CONQUETES DES ARABES OU MAURES
Depuis ta fin du sixième siècle 4 jusqu'au milieu du huitième.
Origine des Maures.
Les Maures sont les habitans de cette vaste contrée d'Afrique bornée à l'orient par l'Égypte , au nord par la Méditerranée , à l'ouest par le grand Océan , au midi par les déserts cîe Barbarie. Leur origine , comme celle de presque toutes les nations , est obscure et mêlée de fables. Il parait certain seulement que des émigrations de l'Asie ont reflué , dès les premiers temps , en Afrique. Le nom de Maures (i) semble l'indiquer. D'ailleurs tous les historiens (a) parlent d'un Melec-Yarfrick , roi de l'Arabie heureuse , qui , suivi d'un peuple de Sabéens , vint s'emparer de la Libye , et lui donna le nom d'Afrique. Les prin-
(1) Maures , selon Bochart, vient du mot hébreu màhuhim , qui signifie occidentaux.
(2) Ibnialrabic, Procope, Léon l'Africain, Marmol , etc.
cipales tribus des Maures prétendent descendre de ces Sabéens. Sans discuter des faits si anciens , il suffit d'être à peu près sûr que les premiers Maures furent des Arabes. Dès-lors on n'est plus surpris de les voir , dans tous les temps , séparés par tribus , habitant sous des tentes , vagabonds dans les déserts , et chérissant, comme leurs pîres, cette vie libre et pastorale.
Us sont connus dans l'histoire ancienne sous le nom de Numides , de Gétules , de Massiliens. Tour à tour sujets , ennemis , alliés de la fameuse Carthage , ils tombèrent avec elle sous la domination des Romains. Après plusieurs inutiles révoltes, causées par l'esprit inquiet, fougueux , inconstant de ces peuples , ils furent subjugués par les Vandales. Bélisaire les reconquit un siècle après. = j. c. 4-27. = Mais les Arabes , vainqueurs des Grecs , soumirent les Mauritanies. Comme, depuis ce montent, les Maures devenus Musulmans ont été , pour ainsi dire , confondus avec les Arabes , il est nécessaire de dire un mot de cette nation extraordinaire , inconnue pendant tant de siècles, tt maîtresse tout à coup de la plus grande partie de la terre.
SUR LES MAURES. 17 Les Arabes.
Les Arabes sont sans contredit un des plus anciens peuples de Tunivers. Peut-être est-ce celui de tous qui a le mieux conservé son caractère , ses mœurs , son indépendance. Dès les siècles les plus reculés , divisés par tribus , errantes dans les campagnes ou réunies dans des villes , soumis à des chefs guerriers et magistrats à la fois , jamais ils n'ont été sujets d'une domination étrangère. Les Perses , les Macédoniens , les Romains , tentèrent vainement de les soumettre : leur sceptre vint se briser contre les rochers des TT abathe? ns (1). Orgueilleux de son origine , qui remonte jtfs-* qu'aux patriarches, fier d'avoir su défendre sa' liberté, l'Arabe, au fond de ses déserts , regarde les autres nations comme des troupeaux d'esclaves rassemblés au hasard pour changerde maîtres. Brave , sobre , infatigable , endurci dès l'enfance aux plus pénibles travaux , ne craignant ni la soif ni la faim , ni la mort ,'-ee peuple'n'avait besoin que d'rtn- homme -potir se rendre souverain du m On de. - « •'•*
(1) Ancien nom des Arabe*
i3 PRÉCIS HISTORIQUE
Naissance de Mahomet.
Mahomçt parut =j. c. 5^. = ; et tous les taleos loi furent accordés par la nature. Valeur , sagesse , éloquence , grâce , Mahomet posséda tous les dons qui en imposent et qui entraînent. Chez les nations les plus éclairées , Mahomet eut été un grand homme; chez un peuple ignorant et fanatique , il devait être , il fut un prophète.
Jusqua lui , les tribus arabes , environnée»
de Juifs , de Chrétiens , d'idolâtres , avaient sût un mélange superstitieux de ces différentes religioift avec celle des anciens Sabéens. Us croyaient aux génies , aux démons , aux sortilèges'; ils adoraient les étoiles et sacrifiaient aux idoles* Mahomet, après avoir médité jusqu'à l'4ge de quarante-quatre, ans , dans la «•traite et le silence, les nouveaux dogmes qu'il voulait établir , après avoir séduit ou persuadé les principaux (i) de sa famille , qui était la première parmi les Arabes, prêcha tout à coup une religion nouvelle , ennemie de toutes celles qu'on connaissait , et faite pour enflammer le génie ardent de ces peuples.
(i) Les Coraïscbîtes, gardiens du temple de In Caaba.
Religion de Mahomet.
Enfans d'Ismaèl , leur dit-il , je vous apporte le culte que professaient votre père Abraham , Noé, tous les patriarches. Il n'est qu'un seul Dieu , souverain des mondes ; il s'appelle le Miséricordieux. N'adorez que lui : soyez hienfaisans envers les orphelins , les pauvres , les esclaves , les captifs ; soyez justes envevs tous les hommes : la justice est la sœur de la piété. Priez et faites l'aumône. Votre récompense sera d'habiter, dans le ciel, des jardins délicieux , où coulent des fleuves limpides , où vous trouverez des épouses toujours belles , toujours jeunes , toujours plus éprises de vous. Combattez avec valeur les incrédules et les impies : combattez-les jusqu'à la victoire , jusqu'à ce qu'ils embrassent l'islamisme 5 , on qu'ils vous paient un tribut. Tout soldat mort dans les batailles ira jouir des trésors de Dieu. Les lâches ne pourront prolonger leur vie ; l'instant où l'ange de la mort doit les frapper est marqué dans le livre de l'Eternel.
Ces préceptes, annoncés dans une langue riche , figurée , majestueuse , embellis du charme des vers, présentés de la part d'un ange pay un prophète guerrier , poète , législateur, au peuple de l'univers. le plus ardent, le
a© PRECIS HISTORIQUE
plus passionné pour le merveilleux , pour la volupté , pour la valeur , pour la poésie , devaient trouver bientôt dés disciples. Mahomet en eut un grand nombre; la persécution vint l'augmenter. Ses ennemis forcèrent l'apôtre à fuir de la Mecque, sa patrie, à se réfugier à Médine = j c. 6aa. H<Sg. i.=. Cette fuite devint 1 époque de sa gloire, et l'ère des Musulmans.,
Progrès de l'islamisme.
Dès ce moment l'islamisme se répandit comme un torrent 'dans les Àrabies , dans l'Ethiopie. En vain quelques tribus idolâtres ou juives voulurent défendre leur ancien culte ; en vain la Mecque arma ses soldats contre le destructeur de ses dieux ; Mahomet , le glaive à la main , dispersa leurs armées , s'empara de leurs villes , pardonna souvent aux vaincus , et s'attacha , par sa clémence , par son génie , par ses talens, les peuples qu'il avait soumis. Législateur , pontife , chef de toutes les tribus arabes , maître d'une année invincible , respecté des souverains d'Asie ., adoré d une nation puissante , secondé par des capitaines devenus sous lui des héros , il allait marcher contre Héraclius = j. c. «3». Hcg. n. = , lorsqu'il
SUR LES MAURES. it ihourut à Médine, des suites du poison que lui âvait donné une juive de Caîbar. 6
Victoire des Musulmans.
Sa mort n'arrêta ni les progrès de sa reli- * gion , ni les conquêtes des Arabes. Aboubèkre , beau-père du prophète , fut nommé pour lui succéder , et prit le titre de calife , qui veut dire seulement vicaire. Sous son règne les Musulmans pénètrent dans la Syrie, dispersent les troupes d'Héraclius , prennent la ville de Damas , siège célèbre à jamais par les exploits plus qu'humains du fameux Kaled , surnommé YépéedeDieul . Au milieu de tant de victoires, Aboubèkre , à qui Ton envoyait l'immense butin conquis sur l'ennemi, n'en prend jamais' pour sa dépense particulière qu'une somme équivalente à quarante de nos sous par jour., Omar, successeur d'Aboubèkre , fait marcher Kaled à Jérusalem. Jérusalem est prise par les> Arabes ; la Syrie , la Palestine , sont soumises ; les Turcs , les Perses , demandent la paix ; Héraclius fuit d'Antioche ; l'Asie tremble devant Omar ; et les terribles Musulmans , modestes dans la victoire, rapportant leurs succès à Dieu seul , conservent , au milieu des pays les plus beaux , les plus riches , les plus délicieux de la terre , au sein des peuples les plus cor-
ai PRÉCIS HISTORIQUE rompus , leurs mœurs austères , frugales-, leur discipline sévère , leur respect pour leur pauvreté. On voit les derniers des soldats s'arrêter tout à coup dans le sac d'une ville, au premier ordre de leur chef, lui rapporter fidèlement l'or,. l'argent qu'ils ont enlevé, pour le déposer dans le trésor public. On voit ces capitaines si braves, si superbes avec les rois, quitter, reprendre le commandement d'après un billet du calife, devenir tour à tour généraux , simples soldats , ambassadeurs , à la moindre de ses volontés. On voit enfin Omar lui-même , Omar, le plus puissant souverain , le plus riche , le plus grand des rois de l'Asie, se rendre à Jérusalem , sur un chameau roux , chargé d'un sac d'orge et de riz, d'une outre pleine d'eau, d'un vase de bois. Il marche dans cet équipage à travers les peuples vaincus, qui se pressent sur son passage, qui lui demandent de les bénir et de juger leurs différons. Il arrive à son armée , lui prêche la simplicité , la valeur, la modestie ; il entre dans Jérusalem , pardonne aux Chrétiens , conserve les églises ; et , remonté sur son chameau , le calife retourne à Médine faire la prière à son peuple.
SUR LES MAURES. " »3 Nouvelles conquêtes.
Les Musulmans marchent vers l'Égypte ; l'Egypte est bientôt subjuguée. Alexandrie est prise par Amrou , l'un des plus grands généraux d'Omar. C'est alors que périt cette fameuse bibliothèque, l'objet des éternels regrets des savans=J. c. 64o. h^. 19=* Les Arabes, si passionnés pour leur poésie , méprisaient les livres des autres nations. Amrou fit brûler la bibliothèque des Ptolémée : et ce même Àmrou cependant était renommé par ses vers ; il aimait , il respectait le célèbre Jean le grammairien , à qui , sans l'ordre du calife , il voulait donner cette bibliothèque. Cet Amrou fit exécuter un dessein digne (les beaux siècles de Rome : c'était de joindre la mer Rouge à la Méditerranée par un canal navigable, où les eaux du Nil seraient détournées. Ce canal , si utile à l'Egypte, si important pour le commerce d'Europe et d'Asie, fut achevé dans peu de mois. Les Turcs l'ont laissé détruire.
Amrou s'avança dans l'Afrique , tandis que d'autres capitaines arabes passaient l'Euphratc et soumettaient la Perse. Mais Omar n'était déjà plus ; Othman occupait sa place.
Ce fut sous le règne de ce calife que le* Arabes conquirent les Mauritanie* =j. c. 647-
24 • PRÉCIS HISTORIQUE HJg. U7 = , en chassèrent pour jamais les faibles Grecs , et ne trouvèrent de résistance que dans les tribus belliqueuses des Bérébères 3 . Cés peuples libres et pasteurs, anciens habitans de la Numidie , et qui , même de nos jours , retranchés dans les montagnes de l'Atlas, y conservent une espèce d'indépendance, se défendirent long-temps contre les vainqueurs des Maures. Un général musulman , nommé Akbé , les soumit enfin , leur donna sa loi , sa croyance ; et, s avançant jusqu'aux extrémités de l'Afrique occidentale , il ne s'arrêta qu'aux bords de l'Océan. Là , plein de l'enthousiasme de l'héroïsme et de la religion , il poussa son cheval dans la mer , tira son sabre , et s'écria : Dieu de Mahomet , tu le vois ; sans cet élément qui m'arrête , j'irais chercher des nations nouvelles pour leur faire adorer ton nom !
Jusqu'à cette époque , les Maures , sujets de* Carthaginois , des Romains , des Vandales et des Grecs , n'avaient pris qu'une faible part^ aux intérêts de ces différons maîtres. Errans dans les déserts , ils s'occupaient du soin des troupeaux, pavaient des impôts arbitraires, souffraient des vexations de leurs gouverneurs , essayaient de temps en temps de briser leurs fers , et se réfugiaient , après leurs défaites , dans les montagne* de l'Atlas ou dans Tinté-
SUR LES MAURES. a5
rieur du pays. Leur religion était un mélange de christianisme et d'idolâtrie ; leurs moeurs , celles des Nomades asservis : grossiers , ignorons , malheureux , abrutis par le despotisme , ils étaient à peuprè' ce qu'ils sont aujourd'hui sous les. tyrans d', Maroc.
Les Maures deviennent Musulmans.
L'arrivée des Arabes produisit chez eux un grand changement. Une origine commune avec les conquérans nouveaux , la même langue, les mêmes passions, tout contribuait à lier les vaincus aux vainqueurs. L'annonce de, pette religion, préchée par un descendant d'Ismaël; que les Maures regardent comme leur père ; les victoires rapides des Musulmans, qui , déjà maîtres de la moitié de l'Asie et de l'Afrique , menaçaient d'envahir le monde, frappèrent vivement les Maures, et rendirent à leur caractère .toute son ardente énergie. Ils embrassèrent avec transport les dogmes de Mahomet; ils s'unirent avec les Arabes, voulurent combattre avec eux, devinrent épris à la fois de l'islamisme et de la gloire.
Cette réunion, qui doubla les forces des deux nations confondues , fut troublée quelques instans par la révolte des Bérébères, tou-
Gonzalve. X . - 3
atf PRECIS HISTORIQUE jours passionnés pour leur liberté. Le calife Valid I er , qui régnait alors = j. c. 708. Hég. 89=. fit partir d'Égypte Moussa-ben-Nazir , général habile et vaillant , à la tête de cent milh hommes. Moussa défit les Bérébéres, pacifia les Mauritanies , alla s emparer de «T anger , qui appartenait aux Goths espagnols ; et , maître d'un pays immense , d'une redoutable armée , d'un peuple pour qui la guerre était devenue un besoin , Moussa médita dès ce moment de porter ses armes en Espagne.
État de l'Espagne sous les Goths.
Ce beau royaume , après avoir été soumis tour à tour par les Carthaginois , par les Romains, était devenu la proie des Barbares. Les Alains, les Suèves, les Vandales, connus sous le nom général de Goths, s'étaient partagé ses provinces. Mais Euric , un de leurs rois , vers la fin du cinquième siècle, avait réuni toute L'Espagne , et l'avait transmis* à ses descend-ans.
La douceur du climat, la prospérité, les richesses , amollirent ces oonquérans , leur donnèrent des vices qu'ils n'avaient pas lorsqu'ils étaient des barbares , et leur optèrent la valeur guerrière qui , seule , avait mit leurs succès. Les rois qui vinrent après Euric, tantôt
SUR LES MAURES. *7 ariens , tantôt catholiques , abandonnèrent leur puissance aux évêques, et régnèrent au milieu des troubles. Rodrigue , le dernier d entre eux , souilla le trône par ses vices. Personne n'ignore l'histoire, apocryphe ou véritable , de .la fille du comte Julien , à qui Rodrigue , dit on , fit violence. Ce fait est con?, testé ; mais ce qui ne peut l'être , c'est que le» débauches des tyrans ont presque toujours été la cause ou le prétexte de leur ruine.
Conquête de l'Espagne par les Maures.
Il est certain . que le comte Julien et son frère Oppas , archevêque de Tolède , tous deux puissans ehez les Goths , favorisèrent l'irruption des Maures. Tarick.9, l'un des plus grands capitaines de ce temps, fut envoyé par Moussa , d'abord avec peu de troupes , et n'en défit pas moins une grande armée que Rodrigue lut opposa. Depuis , ayant reçu des renforts d'Afrique, il vainquit Rodrigue lui-même à la bataille de Xérès , où le roi goth périt en fuyant = j. c. 7 1 4. Hég. 96=. Tarick profita de sa victoire , pénétra dans l'Estramadure , dans l'Andalousie, dans les Castilles, prit Tolède; et bientôt, rejoint par Moussa, jaloux dë la gloire de son lieutenant, ces deux hommes eitraor ( dinaites, divisant leurs troupes en plu-
i8 PRÉCIS HISTORIQUE
sieurs corps, achevèrent en peu de mois la
conquête entière de l'Espagne.
Il faut observer que ces Maures , que plusieurs historiens nous présentent comme des barbares altérés de sang, laissèrent aux peuples vaincus leur culte, leurs églises, leurs juges; ils n'exigeaient que le tribut que les Espagnols payaient à leurs rois. On ne redoutait point leur férocité, puisque la plupart des villes se rendirent par composition , puisque les Chrétiens s'unirent si bien avec eux , que ceux de Tolède en prirent le nom de Musarabes, et que la reine Egilone, veuve du dernier roi Rodrigue , épousa publiquement , de l'aveu dés deux nations , Abdélazis, 'fils de Moussa.
Ce Moussa, que les succès de Tarik avaient aigri , voulut, éloigner un lieutenant qui l'éelipsait. Il l'accusa près du calife. Yalid les rappela tous deux , ne jugva point leurs diffère n s , et les laissa mourir à sa cour du chagrin de se voir oubliés.
Vice-Rois 4 'Espagne. Commencement de Pélage.
Abdélazis, l'époux d'Egilone, resta gouverneur de l'Espagne, et ne le fut que quelques instans. Alahor, qui lui succéda, porta ses armes dans la Gaule =j.c 718. Hég. 100=.,
SUR LES MAURES. 19 subjugua la Narbohnaise, et se préparait à pousser plus loin "ses conquêtes , lorsqu'il apprit que Pelage , prince du sang royal des Goths, réfugié dans les montagnes des Asturies avec une poignée de yaillans soldats, osait braver les vainqueurs de l'Espagne, et former le noble dessein de se dérober à leur joug.
Alahor envoya des troupes contre lui. Pelage, retranché dans des gorges , battit deux fois les Musulmans , fortifia sa petite armée , s'empara de quelques châteaux; et, ranimant le courage des Chrétiens abattu par tant de revers , il apprit aux Espagnols étonnés que les Maures n'étaient pas invincibles.
L'insurrection de Pélage fit rappeler Alahor par le calife Omar II. Elzémagh, son successeur, pensa que le plus sûr moyen de réprimer les révoltes , était de rendre les peuples heureux. 11 s'occupa de policer l'Espagne , de régler les impôts , jusqu'alors arbitraires , de contenir les soldats en leur donnant une paie fixe. Ami 'des beaux-arts que les Arabes cultivaient dès-lors , Elzémagh embellit Gordoue , dont il fit sa capitale , attira les savans à sa cour , et composa lui-même un livre qui renfermait la description des villes , des fleuves , des provinces, des ports de l'Espagne, des métaux, des marbres, des mines, qu'on y trou- / 3.
3o PRÉCIS HISTORIQUE
Fait, de tous les objets eniin qui pouvaient intéresser les sciences et l'administration. Peu inquiet des mouvemens de Pelage , dont toute la puissance se bornait à la possession de quelques forteresses dans des montagnes inaccessibles, Elzémagh n'entreprit point de l'y forcer ; mais , guidé par le désir funeste dont brûlèrent toujours les gouverneurs de l'Espagne , d'étendre leurs conquêtes en France , il passa les Pyrénées =j. c. 73*2. Hég. 104=, et fut tué dans une bataille qu'Eudes , duc d'Aquitaine, lui livra.
Après la mort d'Elzémagh , arrivée sous le califat dTézid II 10 , plusieurs gouverneurs , dans l'espace de peu d'années, se succédèrent rapidement en Espagne (1). Aucune de leurs actions ne mérite d'être rapportée; mais, pendant ce temps , le brave Pélage agrandit son petit Etat , s'avança dans les montagnes de Léon, se rendit maître de quelques places; et ce héros , dont le courage appelait à la liberté les Asturiens et les Gantabces , jeta les premiers fondemens de cette puissante monarchie dont les guerriers devaient à leur tour
(1) Ambézéy Asré, Jahiah, Osman, Hazila*»
Hicchem, Méhémet
SUR LES MAURES. 3i
poursuivre les Africains jusque dans les rochers de l'Atlas.
Abdéraxne veut conquérir la France.
Les Maures , qui ne songeaient qu'à subjuguer de nouveaux pays , ne firent pas de grands efforts contre Pelage =i.c. 731. ni%. n3= : ils étaient sûrs de le réduire aisément quand ils auraient soumis la France ; et ce seul désir remplissait l'âme ardente du nouveau gouverneur Abdalrahman , que nous appelons Abdérame. Sa gloire, sa valeur, ses talens, son ambition démesurée , lui faisaient regarder cette conquête comme facile : mais il devait y trouver son vainqueur.
Le fils de Pépin d'Héristal , l'aïeul de Char* lemagne , Charles Martel , dont les exploits effacèrent ceux de son père , et ne furent point effacés par ceux de son petit-fils , était alors maire du palais, sous les derniers princes de la première race ; ou plutôt Charles était le véritable roi des Français et des Germains. Le duc d'Aquitaine Eudes , maître de la Guienne et de la Gascogne , avait eu de longues querelles avec le héros français. Trop faîble pour lui résister, il chercha l'alliance d'un Maure nommé Munuze , gouverneur de la Catalogne «rt l'ennemi secret d'Abdévame* Ces deux .va*-
3» - PRÉCIS HISTORIQUE saux , tous deux mécontens de leur souverain qu'ils craignaient , s'unirent par d'étroits liens : malgré la différence des cultes, le duc chrétien n'hésita point à donner sa fille en mariage à son allié musulman; et la princesse Numerance épousa le Maure Munuze , comme la reine Égilone avait épousé le Maure Abdélazis.
Abdérame , instruit de cette alliance , en pénétra les motifs. Il rassemble aussitôt son armée , yole en Catalogne , assiège Munuze , qui tente vainement de fuir : poursuivi , atteint dans sa course , il se donne lui-même la mort. Sa femme captive est conduite au vainqueur. Abdérame , frappé de sa beauté , l'envoie en présent au calife Haccham , dont elle s'attira l'amour : destinée singulière qui place une princesse gasconne dans le sérail du souverain de Damas !
U pénètre jusqu'à la Loire.
Non content d'avoir puni Munuze , Abdérame passe les monts , traverse la Navarre , entre dans la Guienne, assiège et prend la ville de Bordeaux. Eudes , à la téte dune armée , s'efforce de l'arrêter : Eudes est vaincu dans un grand combat ; tout plie sous les armes des Musulmans ; Abdérame poursuit- sa route , ravage le Périgord, la Saintonge, le Poitou, par-
SUR LES MAURES. 33 Tient triomphant en Touraine , et ne s'arrête qu'à la vue des drapeaux de Charles Martel.
Charles venait à sa rencontre, suivi des forces de la France, de l'Austrasie, de la Bourgogne , suivi surtout de ses vieilles bandes accoutumées à vaincre sous lui. Le duc d'Aquitaine était dans son camp : Charles oubliait ses injures pour ne songer qu'au péril commun. Ce péril devenait pressant : le sort de la France, de la Germanie, de tous les peuples chrétiens, allait dépendre d'une bataille. Abdérame était un rival digne du fils de Pépin , fier , comme lui , de plusieurs victoires-, suivi d'une armée innombrable, entouré de vieux capitaines qui l'avaient vu souvent triompher, et pressé. dès long-temps du désir de soumettre enfin aux Arabes les seuls pays qui leur manquaient encore de l'ancien empire romain.
Bataille de Tours.
L'action fut longue et sanglante. Abdérame r trouva la mort = j. c. 733. Hég. u4=. Cette grande perte décida sans doute la défaite de son armée. Les historiens assurent qu'il y périt plus de trois cent mille hommes. Ce nombre est sûrement exagéré ; mais il est vraisemblable que des ennemis parvenus jusqu'au milieu de
la France , et poursuivis après leur défaite , ont dû échapper difficilement au fer des vain» queurs ou à la vengeance des peuples.
Cette mémorable bataille , sur laquelle nous n'ayons aucun détail, nous sauva du joug des Arabes et fut le terme de leur grandeur. Depuis ce revers, ils tentèrent encore de pénétrer dans la France ; ils s'emparèrent même d'Avignon ; mais Charles Martel les dé' fit de nouveau, reprit cette ville , leur enleva Narbonne , et leur ôta pour jamais l'espérance dont ils s'étaient nattés si long-temps.
Guerres civiles en Espagne.
Après la mort d'Abdéraine , l'Espagne fut déchirée par les divisions de deux gouverneurs nommés successivement par les califes (i). Un troisième prétendant arriva d'Afrique ; un quatrième se mit sur les rangs (a) . Les factions se multiplièrent, les différons partis en vinrent souvent aux mains : des chefs furent massacrés, des villes prises, des provinces ravagées. Les détails de ces événement, différemment rapportés par" les historiens , ne peuvent être d'aucun intérêt. La seule vérité
(i) Abdoumélek, Akbé.
(?.) Aboulattar, Tévabé.
qu'on y découvre, c'est qu'à mesure que ln douceur du climat , le mélange des Espagnols et des Maures polissaient les mœurs de ces derniers , une nouvelle émigration d'Africains Tenait détruire l'ouvrage du temps , et rendre à leurs anciens frères cette férocité sauvage qui semble appartenir à l'Afrique.
Ces guerres civiles durèrent près de vingt ans. Les chrétiens retirés dans les Asturies en profitèrent. Alphonse I er , gendre et successeur de Pelage , marcha sur les traces de ce héros. Il s'empara d'une partie de la Galice et de Léon , battit les troupes qu'on lui opposa , se rendit maître de quelques places , et commença dès-lors a former une petite puissance.
Les Maures , occupés de leurs querelles , n'arrêtèrent point les progrès d'Alphonse.
Après plusieurs crimes et plusieurs combats , un certain Joseph l'avait emporté sur ses différens rivaux , et régnait enfin à Gordoue = i.c. 749. Hc'-g. i34=, lorsqu'un événement mémorable, arrivé dans l'Orient, eut une grande influence sur l'Espagne. 'C'est là que commence la seconde époque de l'empire des Maures , pour laquelle il est nécessaire de revenir quelques instans à l'histoire des calife?.