‹ Œuvres historiques et littéraires de Léonard Baulacre (volume 2)Chapitre 21 sur 55 · DEMI - GRANDEUR · texte numérisé non relu

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litude, c'est qu'on n'y mourait point. Nemo in prœdicto loco polutt tnori^ dit le manuscrit, mors enim nequaquam illuc intrare permittebafur. Les disciples de saint Guinolé, consumés par une vie pénitente, se plaignaient de ne plus voir de terme à leurs souffrances. Le saint eut recours au ciel, et il reçut ordre, par une révélation expresse, de changer de demeuré. Il transporta aussitôt son habitation un peu plus loin, et dans un endroit où se trouve a présent l'abbaye de Landevenec, située dans le diocèse de Quimper, et vis-à-vis de Brest. Alors, la mort rentra dans ses droits. Cependanl , pour laisser encore quelque trace du premier prodige, elle fut assujettie à ne prendre que les plus anciens religieux , et ils ne mouraient même chacun que selon leur rang et leur âge. Cet ordre s'observa longtemps dans l'abbaye. Jamais on n'y voyait un religieux mourir avant ses anciens. Mais ce même ordre si certain , et la confiance qu'avaient cer* tains religieux de ne pouvoir mourir que dans plusieurs années, ayant causé du relâchement dans la discipline monastique , le ciel remit les choses dans leur état naturel , et c'est depuis ce temps-là seulement que la mort prend les religieux de Landevenec comme les autres nK)rtels, jeunes et vieux, sans ordre et sans aucun égard a l'âge. »

La légende de saint Guinolé confirme donc ce qu'a dit notre auteur, de son ile où on ne meurt point. Ces deux relations ont beaucoup de rapport. Je serais même tenté de croire que ce qu'en avait dit Vincent de Beauvais, et que notre poète de Divonne n'a fait que rimer, était tiré de cette légende du saint breton. La conformité est entière : on voit de part et d'autre un canton où l'on vit si longtemps, que l'on devient à charge à soimême : on y voit des deux côtés des gens qui, ennuyés de se voir dans im âge si décrépit, demandent à changer de demeure pour avoir la facilité de mourir. Ces deux narrés pourraient donc n'en être qu'un dans le fond. La seule chose qu'on peut reprendre dans notre auteur, c'est de nous avoir fait envisager l'immortalité des habitants de cette lie comme une chose natu-

relie, comme un effet de la bonté de l'air et des aliments, au lieu que c'était 1^ une bénédiction particulière accordée à la dévotion de saint Guinolé. On peut lui reprocher aussi de nous avoir fait regarder cette immortalité comme un avantage qui subsistait encore de son temps, quoiqu'il eût fini lors de la transplantation de ces bons religieux.

Mais le même auteur périodique que j'ai déjà cité, nous allègue un autre exemple que je ne dois pas omettre. S'il n'est pas, à beaucoup près, aussi merveilleux que le premier, il a cet avantage qu'il ne suppose point de causes surnaturelles. Il s'agit d'une colonie établie dans la Géorgie, et composée de gens de notre nation. Voici ce qu'en dit une relation imprimée a Londres il y a quelques années, à quoi l'auteur français a joint quelques réflexions.

« La ville d'Ëbenezer, dans la Géorgie, a été fondée par une colonie helvétique ; l'air y est si pur, le climat si tempéré, tous les avantages de la situation si extraordinaires, que les maladies et la mort y sont encore inconnues. Quoique l'expérience des nouveaux habitants soit constante, il est vrai qu'elle n'a pas encore été assez longue , pour être regardée comme un garant certain de l'avenir; mais celle des sauvages voisins qui vivent communément plus d'un siècle , sans se ressentir des faiblesses de la nature, leur fait espérer avec raison de jouir comme eux d'un bienfait du ciel qu'ils éprouvent déj^.»

Pour parler k présent un peu plus sérieusement, je crois nonseulement que les pays où l'on ne meurt point, mais encore ceux où Ton prétend pouvoir vivre au delà d'un siècle, doivent être rangés parmi les belles chimères dont les pauvres mortels aiment à se repaître. Pour le commun des hommes, la vie, avec ses bornes ordinaires, est assez longue. J'avoue qu'il y a une sorte de gens k qui la longue vie des anciens patriarches conviendrait fort bien. Ce sont les philosophes comme vous. Monsieur, qui observent avec soin les phénomènes de la nature. Il y a bien des expériences de physique qui demanderaient d'être

suivies pendant plusieurs siècles pour être assuré qu'on ne s'y est point mépris. Mais il y a une manière d'allonger la vie que vous connaissez depuis longtemps , et qui est la seule k laquelle nous devions prétendre , c'est de faire un bon emploi de son temps. Je suis, etc.

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