ÉVÊQUE DE GENÈVE
(Sa oaissaDce, sa fortune, ies traces qu'il a laissées à Genève. — La chapelle du cardinal
ou des Macchabées.)
{Journal Helvétique, Juillet 1749.)
Jean de Brogni eut des talents extraordinaires , qui relevèrent de la lie du peuple aux premières dignités ecclésiastiques* Le nom de Brogni ou Brognier est celui d'un petit village auprès d'Annecy en Savoie, où il était né. Dans Y Histoire du con^ eile de Constance , on dit que son père s'appelait Jean Fraçon ; il vaut mieux s'en rapporter au rituel d'Annecy, qui le nomme Jean Allermet. Ce qu'il y a de sûr , c'est que notre Jean de
Brogni n'étaii qu'un pauvre paysan , et il avait même été por* cher dans son enfance.
On dit que quelques religieux le rencontrèrent un jour exerçant ce vil emploi ; qu'ayant remarqué en lui beaucoup d'esprit et de vivacité , ils lui proposèrent de les accompagner à Rome^ et lui promirent de l'y faire étudier.
Vous savez. Monsieur, qu'on a débité la même chose de Sixte Y, qui s'appellait Félix Peretti , et naquit dans un village de la Marche d'Âncône, de parents extrêmement pauvres. Â neuf ans , son père le donna k un riche bourgeois de ce village, qui lui fit garder ses cochons. Un cordelier, qui allait prêcher le carême dans une ville voisine , le prit pour être son guide. Ayant connu à quelques-unes de ses réponses qu'il avait beaucoup d'esprit, il eut regret de le voir employé au vil métier de porcher. Il lui proposa de le faire étudier, s'il voulait entrer dans l'ordre de St-François ; la proposition fiit acceptée avec joie. On lui donna l'habit de cordelier dans la suite, ce qui par degrés le conduisit enfin au pontificat.
Yoilk deux histoires qui se ressemblent beaucoup. N'ayant rien que d'assez vraisemblable, elles peuvent être arrivées toutes deux; peutp^tre aussi que l'une a été copiée de l'autre; mais, dans ce cas-lk , Jean de Brogni doit être regardé comme l'original , soit par l'ancienneté de sa date , soit parce que nous avons des monuments dans notre ville qui font foi de sa première condition de porcher.
L'historien du concile de Constance ajoute un petit trait badin , qui peut bien être placé ici , après l'avoir été dans une histoire aussi grave. Le jeune Brogni accepta l'offre des reli* gieux , et alla de ce pas acheter des souliers chez un cordonnier assez désintéressé pour lui faire crédit de quelque argent qui lui manquait, dans Tespérance, disait le cordonnier en riante d'en être payé lorsque le jeune homme serait devenu cardinal.
Il fit à Rome de si grands progrès dans ses études, qu'il ne tarda pas à avoir des bénéfices. L'antipape Clément Vil le fit
évéque de Ytviers et cardinal en 1385 ; Benoit XIII le nomma évêque d'Ostie , et par conséquent vice-chancelîer de l'Église romaine. En cette qualité, il présida presque toujours au concile de Constance pendant la vacance du saint-siége ; il se trouvait aussi le doyen des cardinaux. Ce concile commença en 1414. Ce fut encore lui qui consacra Martin Y, après que Ton eut déposé au concile de Pise les deux antipapes Benoit XIII et Grégoire XII. Après la mort de Jean de Courte cuisse^ il eut l'évéché de Genève , ou , pour parler plus juste , il en eut l'administration. L'historien du concile de Constance dit que ce fut l'an 1420; ce fut plus tard, et seulement environ 1423. Pour sa mort, tous sont unanimes ^1^ placer à l'an 1426.
J'ai dit que nous avions k ûenève dos monuments de la bassesse de son extraction et de son premier métier de porcher. En 1406, il fit bâtir dans notre ville une fort belle chapelle attenant k l'église de St-Pierre ; il fit mettre au dehors de l'édifice , au premier cordon et k l'angle occidental , une sculpture représentant un jeune garçon pieds nus, gardant des pourceaux sous un arbre. François Du Chêne prétend que ce monument a été détruit et ne se voit plus ; mais il se trompe, au moins il en reste assez pour le reconnaître. Il est vrai que le corps du jeune garçon a été mutilé et emporté de la ceintuQ3 eh haut , mais le reste parait distinctement, et un pourceavr k côté. Ce qui peut avoir trompé Du Chêne, c'est que cette figure parait peu; elle est petite et assez élevée : il faut le secours d'une lunette pour la bien distinguer.
Outre cette figure en pierre, placée au dehors de la chapelle, le cardinal d'Ostie avait fait mettre la même représentation en bois sur deux formes ou stalles des chanoines ; on y voyait en bas* relief un jeune homme conduisant un pourceau. L'une est conservée k la bibliothèque publique , où on la montre quelquefois, non comme un mémorial de la bassesse de sa naissance , mais conmie un monument de la modestie du prélat. L'autre siège a T. I. 22
été transporté dans une de nos églises de campagne, où Ton peut aussi la voir.
L'historien du concile de Constance dit qu'un professeur de Genève lui a écrit qu'on voit aussi , sur le mur du couchant de cette chapelle , des figures de glands et de feuilles de chêne , et même quelques-unes qui ressemblent à des souliers , apparemment pour rappeler le mot du cordonnier. Mais je vous avoue, Monsieur, que sur ce dernier article je n'ai rien su voir de semblable ; il y a seulement quelques fantaisies de sculpteur qui m'ont paru ne ressembler à rien, et n'avoir aucun original dans la nature. Tenons-nous-en donc seulement au jeune homme gardant les pourceaux.
J'ai dit que cette sculpture devait être regardée comme un monument de la modestie du cardinal de Brogni , et qui était très-louable dans le fond. Mais, après tout, il ne pouvait rien faire de plus prudent pour se garantir de la malignité du cœur humain ; c'était Ik le plus sûr moyen de fermer la bouche aux mauvais esprits qui auraient voulu gloser sur son origine.
c( C'est une erreur, dit un homme d'esprit , que de penser qu'une naissance obscure vous avilisse , quand c'est vous-même qui l'avouez. La malignité des hommes vous laisse la, vous la frustrez de ses droits ; elle ne voulait que vous humilier, et vous faites sa charge; vous vous humiliez vous-même, elle ne sait plus que dire. »
Non-seulement le prélat faisait taire ses contemporains, mais en érigeant des monuments durables de son origine, il imposait encore silence à la postérité. Je vais placer ici en opposition la modestie d'un autre cardinal , qui était fils de pêcheur: il faisait toujours mettre un filet sur sa table, de peur^ disait-il, d'oublier ce qu il était; mais, étant parvenu au pontificat, on ne vit plus paraître de filet , à cause que le poisson était pris.
Au reste, Jean de Brogni parait dans la bibliothèque de Genève sous deux figures bien différentes : on l'y voit d'abord représenté dans un bas-relief en bois, comme un jeune porcher.
Mais on Ty voit après cela peint honorablement en prélat ; c'est dans un tableau qui était autrefois sur le grand autel de notre cathédrale. La principale figure est l'enfant Jésus entre les bras de la sainte vierge ; saint Pierre lui présente Jean de Brogni , k qui l'on porte un chapeau de cardinal derrière lui , pour le désigner aux spectateurs. Il y a beaucoup d'apparence que ce tableau est un présent qu'il avait fait lui-même à notre grande église.
Je ne dois pas oublier de remarquer que Spon s'est trompé , quand il dit que Jean de Bertrandis , prédécesseur de Jean de Brogni, a eu aussi bien que lui le titre de cardinal d'Ostie. Gela ne peut pas être, puisque Brogni, qui a survécu à Bertrandis, possédait déjà ce titre dans un temps que l'autre n'était pas encore évêque.
Les annales manuscrites de Roset , et celles de quelques autres auteurs, attribuent au même Bertrandis d'avoir bâti la belle chapelle joignant l'église de St-Pierre ; ils ont été trompés par Bonivard , qui le premier est tombé dans cette erreur. Outre l'acte de la fondation , que l'on conserve dans les archives de Genève et qui ne laisse aucun doute là-dessus , on voit dans cette chapelle les armes de Brogni , répétées en divers endroits et couvertes d'un chapeau de cardinal , précisément les mêmes que celles qu'il fit mettre sur l'église du village de Brogni , et qu'on y voit encore.
On voit aussi ces mêmes armes , qui consistent dans une croix double, gravées ou sculptées sur le clocher de St-Gervais. Cependant ce n'est point lui qui l'a fait bâtir, mais François de Mies, son successeur et son neveu , qui fit construire cet édifice l'an 1435. Étant de la même famille que Brogni, il avait aussi ses armes ; mais , pour n'y être pas trompé , il faut faire attention qu'à celles du neveu, au lieu du chapeau de cardinal, il y a seulement une crosse d'évêque derrière l'écu. Brogni et de Mies ont été enterrés l'un et l'autre dans cette chapelle du cardinal d'Oslie , où l'on voit encore leurs tombeaux.
Cette chapelle , qui a servi pendant très^longtemps d'audi'toire de philosophie, est appelée indifTéremment ou la Chapelle du cardinal d' Ostie ou des Macchabées. Dans l'acte de fondation , il est dit que c'est sous le vocable de la bienheureuse vierge Marie. Aujourd'hui les Macchabées l'ont emporté, et c'est sous leur nom qu'on désigne ordinairement cette chapelle, sans qu'on sache dire pourquoi. On m'a demandé souvent si je n'avais rien trouvé qui pût en donner la raison, et j'ai avoué mon ignorance. ie m'adresse donc à vous, Monsieur, pour savoir si vous n'auriez aucune conjecture là-dessus. Le Père Colonia, jésuite, dont j'ai lu , il n'y a pas longtemps, V Histoire littéraire de Lyon , m'a donné une ouverture à laquelle je m'en tiens, en attendant mieux ; il m'apprend qu'il y avait à Lyon une église fort ancienne sous ce même titre des Macchabées. La nôtre peut donc être regardée comme une simple imitation de celle de Lyon ; voici ce qu'en dit cet auteur:
« Il y avait à Lyon une église fort ancienne sous le titre des Macchabées^ et qui en était la métropolitaine ; elle fut bâtie après la fin de la dernière persécution , c^est-à-dire sous le règne du grand Constantin. Zacharie, troisième évéque de Lyon, en avait jeté les premiers fondements dès le commencement du troisième siècle ; mais ce n'était encore qu'un lieu souterrain et qu'une manière de crypte, dont on dérobait avec soin la connaissance aux païens. Les généreux Macchabées, sous l'invocation desquels on consacra à Dieu ce lieu saint, n'étaient, selon toutes les apparences, qu'un nom général sous lequel on désignait les martyrs de Lyon , qui venaient de souffrir la mort pour Jésus- Christ, avec saint Irénée leur pasteur. Zacharie , selon la tradition commune, était né dans la ville d'Ântioche, où les Macchabées avaient enduré la mort, et où ils étaient en grande vénération. Ce fut là vraisemblablement la raison qui le détermina à honorer les martyrs de Lyon sous un nom si respectable et qui leur convenait si bien. L'église de Lyon étant toute grecque dans son origine et dans ses cérémonies, il ne faut pas être sur-
pris si Zacharie, Grec lui-même de naisss^nce, choisit des saihts si fort révérés dans l'Orient , pour dédier à Dieu sous leur invocation la Crypte^ qu'il consacra à la mémoire des martyrs de Lyon. »
P. S. On s'est trompé quand on a dit que Jean de Brogni est mort et enterré dans Genève ; on a découvert depuis que c'est à Rome qu'il finit ses jours et qu'il fut inhumé. Dans la chapelle qu'il fit construire dans notre ville , on n'y voit que le seul tombeau de François de Mies , son neveu ; il a même été un peu endommagé par les réparations qu'il a fallu faire pour convertir cette chapelle en auditoire de philosophie. Il est vrai que l'on assure que , deux ans après sa mort , son corps fut apporté à Genève et placé fort honorablement da^s sa chapelle.
LES GENEVOIS ONT-ILS PRIS PART A LA BATAILLE DE CRËCT ENTRE LES FRANÇAIS ET LES ANGLAIS EN i346?
(Il s'agit des Génois, el d'une confusion entre le nom français Genève et le nom italien de Gènes, Genova, — L'errenr vient des modernes, qui n'ont pas su reconnaître qn'en vieux français Genevois correspond à l'italien Genovesi. — Anecdotes. — Arcs et arbalètes. — Date de Femploi de rartillerie.)
{Journal Helvétique, Février i750.)
Monsieur ,
Vous me demandez ce que je pense de Y Histoire des Suisses de M. le baron d'Alt, dont il parut trois volumes l'année dernière. Je vous avouerai que , quoique j'en aie ouï parler assez avantageusement, je ne l'ai pas encore liiie. J'en fis d'abord l'em-
plette sur le bien qu'on m'en avait dit ; mais vous savez ce qui nous arrive h nous autres gens de lettres , en matière de lecture. Quand nous avons acheté un livre, nous ne nous pressons pas de le lire, par la raison que nous l'aurons toujours sous notre main et qu'il ne nous échappera pas. Pour les livres que nous avons d'emprunt, nous les expédions au plus tôt. Par une bizarrerie assez singulière, il y a des ouvrages que l'on achète avec empressement et qu'on ne lit jamais , et cela précisément par la facilité que l'on sent que l'on aura de le faire toujours quand on voudra.
Il n'en sera pas de même du livre dont il s'agit ; outre que j'étais déjà tout disposé k faire cette lecture , vous m'avez apporté de bonnes raisons pour la faire même incessamment. Vous m'avez averti qu'il y a divers endroits de cette histoire qui regardent notre ville de Genève, et qui demandent d'être examinés. Dans ce rang est la fameuse bataille de Grécy, où M. le baron d'Alt fait trouver un fort grand nombre de Genevois , qui ne s'en tirèrent pas avec honneur.
Peu de jours après avoir reçu votre lettre, j'eus la visite d'un de mes amis, qui me fit une petite censure sur mon délai à lire l'Histoire des Helvétiens. Il me dit, comme vous, que cette lecture est intéressante, que l'auteur a fait des recherches dont on doit lui savoir gré , mais qu'il allègue aussi bien des faits qui pourraient paraître douteux. Il n'oublia pas les Genevois, qu'on fait combattre à Crécy, où peut-être ils ne se trouvèrent jamais, et il me chargea expressément, comme vous, de discuter ce point d'histoire.
Le livre en question se trouva sur ma cheminée. Mon ami le prit et y chercha la bataille de Crécy ; voici comment elle y est narrée :
« En 1 346, Philippe de Valois fit une terrible perte. Edouard, roi d'Angleterre, lui tua passé trente mille hommes, entre lesquels se trouvèrent un grand nombre de princes et de seigneurs de la première noblesse de France. Amédée de Savoie y commandait l'arrière-garde , et avait conduit à l'armée du roi mille
hommes d'armes , qu'il avait pris dans le Pays de Yaud et aux environs de Genève. Il arriva que le colite d'Alençon , frère du roi, qui commandait l'avant-garde , trouvant les Genevois ou les Helvétiens k la première ligne, leur fit changer de place, en disant qu'il ne leur convenait pas d'occuper ce poste. Les Genevois en marquèrent leur dépit par un cri douloureux , et perdirent bientôt cette première ardeur qu'inspire le pas d'honneur, quand on ne s'en croit pas indigne et qu'on peut répondre de son courage , et cette insulte faite hors de saison et au moment qu'on allait à l'ennemi produisit un effet fatal pour la France , en causant la perle de la bataille , car ce mouvement de rétrogradation des Genevois n'ayant pu se faire sans désordre et sans confusion , les Anglais, qui s'en aperçurent, ne manquèrent pas d'en profiter, en portant dans cet endroit le plus fort de leur attaque. Il se joignit, à cette fausse manœuvre des Français, un autre événement qui ne fut pas moins fôcheux : il tomba sur leur armée une pluie si abondante, que les cordes des arcs s'étant
relâchées, elles leur devinrent presque inutiles
c< Le prince Edouard, qui n'avait encore que quatorze ans, et que l'on appelait le Prince Noir, k cause qu'il portail des armes extrêmement brunies , fit attaquer les Genevois , qui n'étaient pas encore revenus de leur indignation, et les fit charger avec tant de vigueur qu'ils furent enfoncés et mis en déroute. Le comte d'Alençon , irrité de voir les Genevois reculer dès le commencement du combat, ne se posséda plus et se mit à crier en homme désespéré : Allons^ mes amis^ à celte cavalerie anglaise , et , pour nous faire un chemin plus facile , marchons sur le ventre de ces Genevois ^ qui font un obstacle à notre victoire. Les Genevois, piqués de cette nouvelle insulte, s'ouvrirent pour faire passage a la cavalerie française ; outrés de désespoir, ils s'efforcèrent de rompre leurs arcs pour s'en venger Les Anglais reçurent les Français avec toute la bravoure possible ; ils n'étaient que trente mille et les Français le double. Ils ne laissèrent pas de remporter une victoire complète. »
Je ne vous cacherai pas, Monsieur, que celte lecture nous fil d'abord beaucoup de peine, à mon ami et à moi ; on y fait jouer un assez mauvais rôle k nos anciens compatriotes Genevois. Nous partageâmes pendant quelques moments avec eux leur honte et leur confusion; mais, pour dissiper ces fâcheuses idées, nous essayâmes de regarder cette histoire comme douteuse, au moins sur la lâcheté et la défaite des Genevois. Je soupçonnai d'abord que M. le baron d'Âlt pourrait bien avoir tiré cet article de Y Histoire de Genève de Léti , qui est remplie d'anecdotes apocryphes, surtout pour les temps anciens ; mais l'ayant consultée dans la suite , je n'y ai rien trouvé de semblable.
Il a fallu donc me tourner de quelque autre côté pour découvrir l'origine de ce mauvais bruit. Pour avoir bien le détail de cette fameuse bataille , il aurait fallu recourir k Froissart , historien contemporain, que l'on cite ordinairement sur ces guerres des Français et des Anglais ; mais sa chronique est un livre assez rare et que je n'avais pas sous ma main lorsqu'elle m'était néceàsaire. À son défaut, il a fallu me contenter de quelques historiens plus modernes.
Lies Annales de France de Belleforét disent l'équivalent de M. le baron d'Alt. a Avant que nos gens combatdssent, disentelles , il tonna , grêla , et fit un fort grand orage , et la pluie, ne
cessant, fut cause que les cordes des arbalestes s'amollirent
Tant y a que les Genevois, desquels il y avait un grand nombre au camp français et qui étaient au front de la bataille , ne pouvant user de leurs traits et se voyant maltraités des Anglais, mirent en désordre la cavalerie française. » Yignier, dans son Sommaire de V histoire des Français^ dit de même que les arba^ leslriers genevois firent m^l leur devoir^ et tournèrent le dos tout au commencement de la bataille. Tout cela se rapporte assez, comme vous voyez, Monsieur ; la seule différence c'est que l'historien de Fribourg fait de ces Genevois des archers, au lieu que c'était des arbalétriers. Vous verrez dans la smte qu'il n'est pas tout k fait indifférent de les armer d'un arc ou d'une arbalète.
Des historiens de France beaucoup plus récents , comme le Père Daniel et Tabbé Le Gendre, ne parlent pas autrement. Ce dernier dit, qu'à la tête de l'armée étaient des arbalétriers étrangers, par qui commença la déroute. « Le roi et son frère , le comte d'Alençon , étaient si fort en colère contre ces lâches , ajoute-t-il , qu'ils crièrent aux hommes d'armes : Tuez celte canaille^ qui ne fait que nous embarrasser ; ordre donné imprudemment, et qui ne fut que trop promptement exécuté. La gendarmerie française, imitant ces furieux dont parle la fable, qui, prêts à fondre sur Cadmus, tournèrent leurs armes contre eux-mêmes, déchargea sur ses propres troupes des coups qu'elle n'eût dû porter que contre ses ennemis. »
J'aurais eu tort si j'avais négligé de consulter aussi Mézerai , qui passe pour un historien fidèle, jusqu'à être même un peu caustique. « Ces arbalétriers , dit-il , qui étaient au premier bataillon, étant commandés de donner, répondirent qu'ils n'étaient pas en état, et comme on les pressa de combattre, la plupart, de dépit ou par malice , et peut-être même par trahison , coupèrent les cordes de leurs arbalètes et retournèrent en arrière. Philippe , indigné de cette lâcheté , commanda au second bataillon de s'avancer et de passer sur le ventre de ces canailles. »
Vous voyez. Monsieur, que ce portrait est encore plus chargé que les précédents. On nous avait dépeint ces arbalétriers simplement comme des lâches , et le caustique Mézerai les rend aussi suspects de trahison. Mais loin que les Genevois doivent se plaindre de lui , vous allez voir qu'ils lui ont de l'obligation : il leur a fourni en même temps des moyens de se laver de cet opprobre, qui va tout retomber sur les Génois. Il nous apprend que les deux généraux qui commandaient ces troupes étrangères, étaient un Doria et un Grimaldi. Ces noms seuls expliquent assez d'où étaient venus ces arbalétriers; mais Mézerai les appelle ensuite des Génois. Le Père Daniel et l'abbé Le Gendre les qualifient de même.
Voici donc la véritable cause de la méprise de M. le baron
d'Alt; c'est qu'il n'a pas su qu'en vieux français on (lisait les Genevois , quand on voulait parler des Génois. J'ai lu dans plusieurs auteurs du seizième siècle, que Christophe Colomb, Genevois , avait fait la découverte de l'Amérique ; tout le monde sait que cet habile voyageur était originaire de Gènes. Nos vieux historiens français ont parlé le même langage, et ont dit que les arbalétriers genevois firent mal leur devoir à la journée de Crécy. Dès que le vieux gaulois a disparu , ces mauvais soldats ont changé de patrie et sont tous devenus Génois. Cet éclaircissement pourrait suffire; mais je crois, Monsieur, que je vous persuaderai encore mieux, si j'apporte ici quelques exemples d'une semblable méprise.
On s'est trompé bien des fois sur les noms de Gênes et de Genève , en latin et en français. Rien n'est plus commun que de prendre une de ces villes pour l'autre. Voyez, je vous prie, ce qu'on a dit dans le Journal Helvétique de nos anciens évéques de Genève; vous remarquerez des prélats génois dans la liste de ceux de Genève, et, par représailles, des évéques que les Génois se sont appropriés, quoiqu'ils nous appartiennent incontestablement. Là même, vous verrez un auteur italien, qui , voulant donner le catalogue de tous ceux qui ont écrit l'histoire de Genève , y a mis par mégarde quelques historiens de Gènes.
Voici quelques autres exemples du même quiproquo^ et cela dans notre langue. Vous connaissez un livre de Tabbé de Bellegarde , qui porte ce titre : Les règles de la vie civile , avec des traits d^ histoire., pour former l'esprit d'un jeune prince. « Les grands hommes, dit-il, ont dans le fond de leur cœur des sentiments de générosité que n'ont point des gens d'un caractère médiocre, qui préfèrent l'utile à l'honnête, et qui ne craignent point de se déshonorer, pourvu qu'ils y gagnent quelque chose. On avait permis à Henri le Grand de faire entrer dans Gênes trente-cinq mille Français , lorsqu'il assiégeait le fort de Sainte- Catherine. Ses capitaines lui représentaient qne c'était une belle occasion de s'emparer de la ville : Vous me donnez là un beau
conseil , leur dit-il , ce serait une action bien infâme de payer par une si lâche infidélité la confiance que les Génois ont eue en moi, »
Les ouvrages de cet abbé peuvent donner de bons principes de morale k de jeunes princes , mais on doit leur conseiller de choisir quelque autre maître pour leur enseigner Thistoire.T out est défiguré dans ce dernier trait ; cette scène s'est passée auprès de Genève et non a Gènes. Vous savez, Monsieur, que Henri lY n'a jamais passé les monts ; le fort de Ste-Catberine , qu'il assiégeait, était à deux ou trois lieues de notre ville. Le duc de Savoie l'avait fait construire en 1589 pour tenir un peu en bride les Genevois^ et lui avait donné le nom de la duchesse son épouse. Henri le Grand l'assiégea en 1600, le prit et le fit raser, pour ôter celte épine du pied des Genevois, Après la prise de ce fort, les portes de Genève furent ouvertes k tous ceux de la cour de ce prince et à son armée. Voilà où il faut placer le mauvais et dangereux conseil qu'on lui donnait ; mais au lieu des trente-cinq mille hommes que l'abbé a introduits dans son récit, il faut, par une réforme un peu forte, les réduire à quatre ou cinq mille, qui passèrent une nuit à Genève.
Il y a cinq ou six ans qu'il parut chez nous un Journal historique du commerce ; dans le second cahier on donnait un extrait d'un livre intitulé : Essai sur la marine. Cet auteur fait voir que la navigation fut fort négligée en France jusqu'au temps des croisades ; mais que l'entêtement pour le voyage de la Terre Sainte, qui devint presque général, fit mettre la marine sur un meilleur pied. « C'est alors, dit cet auteur, que s'établit la charge d'amiral , auparavant inconnue. On ne s'attendrait pas , ajouteil , a voir pour un des premiers qui en fût revêtu , un Genevois, nommé Rufin-Volte. » Le journaliste a raison de dire qu'on ne s'attendrait pas. Nous étions encore moins en état de fournir un amiral à Philippe-Auguste, que mille arbalétriers à Philippe de Valois. Se serait-il formé sur notre lac Léman ? Dans ce cas-là , les plaisants n'auraient pas manqué de l'appeler un amiral d'eau
douce : mais Rufin-Yolte était Génois , et la Méditerranée l'avait rendu un excellent homme de mer. La source de l'erreur vient de ce que le journaliste a copié servilement Du Tillet, qui dit dans sa Chronique abrégée des rois de France , que ce premier amiral était Genevois ; mais , du temps de Du Tillet , on n'appelait pas autrement les Génois.
Au reste , Monsieur, je vous prie d'être persuadé que ce n'est pas par un esprit de malignité que j'ai rappelé la bévue de ces différents auteurs ; c'est seulement pour prouver, en faveur de M. le baron d'Âlt, que le pas est fort glissant. Outre la ressemblance de nom entre Gènes et Genève , déjà si propre à causer de l'équivoque, notre historien de Suisse a eu une raison particulière de prendre pour des Genevois ces arbalétriers de Crécy; c'est que, selon lui , ils avaient été amenés au roi de France par Amédée VI , comte de Savoie. Il est naturel de penser que ces troupes auxiliaires avaient été tirées de Genève ou des environs, plutôt que de Gènes ; il s'agit donc d'examiner s'il est bien constaté que ce prince se soit trouvé k cette bataille , et qu'il eût amené du secours au roi de France.
M. le baron cite pour ses garants Tschudi et Schodeler, mais il a suivi de mauvais guides. Froissart , dont j'ai enfin trouvé la Chronique depuis quelques jours, nomme les princes qui combattirent k Crécy et ne fait nulle mention d'Amédée. Paradin, dans sa Chronique de Savoie^ parle de toutes les expéditions militaires de ce prince, et omet celle-ci. Mézerai et le Père Daniel nomment les princes qui commandaient les différents corps , et Amédée n'y paraît point. L'arrière-garde, qu'on prétend qu'il ait commandée , avait k sa tête le roi Philippe luimême. L'abbé Le Gendre est le seul des historiens français qui ait mis le comte de Savoie dans la liste des princes qui se trouvèrent k Crécy, mais il aura puisé k quelque mauvaise source.
Pour s'en convaincre , il n'y a qu'k faire attention k l'âge de ce prince quand cette bataille se donna. Amédée était né en
1334; il n'avait donc que douze ans en 1346. On lui donna pour tuteurs Louis de Savoie, seigneur de Yaud, et Amé, comte de Genève. Quelle apparence que Philippe eût confié son arrièregarde k un prince si jeune ? Guichenon , dans son Histoire de Savoie , dit clairement qu'Amédée , qui fut appelé dans la suite le Comte Vert^ n'eut aucune part h l'affaire de Crécy. « Quelques historiens français et savoisiens , dit-il , parlant de la funeste bataille de Crécy, donnent l'honneur à ce prince d'avoir commandé l'arrière-garde et donné jusque dans Tescadron du prince de Galles; mais Amédce ne peut pas s'être rencontré dans une si belle occasion , parce qu'il n'avait alors que douze ans. »
Cet historien soupçonne que ce qui aura pu avoir donné lieu à cette méprise, c'est que le tuteur de ce jeune prince, que nous avons vu qui était seigneur de Yaud , fut à Crécy, et y mena quelques troupes ; on aura pris ce Louis de Savoie pour le comte de Savoie. On pourrait encore , ce me semble , ajouter une autre conjecture a celle de Guichenon : en 1355, c'est-àdire neuf ou dix années après la bataille dont il s'agit, le roi de France demanda à Amédée du secours contre les Anglais. Le comte de Savoie alla en personne joindre l'armée de France avec l'élite de sa noblesse ; on voit encore dans un registre de la Chambre des comptes de Paris , la liste des principaux gentilshommes de Savoie qui accompagnèrent leur prince dans cetle expédition. Il est vraisemblable qu'on aura confondu ces deux événements.
Concluons donc , pour la décharge de notre historien de Fribourg, que s'il s'est trompé sur quelques circonstances de la bataille de Crécy, c'est que plusieurs auteurs s'y étaient aussi trompés avant lui ; d'ailleurs cet événement n'entre qu'incidemment dans son histoire. Dans les ouvrages de longue haleine , l'esprit ne peut pas être toujours également tendu , et l'attention se relâche surtout à l'égard de ces faits quo l'on n'emploie que comme des épisodes. Je me flatte qu a la faveur de ces
petits adoucissements, il ne trouvera pas mauvais que j'aie éclairci ce point d'histoire ; il est trop galant homme pour s'en formaliser. Il a invité lui-même, dans sa préface, ses lecteurs à l'avertir des fautes qu'ils remarqueront dans son ouvrage. S'il en fait une seconde édition , il sera aisé de corriger l'incident que je viens de débrouiller. Il n'y aura pour cela qu'à métamorphoser les arbalétriers Genevois en Génois , et faire rester Amédée VI chez lui ; ou le mieux serait de supprimer entièrement cet article qui, rectifié ainsi, ne tient plus par aucun endroit k l'histoire des Suisses.
Je suis si persuadé de la sincérité de l'invitation de notre auteur à lui communiquer les remarques que nous aurons faites sur son histoire , que je vais incessamment la lire dans cette vue ; mais, si j'en relève encore quelques endroits dans la suite, ce sera toujours en observant les règles de l'équité et de l'honnêteté, dues surtout à un écrivain de cet ordre. Par exemple, je déclare d'avance que je n'attaquerai point les fautes de langage qu'il peut avoir commises ; on doit se souvenir que la langue française n'est point sa langue maternelle. Nous lui avons trop d'obligation de nous avoir donné une histoire des Suisses en français , ouvrage qui manquait dans notre langue , pour le chicaner sur quelques expressions : une critique vétilleuse sur des minuties de grammaire serait ici également injuste et déplacée.
Vous ne trouverez pas mauvais. Monsieur, que j'ajoute encore ici quelques remarques détachées sur cette mémorable journée de Crécy. M. le baron , d'accord en cela avec tous les bons historiens, dit que, dans le temps que la mêlée allait commencer, une grande pluie qui survint ayant fait lâcher les cordes des arbalétriers, ils combattirent avec beaucoup de désavantage, et que ce fut là une des* principales causes de la perte de la bataille. Les Anglais, de l'autre côté, opposèrent leurs archers à ces troupes auxiliaires , et une grêle de flèches anglaises leur firent lâcher pied. Il naît là-dessus une difficulté qui se présente naturellement à l'esprit ; on demande si cet inconvénient de la
pluie ne devait pas être réciproque , et avoir relâché la corde des arcs comme celle des arbalètes ?
Rapin-Thoiras, dans son Hùloire d'Angleterre^ s'est fait cette objection, et la résout de la manière la plus simple et la plus naturelle. « Apparemment , dit-il , les cordes des arbalètes génoises étaient d'une autre matière que celles des Anglais, puisque la pluie ne faisait |)as le même effet sur les unes et les autres. » Il suppose vraisemblablement que les cordes des arbalètes étaient de boyau comme celles de nos raquettes, et que celles des arcs étaient simplement de fil. Vous savez qu'une corde de boyau se relâche à la pluie , et qu'une corde de fil au contraire se renfle et se raccourcit.
Mais sans en venir là, et en donnant aux uns et aux autres des cordes de boyau, on peut rendre raison de ce que les arcs servirent très-bien les Anglais, et les arbalètes devinrent à peu près inutiles aux Génois. Il n'y a qu'à se représenter comment cette arme ancienne était faite ; elle était composée d'un arc ordinairement d'acier, monté sur un fût de bois; on la bandait avec effort , par le moyen d'un fer propre à cet usage ; la flèche que devait chasser l'arbalète avait ordinairement un fer pointu , de figure carrée, et par celte raison portait anciennement le nom de carreau. Mais ce qui mérite le plus notre attention , c'est que , quand l'arbalète était bandée , la corde entrait dans une coche, ou échancrure destinée à la fixer; si elle était mouillée, ce relâchement empêchait que l'arc ne fût aussi tendu qu'il devait l'être. L'arc d'un archer n'avait pas le même inconvénient ; en cas de pluie , il n'y avait qu'à tirer un peu plus la corde, et l'arc se trouvait plié d'une manière à faire toujours son effet. Il faut ajouter que ces arbalétriers génois, devenus presque inutiles par l'accident de la pluie , étaient en très-grand nombre et composaient une partie très-considérable de l'armée. Froissart en met jusqu'à quinze mille, nouvelle preuve, pour le dire en passant, qu'ils étaient Génois et non Genevois : notre ville n'aurait pu en fournir un si grand nombre.
Outre le relâchement des cordes des arbalètes, le Père Daniel donne encore quelques autres raisons de la déroute des Français. c< Leurs troupes, dit-il, étaient fort fatiguées de la marche qu'elles avaient faites ce jour-là, et elles arrivèrent en désordre. Une grande faute que l'on fit, ce fut de changer l'ordonnance en présence de Tennemi , et que les Génois , commençant à lâcher pied , le comte d'Âlençon , au lieu de leur faciliter leur retraite , ou de prévenir les désordres qu'elle pouvait causer, les fit charger par les soldats de sa ligne , comme des traîtres. Pendant ce temps-là, non-seulement les archers anglais tiraient sans cesse , mais encore leur gendarmerie vint charger la gendarmerie fran^ çaise, qui, étant fort dérangée, ne put soutenir l'effort. »
On peut ajouter k toutes ces raisons , que les Anglais avaient de l'artillerie, et que les Français n*en avaient pas. Villani donne quelques pièces de canon à l'armée anglaise. « On prétend que ce fut dans cette mémorable bataille , dit Rapin-Thoiras , que les Anglais commencèrent à se servir du canon , dont l'usage était encore inconnu en France. Quatre pièces, qu'ils avaient placées sur une petite colline, firent une si grande exécution parmi les troupes françaises , et leur inspirèrent tant de terreur, qu'on attribue en partie le succès de cette journée à la surprise que causa cette nouveauté. »
Cet article mériterait quelque discussion, si ma lettre n'était pas déjà trop longue. Il est très-bien prouvé que cette nouvelle artillerie était déjà en usage en France huit ou dix ans auparavant ; il parait , par un registre de la Chambre des Comptes de Paris, que le trésorier des guerres a marqué, sur l'an 1330, de Fargent donné à un tel pour avoir poudres et autres choses néceS" saires a'ux canons qui étaient devant Puy Guillaume. Le Père Daniel dit que, s'il ne parait pas que les Français eussent du canon à Crécy, c'est peut-être que, voulant atteindre le roi ^'Angleterre qu'ils poursuivaient, ils avaient appréhendé de retarder leur marche, en traînant après eux ces lourdes masses.
Quoi qu'il en soit, nous voilà suffisamment éelaireis sur l'époque de cette invention.
ÉCLAIRCISSEMENT SUR UNE PRÉTENDUE COMMUNICA- TION SECRÈTE ENTRE DEUX ANCIENS COUVENTS DE GENÈVE.
(Silence des aateurs contemporains, absence de toute trace niatérielle. — Bon renom des reli^ gienses de Mainte-Glaire de Genève — Corruption des Gordeiiers. — S'panheim.)
{Journal Helvétique, Mai 1750.)
Si l'on en croit la tradition, il y aurait eu, avant la Réformation , entre les cordeliers de Genève et les religieuses de Sainte- Glaire, leurs voisines et leurs dévotes, un commerce souterrain au moyen d'une communication secrète. Je vais examiner ce briiit avec toute l'attention et l'impartialité possible , en me garantissant des préventions que Jonne souvent la différence de religion*
Quoique j'aie été dès mon enfance imbu de cette tradition, j'ai commencé il y a longtemps à la trouver suspecte. Voici les principales raisons qui nous en doivent faire défier :
Dans les pays protestants , on débite souvent de semblables choses. A Bàle et dans d'autres villes de Suisse, on prétend aussi que les couvents d'hommes rendaient visite à ceux de filles par dessous terre. En Angleterre on débite la même chose k l'égard du couvent de Richemont et de celui de Sionhaus. La communication a pu être réelle dans quelques-uns de ces monastères, surtout quand ils étaient fort k portée les uns des autres; mais par cela même que la tradition la mettait presque partout , T. 1. 23
on peut la regarder comme hasardée k l'égard de plasiears anciens couvents.
Voici les raisons que je crois qui doivent faire mettre dans eette dernière classe nos deux monastères de Genève , accusés de ce commerce.
Il faut d'abord remarquer qu'aucun auteur contemporain n'en a parlé. Bonivard n'en a rien dit dans sa Chronique ; il est vrai qu'il ne l'a pas poussée tout à fait jusqu'au temps de la Réformation ; mais Roset , dans ses Chroniques , et Savion , dans ses Annales^ qui ont parlé du changement de religion et de plusieurs années postérieures, n'ont fait aucune mention de cette prétendue découverte. Ils rapportent l'un et l'autre un fait qui y avait assez de rapport, c'est que le 23 août 1535, on surprit un cordelier dans son couvent de Rive avec une fille de mauvaise vie ; on le contraignit de quitter son habit et d'épouser cette fille. Voilà une aventure qui conduisait naturellement nos annalistes à parler du canal souterrain , s'il leur avait été connu.
On n'en trouve rien non plus dans nos registres publics. La découverte qui fut faite dans quelques-unes de nos églises de fausses reliques, a été rapportée exactement, comme divers autres faits propres k autoriser la Réformation. La communication clandestine dont il s'agit serait du même genre : si elle était réelle , elle ne devait point être oubliée.
Si Ton avait fait cette découverte ou à la Réformation, ou quelque temps après , il n'y avait rien de si aisé que de conserver l'entrée de cette voûte souterraine, et de la montrer encore aujourd'hui au couvent des cordeliers. Les murs de ce monastère et son enceinte se voient encore dans ce qu'on appelle la Char^ pmterie ; c'était une curiosité à montrer à la postérité.
Tout le terrain entre les deux couvents a été fouillé et remué en différentes occasions. En 1558, on construisit le nouveau collège dans une place contiguê k l'ancien couvent de Sainte- Glaire ; la pente en était fort considérable ; il fallut commencer par mettre ce lieu k niveau. Pour cela, on bouleversa beaucoup
de terre, el on ne trouva point le chemin en question, quoiqu'il eût dû nécessairement se trouver sur cette ligne s'il eût existé.
Du terrain qu'il y avait eu autrefois entre les deux couvents , la partie contiguë au couvent des cordeliers n'avait point été remuée; c'était le jardin de ces religieux. La pente en était encore plus brusque que de l'autre portion. Un particulier l'acquit du public environ l'an 1725 ; il y construisit un jardin , qu'il fit mettre a niveau à grands frais. Pour cela , le terrain fiit fouillé jusqu'à vingt-cinq ou trente pieds de profondeur; c'était encore là où le chemin clandestin devait avoir été pratiqué. Cependant il n'en parut aucun vestige dans ce violent^ remuement de terre.
Je pourrais encore alléguer la difficulté de l'ouvrage dont on charge les cordeliers. Du couvent de ces religieux à celui de Sainte-Glaire, la distance était assez grande ; Tun était tout a fait au haut de la rue appelée Verdaine , et l'autre occupait le bas ; c'est une rue longue de quelques centaines de pas. On ne suppose pas sans doute que les cordeliers aient construit une voûte de maçonnerie de cette longueur. On se contente de leur faire percer le terrain, qu'ils auraient étançonné de planches et d'appuis ; mais cela même a bien des difficultés dans une semblable longueur, et dans un terrain sablonneux tel que nous l'avons dans ce lieuJà, qui ne saurait se soutenir de lui-même.
Outre cet amas de diarpente, qui seul aurait pu les déceler, je demande encore comment ils auraient pu cacher la grande quantité de terre qu'il aurait fallu enlever de cette cavité? Le docteur Bumet, évéque de Salisbury, parlant des catacombes de Naples dans sonVoyage de Suisse et d'Italie^ dit qu'elles ne sauraient avoir été faites par lés chréllfcns dans un temps de persécution, parce qu'il leur aurait été impossible de cacher la prodigieuse quantité de terre (jp'il aurait fallu tirer de ces mines pour les creuser. Malgré la différence totale de la destination de ces catacombes des cordeliers de Genève, et de celles d'Italie, je puis bien comparer ces deux ouvrages pour la difficulté du secret. Vous savez que l'on croit communément que ces grottes
de Naples avaienl été creusées par les chrétiens, pour y enterrer leurs morts et^pour y célébrer leurs mystères; on sait que chez les moines mendiants , quantité de séculiers y abordent chaque jour, et se promènent , autant qu'il leur pisut , dans l'intérieur du couvent. Gomment donner le change k ces curieux, qui n'auraient pas manqué de demander raison de cet amas de terre qu'ils auraient vu déposer ou dans la cour ou dans le jardin ? La défaite la plus naturelle , partout ailleurs , aurait été de dire qu'on voulait faire une cave ; malheureusement cette échappatoire ne pouvait point avoir lieu. Ce monastère était situé au bord du lac , et on ne pouvait pas creuser deux ou trois pieds sans rencontrer d'abord l'eau.
Après avoir étalé les embarras et les difficultés qu'entraine après elle cette tradition populaire, je vais indiquer à ceux qui la soutiennent un moyen de garantir les cordeliers des questions importunes de ces curieux, qui leur auraient demandé raison de ce qu'ils faisaient , c'est de charger de l'ouvrage , non les religieux, mais les sœurs de Sainte-Glaire. Si vous faites travailler à cette communication les religieuses elles-mêmes , personne ne leur fera des questions incommodes. Vous savez, Monsieur, qu'on n'entre point dans les monastères de filles ; les femmes séculières elles-mêmes n'y sont admises que très-difficilement , et il faut pour cela une permission expresse de l'évêque. Les religieuses peuvent faire, dans l'intérieur de leurs murailles, tout ce qu'elles jugent k propos. Les nôtres n'avaient donc qu'à mettre la main k l'œuvre pour aller rendre une visite souterraine k leurs bons amis les Rév. Pères cordeliers, qui n'avaient qu'k les attendre de pied ferme ; mais n'oublions pas de munir ces ouvrières d'une boussole , pour ne point s'égarer dans ces routes ténébreuses et pour arriver heureusement chez les cordeliers du couvent de Rive. G'est le port où il s'agissait de surgir.
Je sens bien que vous trouverez que ce serait mal garder le décorum du sexe, que d'emplover des filles pour établir une
semblable communication. Voici donc une remarque qui doit leur épargner cette indécence , et qui dispensera les uns et les autres d'un travail fort fatigant : les religieuses de Sainte-Glaire, comme je l'ai déjà dit , étaient sous la direction des cordeliers ; ces soins spirituels leur fournissaient des prétextes fréquents pour entrer dans ce monastère. Pour se convaincre combien l'accès en devait être facile, on n'a qu'a lire le Factum des religieuses de Provins^ imprimé en 1668 ' ; on y voit des cordeliers qui entrent continuellement chez leurs sœurs de Ste-Glaire , sous ombre de diriger ces bonnes religieuses. Si vous n'avez pas ce livre rare, vous en trouverez un extrait dans les Préjugés légitimes de M. Jurieu contre le papisme , Chap. XXIX ; il dévoile le commerce licencieux de ces moines avec les religieuses de Sainte-Claire.
Pour se mettre à couvert des fâcheuses conséquences qui se tirent de la conduite libertine de ces anciens cordeliers de France, on pourrait m'opposer qu'il y a deux branches dans l'ordre de Sainte-Glaire : les Urbanistes et les Claristes. Gelles de Genève étaient de ces dernières , qui passent pour fort austères ; celles de Provins étaient des Urbanistes, qui vivaient fort commodément et dont la règle avait été fort adoucie par une bulle du pape Urbain. Mais je prie de remarquer que, quand j'ai cité ce factum , ce n'est pas pour en conclure le relâchement de nos Glarisles de Genève , mais seulement la facilité que les cordeliers avaient k entrer chez elles en qualité de directeurs ; on sait qu'ils ont également cette liberté dans les monastères rigides et dans ceux qui passent pour relâchés. Je n'ai point prétendu mettre en parallèle la conduite de nos Sainte-Glaire de Genève avec celle de Provins le siècle passé; les nôtres, à ce que je
• Factum pour les religieuses de sainte Catherine lez-Provins contre les cordeliers, 1668. On croit conmiunément que ce Factum a été composé par un avocat nommé Veret, qui fut ensuite ecclésiastique, et grand vicaire de l'archevêque de Sens. M. de Boze, dans son catalogue de livres rares et curieux, attribue ce Factum à un nommé Doregnal.
crois, étaient des filles sages et réglées, et c'est une des preuves que j'emploierai contre la communication souterraine , que l'on veut qui ait conduit autrefois chez elles.
Un préjugé favorable pour elles , et que je dois faire valoir, c'est leur attachement a leur religion ; une seule embrassa la Réformation. Toutes les autres résistèrent aux sollicitations qu'on leur fit pour changer. La seule qui abjura s'appelait la sœur Bhisine ; il ne parait pas qu'entre ses motifs de conversion elle ait allégué la vie licencieuse de son monastère ; elle eut des démêlés avec elles pour ravoir sa dot et quelques bardes, mais , dans ce démêlé , leurs mœurs ne furent point attaquées. Sœur Blaisine se maria assez bien, et aucune de ces religieuses ne fut regardée comme les restes des cordeliers. Quand elles sortirent de Genève, on eut pour elles les égards qu'on doit avoir pour des filles vertueuses. Le magistrat les accompagna, et vous verrez, dans Spon, qu'à leur départ de Genève, on leur donna des marques d'honneur et de considération ^ Figurezvous, je vous prie y les huées qu'elles auraient eu à essuyer de la part du peuple à leur sortie de Genève, si cette communication clandestine avec les cordeliers eût été découverte alors? Les ménagements qu'on eut pour elles dans cette occasion, semblent faire leur apologie ; elles furent traitées comme des filles vertueuses. On doit en conclure qu'elles l'étaient effectivement.
Ce sont là des présomptions favorables, diront les partisans de la tradition contraire. Le silence des historiens de ce tempslà, celui de la sœur Blaisine, la fermeté de toutes les autres, semblent détruire ce conduit souterrain ; mais ils 'allèguent, d'un autre côté, quelques auteurs qui en ont parlé comme d'une réalité. Or, en bonne logique , les preuves positives affaiblissent entièrement les négatives et doivent les faire disparaître; il s'agit
* On peut consulter là-dessus un livre intitulé : Le Levain du Calvinisme, ou commencement de Thérésie de Genève, impr. à Chambéry 161 1 . L'abbé de St- Réal trouva cette histoire curieuse et intéressante. H en retoucha le style, et la publia à Paris sous ce titre, Relation de l'apostasie de Genève.
ddnc d'examiner ces témoignages. Je vais les rapporter exacte»ment ; il faudra après cela peser la force de ces preuves.
Le premier auteur qui a écrit quelque chose là-dessus est Ëzéchiel Spanheim , père du célèbre antiquaire de ce nom. On a de lui une harangue latine qu'il prononça l'an 1635, à l'occasion du jubilé de la réformation de Genève , dans laquelle il dit positivement a qu'on avait découvert cette communication entre les deux couvents V. »
n faut croire que ce savant a été dans la bonne foi et a cru ce fait bien prouvé; mais ce qui affaiblit beaucoup son témoin gnage, c'est qu'il est le premier qui l'ait rapporté, et cela cent ans après la Réformation, tandis que tous les écrivains qui ont fait l'histoire de cette révolution ont tous gardé le silence sur ce chemin souterrain. Il faut remarquer d'ailleurs que ce professeur était u^ étranger, qui avait été appelé dans notre Académie il n'y avait pas longtemps. Rien de plus facile que de lui imposer sur cette tradition douteuse.
Tous ceux qui ont rapporté ce fait dans la suite, l'ont copié de lui , comme M. Jurieu dans son Apologie de la Ré formation ; il dit , en parlant de Genève , c que les monastères de filles étaient des lieux d'une prostitution presque publique. Quand il fut permis de pénétrer dans ces abominables mystères , on découvrit, ajoute-t-il, un petit sentier souterrain qui faisait une conununication entre le couvent des cordeliers et celui des religieuses de Sainte-Claire. C'est par là que ces hypocrites, qui cachaient sous un froc une concupiscence brûlante , allaient répandre leurs flammes impures dans le sein de ces prétendues vierges sacrées , les épouses de Jésus-Christ. »
Voici comment un auteur plus moderne, qui a fait V Histoire de la Reformations rapporte la chose. Après avoir parlé du livre de la sœur de Jussie, intitulé Le levain de l'hérésie de Ge-
' Ezech. Spanhemii Geneva restitula : 1635, p. 21 . * Apologie de la Ré formation, tomel, p. 283.
nève^ et du jugement qu'en fait Spon , qui trouve ce livxe écrit avec toute la naïveté d'une pauvre religieuse , le dernier historien de la Réformation joint cette réflexion : a II y a pourtant quelque lieu de douter, dit-il , si ces religieuses étaient aussi simples que la sœur de Jussie voudrait nous le faire croire. Les chemins souterrains qu'on découvrit après leur départ sous leur couvent , et qui conduisaient à celui des cordeliers , qui étaient à quelques pas de là, donnent tout lieu de soupçonner qu'elles recevaient de temps en temps des visites de ces bons frères, ei qu'ainsi elles n'étaient pas tant novices dans les affaires du monde, d
Il cite k la marge la harangue de Spanheim , récitée le jour des promotions en 1635. Mais il en sait plus que son auteur; il dit que ce fut <( sous le couvent des religieuses d que se fit la découverte. Cette circonstance est de son cru ; il fait encore remarquer à son lecteur, pour rendre cette communication plus praticable, que d'un couvent à l'autre il n'y avait « que quelques pas » de distance. Croiriez-vous qu'il est bien prouvé que l'éloignement de ces deux maisons était de plus de deux cents pas ? Voici ce qui a trompé l'historien de la Réformation : il s'est imaginé que le couvent des cordeliers était dans le même endroit où est aujourd'hui notre collège. Or, il est constant que les Sainte^Glaire étaient tout à fait voisines de cet emplacement. Vous trouverez la cause de sa méprise à la page 311, où il dit que c< le couvent des cordeliers fut érigé en collège à la Réformation. » L'ancien collège était près des cordeliers; le nouveau fut érigé dans une place tout à fait contigué à l'ancien couvent de Sainte-Glaire, mais il ne s'ensuit point de la que ces deux communautés fussent voisines. Un auteur qui n'est pas sur les lieux peut aisément s'y tromper.
Voilà ce que je pense de cette tradition populaire , sur laquelle vous m'avez demandé mon sentiment ; je la crois quelque
* Hist. de la Réformation, tome V, p. 317.
chose de plus que simplement suspecte. Je sais que vous voulez que l'on se défie de l'esprit de parti et que Ton respecte toujours la vérité ; c'est sur ce pied-là que je me suis entièrement ouvert à vous. Au reste , ce n'est point ici une confidence que je prétende vous faire et qui demande le sceau du secret ; je tiendrais le même langage en public, si j'en avais l'occasion. Si le mauvais bruit que j'ai réfuté n'était qu'une tradition du bas peuple, on pourrait se contenter de la combattre de vive voix quand la conversation roule là-dessus ; mais, aujourd'hui , c'est une tradition écrite. Des auteurs graves, comme les Spanheim , les Jurieu et d'autres, lui ont donné de la consistance et de l'autorité en la rapportant dans leurs ouvrages. Le nom de ces grands hommes est fort capable d'imposer.
Encore une petite explication , avant de finir. Je crois qu'il n'est pas nécessaire de vous avertir que quelque impartialité que je professe , ce n'est cependant pas proprement l'honneur des cordeliers qui me tient le plus à cœur et qui m'a porté à écrire ; ils étaient fort décriés dans notre ville avant la Réformation , et je me garderai bien d'être leur Don Quichotte. Je ne vous dissimulerai point que j'ai trouvé divers traits contre eux dans une Histoire manuscrite de Genève , qui a été faite principalement sur nos archives^; je vais vous en transcrire un morceau, parce qu'il regarde un temps fort voisin de la révolution sur la religion.
c< L'an 1 503 , dit cet auteur, les cordeliers étaient plongés dans les plus infâmes débauches. Le jeu , la luxure et les vices qui en dépendent régnaient parmi eux avec la dernière licence. Le vicaire Orioli , qui était alors à Thonon avec l'évêque, informé de leur conduite , résolut d'apporter quelque réforme à ce couvent ; mais les moines furent soutenus par les syndics et le conseil, qui envoyèrent une députation au prélat, pour le
• Celle de Jean Antoine Gautier, livre III. 11 en existe deux exemplaires, Tun aux archives, Tautre à la bibliothèque.
prier de ne pas faire de la peine aux cordeliers et de les laisser vivre k leur manière. »
Vous voyez par là que , dans notre petite discussion sur le canal souterrain , s' il ne s'était agi que de l'honneur des cordeliers , nous aurions pu nous dispenser d'y apporter tant de circonspection ; mais les religieuses, que jusqu'à présent on y avait mis de moitié avec eux, demandent beaucoup plus de ménagements. J'ai toujours eu meilleure opinion d'elles que de leurs directeurs. Après tout, ce n'est pas sur de semblables préventions, en bien ou en mal, que ces sortes de questions doivent se décider, mais sur un examen tranquille et de sang-froid du pour et du contre ; c'est ce que j'ai tâché de faire dans cette occasion.
Je crois vous avoir déjà dit qu'il y a assez longtemps que j ai commencé à entrer en défiance sur cette tradition ; il se présenta une occasion assez marquée de faire connaître mes scrupules là-dessus , il y a douze ou quinze ans. Un peu avant le <leuxième jubilé de notre Réformation, quelques personnes avaient projeté de faire imprimer quelque petit ouvrage sur cette matière, qu'on pût mettre entre les mains de tout le monde. Une traduction française de la harangue de Spanheim, prononcée cent ans auparavant dans une semblable occasion, parut être ce qui convenait le mieux. On jeta les yeux sur un homme de goût très-capable de bien traduire ; on me fit l'honneur de me consulter. J'approuvai fort ce dessein ; j'ajoutai qu'il y avait seulement un petit endroit de cette harangue qui me faisait quelque peine : c'était la manière décisive dont il parlait d'un fait que je regardais comme fort douteux ; c'était le sentier souterrain qui communiquait des cordeliers aux filles de Saint-Glaire. Je fis sentir que traduire cet endroit, et le présenter ainsi au public, c'était vouloir appuyer et confirmer cette tradition ancienne, qui me paraissait cependant n'être pas fondée.
Ceux qui s'intéressaient à cette traduction ne se rendirent pas d'abord à mes raisons. On proposa un accommodement, c'était de mettre une petite note à cet endroit de la harangue ,
qui lui servît de correctif. On aurait pu mettre, par exemple, que « c'est une tradition qui' s'est conservée dans notre ville jusqu'aujourd'hui , qu'à la vérité nous n avons pas des preuves bien précises de ce canal souterrain , mais que peut-être du temps de l'auteur on en avait qui ne nous sont pas parvenues. » Ce tour pouvait tout accommoder, mais quelque autre difficulté qui survint fit tomber la chose, et la traduction ne parut pas.