‹ Œuvres Gonzalve de CordoueChapitre 8 sur 19 · ROMANCE MORO · texte numérisé non relu

ROMANCE MORO

En el tiempo que GeKnda

Cerrô ayrada la ventana

A la disculpa , a los zelos

Que el Moro Ganzul le dava ,

«Confusa y arrcpentida

De averse fingido ayrada

Por verle y desagiaviarle,

El coraçon se le abrasa ;

Que en el villano de amor

Es muy cierta esta mudanza, etc.

Y como supo que el Moro Rompio ip.rioso la lança , etc.

Y que la librea verde Avia trocado en leonada j Saco luego una marlota De tafetan roxo y plata, Un bizarre capellar

De tela de oro morada , etc, Con un bonete cubierto De zàphires y esmeraldas, Que publican zelos muertos,

Y vivas las esperanças , Con una nevada loca, ... • .

Que el color de la veleta Tambien pubtica bonança, ....

Goniaïve. tt- * 12

i34 PRÉCIS HISTORIQUE Informandose primero A donde Ganzal estava, . . . .

A una casa de plazer A quella tarde le llama ;

Y en dizieridole a Gansul Que O lirda le aguardava , Al page le pregunto

Très vezes , si se burlava ;

Que son malas de créer

Las nuevas muy desseadas , etc.

H al loi a en un jardin , . . . . '

Entre mosqueta y jazmin , etc.

Viendose Moro con ella , . A penas los ojos alça ; Celinda le asio la mano , Un poco roxa y turbada ;

Y al fin de infinitas quexas

Que en taies passos se passan, ....

Vistiose alfin las preseas

Con las manos de su dama, etc.

Mélange étonnant de galanterie et de férocité.

Cette galanterie délicate et recherchée , qui rendit les Maures de Grenade fameux dans toute l'Europe , forme un contraste singulier avec la férocité naturelle à tous les peuples venus de l'Afrique. Ces Musulmans, qui , dans les combats, mettaient leur gloire, leur adresse ,

SUR LES MAURES. i35 à couper habilement des têtes qu'ils attachaient à l'arçon de leur selle , qu'ils exposaient ensuite sanglantes sur les créneaux de leurs villes , sur les portes de leurs palais ces guerriers inquiets , indociles , toujours prêts à se révolter contre leurs rois^ à les déposer, à les égorger , étaient les amans les plus tendres , les plus soumis, les plus passionnés. Leurs femmes, quoiqu'elles fussent à peu près esclaves , devenaient , lorsqu'elles étaient aimées , des souveraines absolues , des dieux suprêmes pour celui dont elles possédaient le cœur..

C'était pour leur plaire qu'ils cherchaient la gloire ; c'était pour briller à leurs yeux qu'ils prodiguaient leurs trésors , leur vie , qu'ils s'efforçaient mutuellement de s effacer. par leurs exploits , par les fêtes les plus magnifiques. Ce mélange extraordinaire de douceur et de cruauté , de délicatesse et de barbarie , cette passion de se montrer le plus brave et le plus constant , venaient -ils aux Maures des Espagnols? ou les Espagnols les ont -ils pris des Maures ? Je l'ignore ; mais en remarquant que ce caractère n'exista jamais en Asie , première patrie de ces Arabes ; qu'on le trouve encore moins en Afrique, où leur conquête les naturalisa; et que, depuis leur sortie d'Espagne, ils ont perdu jusqu'à la trace de ces mœurs

i36 PRÉCIS HISTORIQUE

aimables et chevaleresques ; j'ai quelque raison de penser qu'ils lès devaient aux- Espagnols. En effet , avant l'invasion des -Maure* , la cour des rois goths en offre déjà des exemples. Après cette époque, nous voyons les princes, les chevaliers de Léon , de Navarre , de Castille , aussi renommés parleurs amours que par leurs exploits. Le seul nom du Cid rappelle à la fois des idées de tendresse et de courage ; et depuis l'expulsion des Maures , les Espagnols ont long-temps conservé une réputation de galanterie fort supérieure à celle des Français , et dont le germe, détruit à présent chez toutes les nations modernes, subsiste toujours- en Espagne ✓

Quoi qu'il en soit , les femmes de Grenade méritaient d'inspirer tant d'amour : elles étaient et sont encore peut-être les plus séduisantes de l'univers. On lit dans un historien arabe (i)^qui écrivait à Grenade en i3yS de notre ère , sous le règne de Mahomet le "Vieux, ce portrait des femmes de son pays :

(i) Abi-Abdalla-ben-Alkabilbi Absaneni, Histor. Cran. , manuscrit arabe de l'Escurial .

SUR LES MAURES. i3 7

Portrait 'des femmes 'de Grenade.

« Elles sont toutes belles ; mais cette beauté , « qui frappe d'abord , reçoit ensuite son prince ci pal charme de leurs grâces , de leur gentilce lesse. Leur taille est au-dessus de la moyenne, « et nulle part on n'eu voit de mieux prise, de « plus svelte. Leurs longs cheveux noirs des- « cendent jusqu'aux talons leurs dents , « blanches comme l'albâtre , embellissent une « bouche vermeille qui sourit toujours d'un « air caressant. Le grand usage qu'elles font <( des parfums les plus 1 exquis donne une « fraîcheur, un éclat à leur peau, que n'ont « point les autres Musulmanes. Leur dé- '« marche , leur danse , tous leurs mouvemens « ont une mollesse gracieuse , une noncha- « lance légère, qui l'emporte sur tous leurs « attraits. Leur conversation est vive , pi- « quante; et leur esprit, fin, pénétrant, s 'ex- « prime sans cesse par des saillies ou par des <c mots pleins de sens. »

Habits des femmes et des hommes.

L'habit de ces femmes était composé , comme l'est encore celui des Turques et des Éersanes, d'une longue tunique de lin , serrée par une ceinture , d'un doliman à manches étroites ,

>i38 PRÉCIS HISTORIQUE de grands caleçons , et de pantoufles de maroquin. Toutes ces étoffes, extrêmement fines, ordinairement rayées , étaient brochées d'or , d'argent , et semées de pierreries. Leurs cheveux tressés flottaient sur leurs épaules. Un petit bonnet fort riche «nntenait sur l*ur tête un voile brodé qui leur tombait jusqu'aux genoux. Les hommes étaient vêtus à peu près - de même : à leur ceinture étaient leur bourse , leur mouchoir et leur poignard; un turban blanc ou de couleur couvrait leur tête ; et pardessus le doliman ils portaient 'en été une robe blanche , large et volante ; en hiver , Yalbornos , ou manteau africain. Le' seul changement qu'ils faisaient à cet habit , lorsqu'ils allaient à la guerre, c'était d'y ajouter une cotte de mailles , et de doubler avec du fer la coiffe de leurs turbans.

Coutumes des Maures.

L'usage était à Grenade de se rassembler tous les ans , pendant l'automne , dans les charmantes maisons de campagne dont la ville était entourée. Là , on ne s'occupait que ' de plaisirs : la chasse , la musique , la danse , remplissaient les jours et les nuits. Ces danses étaient fort libres , ainsi que les chansons , ies rondes , les ballades qu'on y -chantait.

SUR LES MAURES. i3o.

Si les contradictions de l'esprit humain pouvaient surprendre , on serait encore étonné de ce défaut de pudeur chez un peuple qui connaissait l'amour : mais en général les Orientaux sont peu sensibles à cette pudeur si aimable ; ils sont plus passionnés' qu'aimans , plus jaloux que délicats , et ne savent ni attendre , ni cacher les plaisirs qu'ils achètent ou qu'ils arrachent.

J'ai profité, pour placer ,ces détails, peutêtre trop longs , du calme dont jouit Grenade sous le règne d'Abouhadjad. Ce bon roi, après avoir occupé le trône pendant treize années , laissa ses États florissans à son fils Joseph , qui lui succéda sans contradiction = j. c. i 3.qu nég. 793=.

Règne de Joseph II.

Joseph II imita son père , et voulut conserver la trêve jurée' avec les Chrétiens. Un ermite la troubla : ce fanatique vint à bout de persuader au grand-maître d'Alcantara, Martin de Barbuda , Portugais , que le ciel l'avait choisi pour chasser les Musulmans d'Espagne : il lui promit, au nom de Dieu, qu'il serait vainqueur des Maures , qu'il prendrait Grenade d'assaut sans perdre seulement un soldat.

i4o PRÉCIS HISTORIQUE

FoKe du grand-maître d'Alcantara.

Le crédule grand-maitre , convaincu de la certitude de cette promesse , envoya sur-lechamp des ambassadeurs à Joseph pour lui 'déclarer de sa part que , la religion de Mahomet étant fausse et détestable* et celle de Jésus- Christ la seule que dût croire îe genre humain , lui , Martin de Barbuda , défiait le roi de Grenade à un combat de deux cents Maures contre oent Chrétiens , à condition que la nation vaincue adopterait sur-le-champ la croyance de la nation victorieuse.

On peut juger de la réception qui fut faite à ces ambassadeurs. Joseph eut de la peine à contenir son peuple. Les envoyés , chassés honteusement , retournèrent auprès du grandmaitre , qui , surpris de n'avoir point de réponse , rassemble aussitôt mille fantassins , Itrois cents cavaliers , et part pour aller conquérir Grenade, guidé par le prophète ermite.

Il est puni de sa démence.

Le roi de Castille , Henri III, qui désirait conserver la paix avec les Maures dans un commencement de règne où ses propres États étaient peu tranquilles , fut à peine instruit de l'entreprise du grand-maître , qu'il lui envoya des ordres positifs de ne point passer la fron-

SUR LES MAURES. î^r tière ; mais Barbuda répondit qu'il devait obéir à Dieu , et continua son chemin. Les gouverneurs des villes qu'il traversait essayaient vainement de l'arrêter; les peuples , au contraire, lui prodiguaient les hommages , et s'empressaient de grossir son armée. Elle était déjà forte de six mille hommes lorsqu'il mit le pied sur cette terre ennemie , que sa folle crédulité lui faisait regarder comme sa conquête. Il attaqua' le premier château ; il perdit trois hommes et fut blessé. Surpris au-delà de ce qu'on peut croire de voir couler son sang et tomber trois soldats , il appela son ermite ,' lui demanda froidement ce que cela signifiait, d'après sa parole expresse qu'il ne perdrait pas un guerrier. L'ermite lui répondit qu'il n'avait entendu parler que des batailles rangées. Barbuda ne se plaignit plus , et ne tarda pas à voir arriver une armée de cinquante mille Maures. Le combat aussitôt s'engagea =j. ci 394. Hég- 798= : le grand-maitre et ses trois cents chevaliers périrent après avoir fait des prodiges de valeur* Le reste de ses troupes fut pris ou mis en fuite , et le silence des historiens sur l'ermite donne lieu de croire qu'il ne fut pas des derniers à s'échapper. (1)

(1) Ferreras, Compend Hist. tom.YIlI,Carda) Hist. d'Afrique, tome III, etc. [*

Cette entreprise insensée ne troubla point la paix des deux nations. Le roi de Castille désavoua le grand-maître ; et Joseph continua de régner avec gloire et tranquillité ; mais il fut empoisonné , dit-on , par un vêtement magnifique que le roi de Fez , son ennemi secret , lui envoya par ses ambassadeurs. Les historiens assurent que cette robe , imprégnée d'un poison terrible , fit périr le malheureux Joseph dans des tourmens épouvantables =j.c. i3q6.

Hég. 799= ' sa chair se 'détachait de ses os, et ce supplice dura trente jours.

Règne de Mahomet IX.

Mahomet IX , le second de ses fils , qui 3 même du vivant de son père , avait tenté d'exciter des troubles , usurpa la couronne sur son frère aîné Joseph , qu'il fit renfermer dans une prison. Mahomet avait de la valeur et quelques talens guerriers. Allié du roi de Tunis , qui joignit sa flotte à celle de Grenade , il rompit la trêve avec la Castille , et remporta d'abord quelques avantages : mais l'infant don Ferdinand , oncle et tuteur du jeune roi Jean II , ne tarda pas à venger les Espagnols. Mahomet IX mourut alors = j.c. x4o8.Hcg. 8ir=. Avant d'expirer, voulant assurer la couronne à son fils , il envoya l'un de ses principaux of-

SUR LES MAURES. 143 liciers à la prison de son frère Joseph , avec ordre de lui couper la tête. L'officier trouva Joseph faisant une partie d'échecs avec un iman. Il lui annonce avec douleur la funeste commission dont il est chargé. Joseph , sans se troubler , lui demande le temps d'achever sa partie ; 1 officier n'ose refuser cette faible grâce. Tandis que le prince continue , un nouveau messager arrive , apportant la nouvelle de la mort de Mahomet , et de la proclamation de Joseph pour son successeur au trône.

Régne de Joseph III.

Ce Joseph III fut un bon monarque; le peuple fut heureux sous son règne. Loin de se venger des séditieux qui avaient aidé Mahomet à le priver de la couronne , il leur prodigua les emplois , les grâces ; il éleva les fils de son frère comme ses propres enfans ; et lorsque ses conseillers le blâmaient de tant d'indulgence , qu'ils regardaient comme dangereuse. Permettez, leur répondait -il f aue j ôte à mes ennemis toute excuse de m avoir préféré mon frère cadet.

Cet excellent prince fut souvent obligé de prendre les armes contre les Chrétiens. Il perdit des villes ; mais il conserva le respect , l'amour de ses sujets , et mourut , après quinxe

;i44 PRÉCIS HISTORIQUE

ans de règne, pleuré par tout son royaume

£J. C. l4'i3. Hég.837*:.

Troubles à Grenade. Règne de Mahomet X , de Mahomet XI, de Joseph IV Alhamar, de Mahomet XII Osmin.

Après sa mort , l'État fut déchiré par des guerres intestines. Le fils et le successeur de Joseph, Mahomet Xj Abénazar ou le Gaucher } fut chassé du trône par Mahomet XI , el Zugair ou te Petit, qui régna pendant deux ans. Les Abencerrages 8 , tribu puissante à Grenade , rétablirent Mahomet le Gaucher = j. c. 14*7.

Hég. 83 1=. Sou compétiteur périt sur lécha-» faud. Les Esftegnols attaquèrent les Maures , et portèrent le fer et la flamme jusqu'aux glacis de leur capitale. Toutes les campagnes furent dévastées , les moissons brûlées , les villages détruits ; et Jean II , qui régnait alors en Casfille , voulant ajouter aux malheurs qu'il causait aux Grenadins le malheur plus grand de la guerre civile , fit proclamer roi de Grenade un certain Joseph Alhamar , petit -fils de ce Mahomet le Rouge , si indignement assassiné par Pierre le Cruel à Sévi lie.

Tous les mécontens vinrent se ranger auprès de Joseph Alhamar. Les Zégris, tribu fameuse, ennemis des Abencerrages, prirent

SUR LES MAURES. i45 le parti de l'usurpateur. Mahomet le Gaucher, fut encore chassé de sa capitale =j. c. 1432/ H«g. 836=, et Joseph IY Alhamar occupa le trône six mois. Au bout de ce temps il mourut. Mahomet le Gaucher reprit sa place.

Après treize ans de malheurs , il fut déposé pour la troisième fois =j. c. 1446. Hég. 849 = , pris et renfermé dans une prison par un de ses neveux nommé Mahomet XII Osrain, qui lui-même se vit ensuite détrôné par son propre frère Ismaè'l = j.c. 1453. Hég. 849 = , et finit ses jours dans le même cachot où languissait leur oncle Mahomet le Gaucher.

Règne d'ismaël II.

Tant de révolutions n'empêchaient point les gouverneurs chrétiens ou maures qui commandaient sur les frontières de faire sans cesse des irruptions dans le pays ennemi :

tantôt c était une petite troupe de cavalerie ou d'infanterie qui venait surprendre*un village , massacrer les habit an s , piller les maisons , enlever les troupeaux ; tantôt c'était una armée qui tout à coup paraissait dans la plaine , dévastait les campagnes, arrachait les-vignes, coupait les arbres , assiégeait , emportait quelque place , et se retirait avec son butin. Cette manière de faire la guerre était la plus rui-

Gonzatve. I l3

i46 PRÉCIS HISTORIQUE neuse de toutes pour le 'malheureux cultivateur; et, sous le règne d'Ismaè'l II , le pays de Gfenade avait tellement souffert, que ce roi ïut obligé de faire défricher de grandes forêts pour nourrir sa capitale , qui ne recueillait presque plus rien de cette vaste et fertile veqa , tant de fois désolée par les Espagnols.

Règne de Mulei-Hassem.

lsmael II laissa la couronne à son fils Mulei- Hassem = j. c. i465. Hég. 870 =, jeune prince plein d* courage , qui , profitant des troubles de la G asti lie, sous le règne déplorable de. Henri IV , dit l'Impuissant , porta ses armes jusqu'au centre de l'Andalousie. Les succès qu'il eut d'abord , ses talens , son ardeur guerrière , firent concevoir aux Maures l'espoir de reprendre leur ancienne puissance ; mais un grand événement vint arrêter leurs victoires , et prépara leur ruine totale.

Ferdinand et Isabelle. Leurs caractères.

Isabelle de Castille , sœur de Henri l'Impuissant , malgré le roi son frère , malgré les obstacles qui paraissaient insurmontables .

épousa le roi de Sicile, Ferdinand, dit le Catholique , héritier présomptif de l'Aragon 9 — j. c. t 469. Hég. Ce mariage , en réu-

SUR LES MAURES. i4 7 nissant les deux plus puissante» monarchies de l'Espagne , portait un coup mortel aux Maures , qui jusqu'alors ne s'étaient soutenu* que par les divisions des Chrétiens. Un seul des deux ennemis qu'ils .allaient avoir à combattre eût suffi pour les accabler. Ferdinand, politique habile, adroit, souple et ferme à la fois , prudent jusqu'à la méfiance , fin jusqu'à la fausseté, possédait le talent suprême de voir de loin et d'un coup d'oeil tous les chemins qui menaient à son but. Isabelle, plui noble , plus fi ère , douée d'un courage héroïque, d'une constance à toute épreuve , savait poursuivre une entreprise , et savait surtout l'achever. Le caractère de l'un ennoblissait l'esprit de l'autre., L'époux jouait souvent le rôle d'une femme faible et perfide qui négocie pour tromper ; l'épouse était toujours un grand roi qui marche au combat et triomphe.

Aussitôt que ces deux monarques eurent dissipé les factions , vaincu les ennemis étrangers , pacifié les troubles intérieurs , et recueilli la succession immense qui leur fut long-temps disputée , ils s'occupèrent uniquement de chasser tout-à^fait les Maures. Ce siècle semblait marqué pour la gloire des Espagnols.

Indépendamment du prodigieux avantage que

l>48 PRECIS HISTORIQUE leur donnait la réunion de leurs forces , Isabelle et Ferdinand étaient entourés d'hommes fupérieurs. Le célèbre Ximenès , simple cordelier , depuis cardinal , était à la tête de leurs conseils j et cet habile ministre menait, comme il le disait lui-même , toute l'Espagne avec son cordon. Les guerres civiles avaient formé une foule de guerriers, de généraux excellens, parmi lesquels se distinguaient le comte de .Cabra , le marquis de Cadix , et ce fameux Gonzalve de Cordoue , à qui l'Europe et l'histoire ont confirmé le surnom de grand capitaine que sa patrie lui donna. Le trésor public , épuisé par les folles prodigalités de Henri , s'était tout à coup rempli par la sévère économie d'Isabelle , et par les bulles obtenues du pape pour toucher aux biens ecclésiastiques.

Les troupes étaient aguerries et nombreuses ; l'émulation des Castillans et des Aragonais devait doubler leur valeur ; tout annonçait la chute certaine du dernier trône des Musulmans.

La guerre se déclare.

Mulei-Hassem , qui l'occupait , ne fut point effrayé de tant de périls ; il rompit le premier la trêve, en s emparant de Zahra= j. c. 1481. még. 888. =. Ferdinand s'en plaignit par des

SUR LES MAURES. i4g ambassadeurs, qui demandèrent en même temps l'ancien tribut payé par les rois de Grenade aux souverains de Castille. Je sais , leur répondit Mulei, que quelques-uns de mes prédécesseurs vous ont donne des pièces d'or ; mais on ne bat plus monnaie sous mon règne , et voici le seul métal que je puisse offrir aux Espagnols. En disant ces mots , il leur présenta le bout de sa lance.

Prise d' Alhama.

L'armée de Ferdinand marcha bientôt vers Alhama , place très forte , voisine de Grenade , et renommée par les bains magnifiques dont les rois maures l'avaient embelHe. Alhama' fut surprise par les Chrétiens , et la guerre allumée pour ne plus s'éteindre.

Les succès en furent d'abord balancés.

Muki avait des troupes nombreuses, un grand trésor , de l'artillerie. Il aurait pu long-temps se défendre ; mais une imprudence de sa part le précipita pour jamais dans un abîme dé maux.

Guerre civile chez les Maures. Boabdil est proclamé roi.

Mulei était l'époux d'une Maure nommée Aîxa, dune des premières tribus de Grenade.

i5o PRÉCIS HISTORIQUE Il en avait un fils , appelé Boabdil , qui devait régner après lui. Épris d'une esclave chrétienne qui le gouvernait à son gré , Mulei répudia sa femme Aixa. Ce fut le signal de la guerre civile. L épouse outragée, d accord avec le coupable Boabdil , souleva ses parens, ses amis, et la moitié de Grenade. Mulei- Hassem fut chassé de sa capitale , Boabdil prit le titre de roi ; et le père et le fils se disputèrent les armes à la main une couronne que Ferdinand allait ravir à tous deux.

Boahdil est pris par les Espagnols.

Pour comble de malheur,, un frère de Mulei , nommé Zagal , se mit à la tête de quel- - ques troupes, et remporta sur les Espagnols un avantage considérable dans les défilés de Malaga = j. c. i 4B3. Hég. 883 =. Cette victoire valut à Zagal l'amour et l'estime des- Maures ; il conçut aussitôt l'espoir de détrôner son frère et son nevfiu. L'Etat se vit déchiré par un troisième parti. Boabdil trembla dans Grenade ; et , voulant tenter une action d éclat qui ranimât sa faction déjà prête à l'abandonner, il sortit, à la tête d'une petite armée, 1 pour aller surprendre Lucène , ville appartenant aux Castillans. L infortuné Boabdil fut pris dans cette expédition. C'était le premier

SUR XES MAURES. iSw roi ntaure captif chez les Espagnols. Ferdinand lui prodigua les égards dus au malheur, et le fit garder à Cor do ne.

Boabdil est remis en liberté.

Mulei-Hassem saisit ce moment pour reprendre la couronne qu'un fils rebelle lui ayait enlevée. Malgré le parti de Zagal, iJ rentra dans sa capitale ; mais il ne put qu'opposer une faible résistance aux progrès des Castillans, qui de toutes parts soumettaient les villes et s'avançaient toujours vers Grenade, où les malheureux Musulmans se livraient entre eux des combats. Pour augmenter ces divisions sanglantes , qui déjà présageaient leur ruine , 1 habile Ferdinand rendit à Boabdil la liberté ; il devint même l'allié de son captif, promit de l'aider contre son père , à condition que "Boabdil lui paierait un tribut de douze mille écus d'or; qu'il se reconnaîtrait son vassal, et lui livrerait certaines places. Le lâche Boabdil signa tout; et, soutenu par Ferdinand , il courut faire, la guerre, à Mulei.

Les Maures se détruisent eux -mêmee.

Le royaume de Grenade devint alors un champ de carnage où Mulei-Hassem, Boabdil, Zagal, se poursuivaient le fer à la main, en

i5* PRÉCIS HISTORIQUE disputait de tristes débris. Les Espagnols ,• pendant ce temps , marchaient de conquête en conquête , tantôt sous le prétexte de secourt c leur allié BoabdiJ , tantôt réclamant le traité qu'ils avaient fait «hrec ce monarque , toujours attisant le feu dearatscbrdes , dépouillant éga r lement les trois partis , et laissant aux vaincus leurs lois , leurs usages et le libre exercice de leur religion.

Au milieu de tant de troubles , de crimes , de calamités , le vieux Mulei-Hassem mourut de douleur , ou par les coups de son frère ; =j. c. i485. Hi*g. 890=. Ferdinand se rendit maître de toute ia partie occidentale du royaume; et Boabdil convint avec Zagal de partager le peu qui restait de cet Etat désolé. Grenade appartint à Boabdil ; Guadix et Almérie • fuient cédées à Zagal. La guerre n'en continua pas moins; et le coupable Zagal , désespérant de conserver ce qu'il avait ^ vendit ses places à Ferdinand pour une pension annuelle. Le traité fut signé; les rois catholiques prirent possession de ces villes = j. c. 1490. Heg. 896 =. Le traître Zagal ne rougit pas d'accepter un emploi danfrl'armée chrétienne , pour porter les derniers «oups à sa patrie et à son neveu. * v

SUR LES MAURES. i53

Boabdil règne seul à Grenade.

Enfin il ne restait plus aux Musulmans que la seule cité de Grenade. Boabdil y régnait encore; et ce prince malheureux, aigri par ses infortunes, tournait. 4& rage contre ses sujets , qu'il gouvernait en tyran. Les rois de Castille et d'Aragon, malgré leur prétendue alliance-avec ce faible monarque , l'envoyèrent sommer de remettre en leurs mains sa capitale , selon le traité secret qu'ils disaient être fait entre eux. Boabdil éclata contre tant de perfidie. Mais il n'était plus temps de se plaindre ; il fallait combattre, ou cesser de régner. Le roi maure prit au moins le parti le plus généreux : il résolut de se défendre. Ferdinand, à la tête d'une armée de soixante mille hommes i l'élite des deux royaumes , vint mettre le siège devant Grenade, le 9 mai 1491 = J. c. 1491.

Hé». 897 =.

Siège de Grenade;

Cette grande ville , comme je l'ai dit , était défendue par de forts remparts , flanqués- de mille trente tours , et par une foule d'ouvrages entassés les uns sur les autres. Malgré les guerres civiles qui l'avaient inondée de sang, elle renfermait encore plus de deux cent mille nabi tans. Tout ce qui restait de braves

i54 PRÉCIS HISTORIQUE guerriers attachés à leur patrie , à leur religion , à leurs lois , s'était réuni dans ses murs. Le désespoir doublait leurs forces ; et , sous un autre chef que Boabdil, ce désespoir aurak pu les sauver; mais ce roi, faible et féroce , sur un soupçon , sut le moindre indice , faisait périr par le fer des bourreaux ses plus fidèles défenseurs : il était l'objet de la haine et du mépris des Grenadins , qui l avaient surnommé Zogoyli, c'est-à-dire, te petit roi. Toutes les tribus de Grenade, surtout celle des Abencerrages , étaient mécontentes et découragées. Les alfaquis, les imans, prédisaient à haute voix là (in de l'empire des Maures ; et la steule horreur qu'on avait encore pour le joug des Espagnols soutenait un peuple indigné contre tes ennemis et contre son roi.

Isabelle *e rend an camp.

Les troupes de Ferdinand, au contraire, ivres de leurs succès passés , se regardant comme invincibles , croyaient marcher à une conquête certaine. Elles se voyaient guidées par des chefs qu'elles adoraient : Ponce de Léon , marquis de Cadix ; Henri de Gusman , duc de Medina Sidonia; Mendoze, Aguilar, Yillena, surtout Gonzalve de Cordoue, beaucoup d'autres fameux capitaines, suivaient un

SUR LES MAURES. i55 roi victorieux. Isabelle , dont les vertus commandaient la vénération , dont la grâce , l'affabilité, savaient attirer l'amour, s était rendue au camp de son époux avec l'infant, les infantes, avec la plus brillante cour qui fut alors dans toute l'Europe. Cette grande reine faisait plier aux circonstances son bumeur naturellement sévère : elle mêlait aux travaux guerriers les fêtes et les plaisirs. Les tournois délassaient des combats ; les illuminations , les danses, les jeux remplissaient les nuits d'été, si belles dans ces climats. Isabelle présidait à tout ; un seul mot de sa bouche était une récompense ; un de ses regards faisait un héros du dernier de ses soldats. L'abondance régnait dans le camp; la joie, l'espoir, animaient tous les cœurs; tandis que, chez les Grenadins , la défiance mutuelle , la consternation générale , la certitude de manquer de vivres , avaient glacé tous les courages.

Isabelle bâtit une ville.

Le siège dura cependant près de neuf mois.

Ferdinand ne tenta point d'assaut contre une place si bien fortifiée : après avoir dévasté les environs , il attendit patiemment que la faim lui livrât Grenade. Content de foudroyer les remparts , de repousser les fréquentes sorties

i$6 PRECIS HISTORIQUE de» Maures , il n'engagea point d'action décisiye , et resserra chaque jour davantage l'ennemi, qui ne pouvait lui échapper. Un acci- - dent pendant la nuit mit lé feu aux tentes d'Isabelle; l'incendie consuma tout le camp.

Boabdil n'en profita point. La reine voulut qu'à la place de ce camp brûlé les Espagnols bâtissent une ville (i), afin de faire voir aux Bgusulmans que Le siège ne serait jamais levé. Cette idée grande, extraordinaire, digne du génie d'Isabelle, fut exécutée en quatre-vingts jours. Les Espagnols s'établirent dans la nouvelle cité, qui fut fermée de murailles. Elle subsiste encore aujourd'hui , et porte le nom de Santa-Fé, que lui donna la pieuse reine.

Grenade capitule.

Enfin, pressés par la famine, battus le plus souvent dans les petits combats qui se livraient sans cesse sous leurs murs, abandonnés par l'Afrique , qui ne tenta aucun effort pour les sauver, les Maures sentirent la nécessité de se rendre. Gonzalve de Cordoue fut chargé par les rois de régler les articles de la capitulation. Elle portait que les Grenadins

(i) Histoire de Ferdinand et d'Isabelle, Mariana, Garibai, Ferreras, etc.

reconnaîtraient pour leurs rois Ferdinand et Isabelle , ainsi que leurs successeurs à la couronne de Castille; qu'ils rendraient -sans rançon tous les prisonniers chrétiens; que les Maures , toujours gouvernés selon leurs lois , conserveraient leurs coutumes, leurs juges, la moitié de leurs mosquées, et le libre exercice de leur culte; qu'ils pourraient garder ou vendre .leurs biens , et se retirer en Afrique ou dans tel autre pays qu'ils choisiraient, sans que jamais les Castillans pussent les forcer de quitter l'Espagne; que Boabdil jouirait, dans les Alpuxares, d'un riche et vaste domaine dont il disposerait à son gré.

Boabdil sort de Grenade.

Telle fut la capitulation , que les Espagnols observèrent mal. Boabdil l'exécuta quelques jours avant le teime convenu , parce qu'il apprit que son peuple , soulevé par les imans , voulait rompre la négociation et s'ensevelir sous les ruines de Grenade. Le malheureux, roi se hâta de livrer aux Castillans l'Albavzin et l'Alhambra; il alla ensuite porter les clefs à Ferdinand , et ne rentra plus dans la ville =j. c. i49'i- nig. 8©8=. Bientôt, suivi de sa famille et d'un petit nombre de serviteurs, il prit le chemin du triste domaine

Oonialvr. I. l4

i58 PRÉCIS HISTORIQUE qu'on lui donnait pour un royaume. Arri?é sur le mont Palud , d'où l'on découvre Grenade , il jeta sur elle un dernier regard , et les larmes baignèrent son, visage. Mon fils, lui dit sa mère Aïxa , vous avez raison de pleurer comme une femme le trône que vous n'avez pas su défendre comme un homme. Cet infortuné ne put vivre sujet dans un pays où il avait régné : il passa peu de temps après en Afrique , et fut tué dans un combat.

Les Espagnols entrent dans Grenade.

Isabelle et Ferdinand firent leur entrée à Grenade le 2 janvier 1.492 , au bruit de leur artillerie, au milieu d'une double haie de soldats. La ville semblait déserte ; les Maures , retirés dans leurs maisons, fuyaient la présence de leurs vainqueurs, cachaient leurs larmes et leur désespoir. Les rois allèrent d'abord à la grande mosquée ,*qui fut transformée en église, et où ils rendirent grâces à Dieu de tant de succès. Tandis qu'ils remplissaient ce pieux devoir , le comte de TendiUa, nouveau gouverneur de Grenade , arborait la croix triomphante, l'étendard de Cas tille et celui de Saint-Jacques sur la plus haute tour de l'Alhambra.

' Ainsi tomba cette ville fameuse ; ainsi finit

SUR LES MAURES. i5c, la puissance des Maures eu Espagne, après avoir duré sept cent quatre-vingt-deux ans, depuis la conquête de Tarik.

Causes de la ruine des Maures.

On a dû remarquer dans ce court précis les principales causes de leur perte. La première était dans leur caractère, dans cet esprit d'inconstance , cet amour de nouveautés, cette inquiétude éternelle qui leur fit si souvent changer de rois , qui multiplia chez eux les factions, déchira leur empire par la discorde , et finit par les livrer à leurs ennemis , dénués des forces qu'ils avaient employées contre eux-mêmes. Us avaient de plus à se reprocher leur goût pour la magnificence, pour les fêtes , pour les monumens , qui épuisait le trésor public , tandis que leurs guerres continuelles laissaient à peine à la terre la plus fertile du monde le temps de reproduire des moissons toujours ravagées par les Espagnols. D ailleurs ils manquaient de lois, seule hase solide de la prospérité des nations; et leur gouvernement despotique , sous lequel les hommes n'ont point de patrie , faisait regarder à chaque individu ses vertus ou ses lumières comme des moyens de considération-

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personnelle , et non comme le patrimoine de l'État.

Qualités de cette nation.

Ces défunts si dangereux , ét qui causèrent leur ruine , étaient rachetés par des qualités que les Chrétiens eux-mêmes leur reconnaissaient. Aussi braves , aussi sobres que les Espagnols, moins disciplinés, moins* habiles-; ils leur étaient supérieurs dans l'attaque .

L'adversité ne les abattait pas long-temps-; ils y voyaient la volonté du ciel , et se soumettaient sans murmure. Le dogme de la fatalité contribuait sans doute à leur donner cette vertu. Observateurs fervens de la loi de Mahomet, ils pratiquaient exactement le beau précepte de l'aumône 10 : ils donnaient aux pauvres non-seulement du pain , de l'argent , [mais une portion de leurs grains, de leurs fruits , de leurs troupeaux , de toutes leurs marchandises. Dans les villes, dans les campagnes , les* malades étaient recueillis , soignés, secourus avec une attentive piété. L'hospitalité , de tout temps si sacrée chez les Arabes , ne l'était pas moins à Grenade; ils se plaisaient à l'exercer ; et l'on ne peut lire sans attendrissement le trait de ce vieillard grenadin à qui un inconnu teint de sang et pour-

SUR LES MAURES. 161 suivi par la, justice , vint demander un asile. Le vieillard le cache dans sa maison. Dans l'instant même la garde arrive en demandant le meurtrier et rapportant au vieillard le corps de son fils , que cet inconnu vient d'assassiner. Le malheureux père ne livra point son hôte; et quand la garde fut partie : Sors de chez moi, dit-il à l'assassin , pour qu'il me soit permis dé te poursuivre.

Révoltes des Maures.

Tels furent ces Maures célèbres , peu connus , des historiens , qui les ont souvent calomniés. Après leur défaite , beaucoup d'entre eux se retirèrent en 'Afrique. ' Ceux qui restèrent à Grenade eurent à souffrir des persécutions.

L'article du dernier traité, qui leur assurait formellement la liberté de leur culte , fut violé par les Espagnols : on les forçait d'abjurer leur croyance par la gêne , par la crainte , par toutes sortes d'indignes moyens. Irrités de ce manque de foi, les Maures tentèrent de se soulever.

Leurs efforts furent inutiles : Ferdinand luimême marcha contre eux , fit passer au fil de l'épée ceux qu'il appelait des rebelles, et, le glaive à la main , donna le baptême à plus de cinquante mille vaincus = j.c. *5oo. =.

16a, PRÉCIS HISTORIQUE

Lear expdtaioa totale*

Les successeurs de Ferdinand , Charles - Quintr, et surtout Philippe II , tourmentèrent de nouveau les Maures 11 . L'inquisition fut établie à Grenade : la terreur , la désolation , les supplices , furent employés pour les convertir; on leur arrachait leurs enfans pour les élever dans la foi d'un Dieu qui détesta toujours la violence , qui ne prêcha que la paix on les dépouillait de leurs biens ; on les accusait sur le moindre prétexte. Réduits au désespoir , ils prirent les armes ; et la plus terrible vengeance fut exercée par eux contre les prêtres chrétiens = j. c. 1569=. Le nouveau roi qu'ils avaient choisi, nommé Mahomet-ben-Ommiah, qui se disait du sang des Ommiades , livra plusieurs combats dans les Alpuxares , et s'y soutint deux ans malgré ses revers. 11 fut assassiné, par les siens. Son successeur eut le même sort ; et les Maures furent forcés de reprendre un» joug que leur révolte rendit plus pesant. Enfin le roi Philippe III les chassa touta-fait d'Espagne =j. c. 1609 = ; et la dépopulation causée par ce fameux édit fit àcette grande monarchie une plaie qui saigne encore. Plus de cent cinquante mille de ces infortunés passèrent par 1» France , où notre bon Henri IV

SUR LSS MAURES. i63 les fit traiter avec humanité. Quelques autres , en petit nombre , restèrent et sont encore cachés dans les montagnes des Alpuxares ; mais la plupart allèrent se fixer en Afrique , où ce peuple malheureux traîne aujourd'hui sa triste existence sous le despotisme drs rois de Maroc , et demande tous les vendredis à son Dieu de le ramener à Grenade.

NOTES

DU

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