‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 10 sur 90 · INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR, XXY · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR, XXY

l’auteur, dans son texte imprimé. Quelques lignes manuscrites, ajoutées par lui sur son exemplaire, rendent sa pensée plus explicite encore. Ces lignes : portent que « l’idée de cause est un effet de l’ima- « gination, et ne renferme aucune autre relation que « celle d’une succession habituelle, » et que « la « proposition : Zl n’y a pas d'effet sans cause, a la « même valeur logique que eette autre proposition : « Le soleil va d'Orient en Occident. »

Voilà bien la doctrine régnante admise dans une de ses conséquences les plus significatives, poussée à ces extrémités dernières où Hume devait la conduire avec tant d'éclat. Aussi n'est-ce pas sans étonnement qu'on trouve au bas de ce même passage une note expliquant que « l'idée de cause nous vient, « dans l’origine, de l'exercice de notre propre action, « et se transporte du #ot à la nature. »

Il faut choisir cependant : si la notion de cause n'est autre que celle de la succession, la croyance à notre pouvoir moteur est illusoire ; si la notion de cause se fonde sur un fait intérieur, manifeste au regard de la conscience, elle.n'est pas un simple résultat de l'imagination. M. de Biran ne tardera pas à choisir. Son point de départ et l'avenir réservé à sa pensée se heurtent, pour ainsi dire, à nu dans le passage cité, et il serait difficile de trouver un plus curieux exemple de l’indécision d’un philosophe partagé entre ses tendances réelles et une doctrine qu'il croit admettre. | |

Tel est le Mémoire sur l'habitude, œuvre d’une pensée encore mal assise, et qui cherche sa voie.

EXVI ŒUVRES DE M. DE BIRAN

Selon l'aspect sous lequel on le considère, il se prête à deux jugements contraires, vrais tous les deux, et tous les deux incomplets ; il appartient à l’école sensualiste et ne lui appartient pas; il rompt avec cette école et il en reconnait l’influenee. Placer le Mémoire sur l'habitude, dans une période qui porte pour titre Philosophie de la sensation, c'est faire une part assez large aux éléments sensualistes renfermés dans cet écrit. J'insisterai encore en terminant, sur le fait moins notoire des tendances d’un autre ordre qui s'y manifestent.

Les vues de l’auteur qui s’écartent de la tradition condillacienne peuvent se ramener aux thèses suivantes :

4° Il y a dans l'homme une force active, qu'il faut se garder de confondre avee les impressions puremênt passives de la sensibilité.

2° L'effort, manifestation immédiate de l’activité, est, dans ses deux termes [le sujet et la résistance), la base de la conscience personnelle, de la eonnaissance du monde extérieur et de toute opération intellectuelle.

3° La science de l’homme doit procéder au moyen d’une analyse réelle ; assigner à chaque sens ses fonetions propres ; distinguer ce qui est actif et ce qui est passif dans la connaissance, au lieu de considérer la sensation d’une manière abstraite et générale, pour reconstruire ensuite lhomnre intelkectuel au moyen d'une synthèse dépourvue de base.

Les deux premières thèses expriment des points de doctrine touchant ta nature de l’homme: la troi-

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