 2 . Toujours prêt, dans sa faveur, etc.

Rodrigue Dus de BrvAit, surnommé te Cid, si connu par ses amours avec Ghiraène et son duel avec le comte de Gormas, a été le sujet de. beaucoup de poèmes, de romans et de romances espagnoles. Sans adopter toutes les anecdotes extraordinaires que cet différons ouvrages rapportent de ce héros, il est prouvé, par le témoignage des historiens, que le* Cid fut non-seulement le plus brave, le plus redouté des chevaliers de son siècle, mais le plus vertueux, le plus généreux des hommes. H s'était déjà rendu célèbre par ses exploits sous le règne de Ferdinand I , roi de Castille , en io5o. Lorsque son fils Sanche II voulut dépouiller sa sœur Urraque de la ville de • Zamora, le Cid, avec une noble hardiesse, lui représenta qu'il faisait une injustice, et qu'il violait a la fois les droits du sang et les lois de l'honneur* L'impétueux Sanche exila le Cid» qu'il rappela bientôt

NOTES. *83 par besoin. Quand la mort de ce Sanche, tué en trahison devant Zamora, eut donné le trône à son frère Alphonse VI, les Castillans désiraient que leur nouveau roi jurât solennellement qu'il n'avait eu aucune part à l'assassinat de son frère. Personne n'osait demander au monarque ce redoutable serment : le Ciel, à l'autel même où Alphonse était couronné, le lui fit prononcer, en y mêlant des malédictions horribles contre les parjures. Alphonse ne lui pardonna jamais cette liberté : il exila bientôt le Cid , sous prétexte qu'il était entré s^r les terres du roi de Tolède Almamon, son allié, où Rodrigue avait, par megarde , poursuivi quelques fuyards. Ce ' tut le temps de cet exil'qui devint l'époque la plus glorieuse pour le Cid ; ce fut alors qu'il fit tant de. conquêtes sur les Maures, aidé seulement des braves chevaliers que sa réputation attirait sous ses drapeaux. Alphonse le rappela , hii rendit en apparence ses bonnes grâces : mais Rodrigue était trop franc pour soutenir long-temps la faveur. Banni de nouveau de la cour, il alla conquérir Valence ; et, maître de c tte forte ville, de beaucoup d'autres, d'un vaste pays, il ne tenait qu'à Rodrigue de se faire souverain : jamais il ne le voulut ; il fut toujours le sujet fidèle d'Alphonse; quoique Alphonse l'eût souvent offensé. Le Cid mourut à Valence en 1099, chargé de gloire et d'années. Il n'avait eu qu'un seul .fils, qui .fut tué jeune dans un combat. Ses deux fillès, doua Elvire ■ et dona Sol , épousèrent deux prince» de la maison de Navarre; et, par une longue suite d'alliances,

*84 NOTES

elle* te trouvent les aïeules des Bourbons qmrègnêBt

aujourd'hui en France et en Espagne.

( MaHana, Hirr. d'Espagne, Ht. IX et X ; Garibai . Gompend. Hist., tom. II, lib. a.)

s Pag* 73. Plus féroces, plus sanguinaires , etc.

L'histoire d'Afrique est une suite continuelle de meurtres. Les circonstances les plus atroces les accompagnent et les varient sans cesse : on frémit d'horreur a tgutes les pages; et, si l'on jugeait l'humanité d'après ces sanglâmes annales , on serait tenté de penser que de toutes les bétes féroces l'homme est la plus méchante et la plus cruelle. Dans la foule des scélérats africains qui portèrent la couronne on distingue un Abou Ishak, 'de la race des Âghtébites, qui , après avoir fait égorger huit de ses frères , se plaisait a verser lui-même le siaig de ses propres en;fans. La mère de ce monstre parvint avec peina à dérober à sa fureur seize jcuucs filles qui lui étaient nées, en différens temps, de ses nombreuses épouses. Un jour, dînant avec Ishak, cette mère, qui croyait avoir besoin dt pardon ^ saisit le moment où son fils «emblait regretter de n'avoir plus d'enfans : tremblante, elle lui avoua quelle avait sauvé seize de set filles. Le tigre parut attendri , et désira de les ^ voir. Elles vinrent : leur Age, leurs grâces, touchèrent le féroce Ishak ; il* les caressa long-temps. Sa mère , pleurant de joie , se retira pour aller remercier Dieu de ce changement. Une heure après x des eunuques

NOTES

vinrent lui porter, par ordre du roi, les seize tètes des jeunes princesses.

Je pourrais citer plusieurs traits pareils de cet exécrable Ishak, attestés par les historiens. Il régna long-temps, fut heureux dans toutes ses guerres, et mourut de maladie,

(Cardonne, Hist. d'Afrique, liv. ni. )

Le temps n'a point' affaibli cette férocité sanguinaire qui semble dans les Africains être un vice inhérent au climat. De nos jours , Mulei Abdatla , le père 'de Sidi Mahomet , le dernier roi de Maroc , a renouvelé ces scènes 'd'horreur. Il pensa se noyer un jour en traversant une rivière. Un de ses nègres le secourut , et se félicitait d'avoir eu le bonheur de sauver son maître. Mulei l'entendit; et tirant son sabre : Voyez, 'dit-il, cet infidèle qui croit que Dieu avait besoin de lui pour conserver les jours d'un chérif! En disant ces mots, il lui fendit la tête.

Ce même Mulei avait un domestique de confiance qui le servait depuis long-temps , et que ce roi barbare semblait aimer. Dans un moment de franchise, il pria ce vieux serviteur d'accepter deux mille ducats et de s'en aller , de peur qu'il ne lui prit envie de le tuer comme tant d'autres. Le vieillard embrassa ses genoux, refusa les deux mille ducats, et lui dit avec des sanglots qu'il aimait mieux périr de sa main que 'd'abandonner son cher maître. Mulei y consentit avec peine. Quelques jours après, sans aucun motif, pressé' de cette soif de sang, dont les accès redou-

NOTES

bkient quelquefois , Mulei tua d'un coup de fusil ce malheureux domestique, en lui disant qu'il âvaii mal fait de ne pas accepter son congé.

(Recherches hisïomqfes sxtr lès Maures, par M. Chénier, tome JII. )

Ces traits sont pénibles à rapporter ; mais ils font connaître les mœurs, dorment de l'horreur pour le despotisme , et de l'amour pour les lois ; œ qui n'est jamais inutile. -

4 Page 78. Et jouit de la double gloire , etc.

Àverroès était de Cordoue , d'une des premières familles de cette ville. Sa traduction d'Aristote fut mise en latin ; et noua* n'avons eu pendant longtemps que cette version. Ses autres ouvrages, de Natuba obbis, de Re medica, sont encore estimés des savans. Àverroès est regarde avec raison comme le premier des philosophes arabes. Ils ne sont pas nombreux chez cette nation , où les prophètes et les conquérans ont été communs. Sa philosophie lui attira des malheurs. L'indifférence qu'il affectait pou» 1 toutes les religions , à commencer par la sienne , excita contre lui les prêtres > les fanatiques y surtout ceux que ses talens rendaient jaloux; ils l'accusèrent devant l'empereur de Maroc d'être un hérétique. Averroès fut condamné à faire amende honorable à" la porte de la mosquée , et à recevoir sur le visage les crachats de tous les fidèle» qui viendraient prier pour sa conversion. Il subit cet humiliant supplice

NOTES. 187 'en répétant ces paroles : Mobiatuh anima mea

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