‹ Œuvres Gonzalve de CordoueChapitre 9 sur 19 · PREMIÈRE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉPOQUE

1 Page Les historiens espagnols, etc.

Mari an A, Gaiubai, Ferreras, Zurita, sont des historiens très estimables. Le premier surtout, qui s'était nourri de la lecture des anciens , écrit souvent avec 1 éloquence et le talent de Tite-Live : il semble avoir étudié la manière de cet admirable historien , et n'a pas moins de goût que lui pour les prodiges. Tous ces auteurs, en général, passionnés pour la gloire de leur nation , sont quelquefois injustes pour les autres peuples : ils oublient souvent que, si l'amour de la patrie est une des premières vertus de l'homme , l'amour de la vérité est le premier devoir d'un éciivain.

3 Page 12. Les écrivains arabes, etc.

Croirait-on que la plupart des historiens arabes ne disent pas un seul mot de la fameuse bataille de Tours? Hidjazi rapporte simplement que Charles, roi des Français , voyant les Arabes au milieu de la

NOTES. i65 France, ne voulut point les combattre, dans l'espoir que leurs divisions les détruiraient. «En effet, ajoute « cet historien , les Arabes de Damas et de l'Yémen , « les Bérébères et les Modariles , se brouillèrent, « se firent la guerre , et la conquête de la France fut « manquée. »

(Cardonne, Hist. d'Afrique, tome I, page 1S0.)

Les lacunes qu'on trouve chez eux ont quelquefois des motifs plus puissans que leur vanité : plusieurs de leurs princes, entre autres ceux de la dynastie des Almoades, qui régnaient en Afrique dans le 12 e siècle, dépendirent, sous peine de mort, d'écrire les annales de leur règne. JNovain rapporte qu'un de , ces princes fit punir du dernier supplice un auteur coupable de ce crijne. Cette atroce imbécillité semble lune espèce de justice que le despotisme se rend à luimême.

3 Page i3. Dans les romans espagnols, etc.

Les romans qui méritent quelque estime peignent toujours fidèlement les mœurs du peuple chez qui se passe la scène. Celui de las guerhas civiles de GrenadA, par Ginez Perer de Hita, que je crois traduit, ou au moins imité de l'arabe, à travers des longueurs et du mauvais goût, fait beaucoup mieux connaître les Maures que tout ce qu'on en peut lire dans les historiens espagnols. Il m'a été d'un grand secours pour mon ouvrage ,; et je n'ar pas hésité d'y prendre tout ce qui convenait à mon sujet.

J'ai encore trouvé des 'détails sur les Grenadins

iCG HOTES.

dans un immense recueil d'anciennes romances castillanes, intitulé R«*àbC£ro gerbAl, dont je parle dans ce Précis. Mais c'est à on littérateur espagnol çne j'ai eu les plus grandes obligations : don Juan Pablo Forner, fiscal de sa maj«sté catholique à l'audience de Sévi] le , et aussi distingué par son érudition que par son talent pour la poésie , a bien voulu n'indiquer les sources où je pouvais puiser, et m'a fourni plusieurs mémoires. Je me plais à publier ma reconnaissance pour don Juan Pablo Forner, qui, me faisant riche de ses lumières, m'a épargné beaucoup de fautes par ses conseils.

4 Page 1 5. Depuis la fin du sixième siècle . jusqu'au commencement du huitième.

J'ai pris soin de joindre toujours à la date de notre ère la date de l'hégire des Musulmans. Quelques historiens espagnols, comme Garibai, ne sont pas d'accord avec les historiens arabes sur ces années de l'hégire. J'ai cru devoir suivre l'autorité des Arabes, et je m'ensuis tenu à la chronologie de M. Cardon ne, qui m'a plusieurs fois assuré lui-même avoir mis une grande exactitude dans ce calcul. Je l'ai pourtant quelquefois corrigé par Ferberàs. Les noms propres arabes, soit par la difficulté de leur prononciation, soit par l'ignorance de l'orthographe, varient encore davantage dans les diffërens auteurs : alors j'ai toujours choisi les noms les plus connus et les plus doux. Le tableau chronologique des souverains

NOTES. 167 maures, que j'ai mis à la tête de mon livre, doit eclaircir beaucoup de doutes à ce sujet.

5 Page 19. Jusqu'à ce qu'ils embrassent l'islamisme, etc.

Le mot islamisme vient d'ESLAM, qui veut dire consécration A DiEU.Tout cet abrège' des principes de la religion musulmane n'est composé que de phrases rapprochées , mais prises mot à mot dans le Koran, chapitres de la Vach*?, du Voyage dbs Femmes , de la Fumée , de la Conversion , de la Table. Ces préceptes s'y trouvent noyés dans une foule d'absurdités', de répétitions, d'idées incohérentes : mais l'ouvrage eotier étincelle souvent de verve , et la morale en est pure. Mahomet n'y parle jamais; c'est toujours lange Gabriel qui lui apporte •la parole de Dieu; le prophète écoute et répète. L'ange prend soin d'entrer dans tous les détails qui concernent non-seulement la religion , mais la législation et la police : voilà pourquoi , chex les Musulmans , le Koran est à la fois le code des lois sacrées et civiles. La moitié du livre est en vers , l'autre moitié en prose poétique. Mahomet était un grand poète; talent si estimé dans l'Arabie, que les peuples ut rassemblaient à la Mecque pour juger les difterens poèmes que les auteurs venaient afficher sur les murs du temple de la Caaba : le vainqueur était couronné avec une grande solennité. Lorsque Mahomet y fit afficher le second chapitre du Koran , Labid ben, babiAj le plus fameux poëte de ce temps,

iu8 NOTES.

déchira l'ouvrage qu'il avait mis en concurrence t et

s'avoua vaincu par le prophète.

( Du Ryer, Vie nE Mahomet ; Savary , Tbad. du

KOIt A3. )

6 Page 2 1 . Il mourut à Ityédine , des suites du poison , etc.

Mahomet ne fut point un monstre de cruauté, comme tant d'écrivains nous l'ont dépeint : il fit souvent grâce aux vaincus ; il pardonna même der injures personnelles. Caab, fils de Zohaïr, qui avait été l'un de ses ennemis les plus ardens , et dont la tête était proscrite, osa paraître tout à coup dans la mosquée de Médine, au moment où Mahomet prêchait le peuple. Caàb récita des vers qu'il avait faits à la louange du prophète. Celui-ci les entendit avec transport, emhrassa Caàb, se dépouilla de son mdn- • teau et l'en revêtit Ce manteau fut depuis acheté par un calife , à la famille du poète, la somme de vingt mille drachmes, et devint l'ornement des souverains de l'Asie, qui ne le portaient qu'aux fêtes solennelles. • Les derniers instans de Mahomet prouvent qu'il était bien loin d'avoir une âme cruelle. La veille de sa mort, il se leva, se rendit à la mosquée, appuyé sur le bras d'Ali, monta dans la tribune, fit la prière^ et dit ces paroles : «Musulmans, je vais mourir: « personne ne doit plus me craindre. Si j'ai frappé « quelqu'un d'entre vous , voilà mon dos , qu'il me « frappe : si j'ai ravi son bien, voilà ma bourse , a «ju'il se paie : si je l'ai humilié, qu'il m'humilie;

notes: i6(>

« je Me livre à votre justice. » Le peuple éclatait en sanglots. Un seul homme vint lai demander trois drachmes. Mahomet, en les payant, voulut y joindre l'intérêt Ensuite il fit de tendres adieux à ces braves Médinois qui l'avaient si vaillamment 'défendu; il donna la liberté à ses esclaves , régla Tordre de ses funérailles , et , quoiqu'il soutint jusqu'au bout le caractère de prophète, en disant, même à l'agonie, qu'il s'entretenait avec l'ange Gabriel, il n'en fut pas moins bon et sensible avec Fatime, sa fille, avec son épouse chérie , Aîezha , avec Ali , Omar , ses disciples et ses amis. La douleur et le deuil furent universels dans l'Arabie : le peuple poussait des hurlemens et se roulait sur la poussière; Fatime mourut de désespoir. Le poison qui termina les jours 'du prophète lui avait été donné, quelques années auparavant, par une Juive nommée Zaînab, dont le frère avait été tué par Ali. Cette femme vindicative empoisonna un agneau rAti , qu'elle servit à Mahomet. A peine le prophète en eut mis un morceau dans sa bouche, qu'il le rejeta, en criant que ce mouton était empoisonné. Mais, malgré cette promptitude , malgré les remèdes qu'il fit, le poison était si violent , qu'il en souffrit le reste de sa vie, et^n mourut quatre ans après, dans la soixante-troisième année de son âge.

Le respect , la vénération des Orientaux pour Mahomet ne peut se comprendre. Leurs docteurs ont écrit que le monde rut fait pour luij que la première chose que Dieu créa, fut la lumière, et que

Gonxalve. I . l 5

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cette lumière devint la substance de l'Ame de Mahomet , etc. , etc. Quelques-uns ont soutenu que le Keran était incree; d'autres ont adopté l'opinion contraire : de la une foule de commentateurs et de sectes; de là des guerres de religion, qui ont couvert l'Asie de sang.

(Marigni, Hbt. des Arabes; Savary, Vie de Mahomet ; dUerbelot, Bibliothèque omiestaix. )

7 Page ai. Kaled, surnommé t'Êpée de Dieu , etc.

Les faits d'armes de ce Kaled, rapportes par les historiens les plus authentiques, ressemblent à ceux des héros de roman. D'abord, ennemi de Mahomet, il vainquit le prophète au combat d'Ares, le seul où Mahomet ait été vaincu. N Devenu depuis zélé Musulman , il soumit les peuples qui se révoltèrent après la mort de Mahomet, battit les années d'Héraclius, conquit la Syrie, la Palestine, une partie de la Perse, et sortit vainqueur d'une foule de combats singuliers qu'il proposait toujours aux généraux ennemis. Un trait de lui fera connaître son caractère. Il assiégeait la ville de Bostra. Le gouverneur grec, nouuné Romain , feignit de vouloir faire une sortie , et vint ranger ses troupes en bataille devant l'armée musulmane. Au moment où le signal allait se donner, . il fit demander une conférence à Kaled. Les deux guerriers s'avancèrent aussitôt au milieu de l'espace qui séparait les deux années. Romain dit an Musulman qu'il était décidé à lui livrer sa ville, et même.

NOTES. ! 7I ù embrasser Islamisme : mais il ajouta qu'il craignait que ses soldats , dont H n'était pas fort estimé , ne voulussent attenter à ses jours, et qu'il suppliait Kaled 'de lui donner les moyens d'échapper à leur vengeance*.

Le meilleur de tous, lui répondit Kaled, c'est 9e vous battre tout à l'heure avec moi. Cette marque 'de courage vous attirera le respect de vos troupes, et nous pourrons ensuite traiter ensemble.

A ces mots , sans attendre la réponse de Romain , Kaled tire son cimeterre* et attaque le malheureux gouverneur, qjui se défend d'Une main tremblante. • A chaque coup que lui portait Kaled, Romain lui disait : Voulez-vous donc me tuer ? Non , répondait le Musulman : tout ce que j'en fais n'est que pour vous attirer de l'honneur, et plus vous recevrez de coups , plus vous acquerrez d'estime. Enfin il abandonna Romain tout meurtri, s'empara bientôt de sa ville, et lorsqu'il revit le gouverneur, il lui demanda comment il se portait.

( Marigny , Hist. des Ahabes , tome I. ) .

8 Page 24* Les tribus belliqueuses clés Bé- # rébères , etc.

Les Bérébères ont donné leur nom à cette partie de l'Afrique que nous appelons BaubArie. On les regarde avec beaucoup de vraisemblance comme les descendais des premiers Arabes Tenus avec Mélek- Yafrik , et confondus avec le» anciens Numides. Leur langue, qui diffère de celle des autres peuples, pourrait bien être une corruption' de la langue pu-

172 NOTES, nique ; c'est l'opinion de M. Chénier. Quoi qu'il en soit , les Bcrébère* existent encore <ians 1e royaume de Maroc, divisés* par tribus, errans dans les montagnes, ne s 1 alliant jamais avec les Maures, qu'ils n'aiment point , soumis au roi de Maroc , comme au chef de leur religion, mais bravant son autorité quand il leur pi ait. Redoutables par leur nombre, par leur courage, par leur amour de l'indépendance, ils ont conservé leurs antiques mœurs, que l'on trouvera détaillées au septième livre de mon ouvrâge . • d'après ce que j'ai trouvé dans Lion l'Africain, jMarmol , M» Chésier , etc.

9 Page 27. Tarik, l'un des plus grands ca^ pitaines , etc.

Tarik vint aborder au mont de Calpé , et prit la ville d'Héraclée, à laquelle les Arabes donnèrent le nom de Djebel-Taiuk. Nous en avons fait Gibraltar

10 Page 3o. Sous le califat d'Yézid II, etc.

. Ce calife, le neuvième des Ommiades, eut une fin qui mérite au moins de la pitié. Il s'amusait un jour à jeter des grains de raisin à son esclave chérie, nommée Hababah , qui les recevait dans sa bouche. Malheureusement un de ces grains, beaueoup plus gros en Syrie qu'en Europe , s'arrêta dans lé gosier d'Hababah, et 1 etoufla sur-le-champ. Yézid, au désespoir, ne voulut jamais permettre qu'on enterrât l'objet de son amour : il garda son corps huit jours entiers dans sa chambre sans vouloir k quitter un

NOTES. i;3 instant. Enfin, obligé par la corruption de consentir à s'en séparer, il mourut de sa douleur, après avoir ordonné qu'on l'inhumât dans le tombeau de sa chère HabaLah.

(Marigny, Hist. des Ababes; d'Herbelot, BIBLIO- THEQUE OBIENTALE.

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