INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. XX VII
sième renferme une règle de méthode, et cette règle est peut-être le plus fécond des germes étrangers au sensualisme que renferme le Mémoire sur l'habitude. La distinction soigneuse des faits de nature différente devait tout d’abord tracer une ligne ferme de démarcation entre les phénomènes de la matière et les phénomènes intérieurs de la conscience, et-faire disparaitre ainsi cette autre règle de méthode,
empruntée aux sensualistes les plus avancés, qui prescrivait de demander des lumières à la physique pour éclairer les obscurités de l’être pensant.
Puis, devant une analyse réelle, deyaient succomber pour toujours ces transformations fantastiques, au moyen desquelles on tirait de la sensation les phénomènes intellectuels les plus divers. Au lieu de se livrer à des combinaisons ingénieuses dans lesquelles la logique prenait la place de l’observation, il fallait se mettre en face des faits complexes de la nature humaine, en reconnaitre les éléments, et sacrifier les agréments d’une clarté superficielle aux avantages plus sérieux d’une étude difficile. En un mot, au lieu de composer un homme hypothétique avec des sensations transformées, il fallait décomposer l'homme vrai. Telle était la nécessité clajrement entrevue et assez distinctement exprimée par M. de Biran, däns son premier écrit. Une nouvelle question posée par l'Institut vint s'emparer de sa pensée, au point précis où elle était parvenue, et le pousser en avant dans la voie où il n’avait fait encore que quelques pas.