‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 13 sur 90 · INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. XXXNII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. XXXNII

il est nécessaire d'étudier cette école dans ses origines et de remonter à Bacon.

Dans sa classification universelle des sciences, Bacon divise la doctrine de l'âme en trois parties : doctrine de la substance de l'âme, — doctrine de ses facultés, — doctrine de l’usage et de l’objet de ses facultés. Une science de la substance de l’âme, ou simplement de ses facultés étudiées indépendamment de leurs produits, ne saurait être que le résultat d’une counaissance intérieure dans laquelle l'âme se replierait sur elle-même. Mais ce mode de connaissance est absolument proscrit par Bacon. Bacon, tout à la méthode des physiciens, ne connaît d'autre science que celle qui va des phénomènes à leurs lois, des faits à leurs causes physiques qui ne sont que les titres nominaux de ces faits généralisés. Une science de cette espèce ne saurait remonter au delà de la manifestation des facultés; les facultés en elles-mêmes, la substance de l’âme à plus forte raison, lui échappent. Aussi, le restaurateur des sciences naturelles, fidèle à son point de vue général, se borne en fait à la troisième division de son tableau, et ne connaît de science réelle de l’âme que celle des produits extérieurs dans lesquels se manifestent l'usage et l’objet de ses facultés.

Locke pareillement, ne voit dans l'étude de l’esprit humain que des faits à classer, des phénomènes à ramener à leurs lois, selon la méthode des physiciens. Il admet, à la vérité, dans la connaissance des éléments divers et se rapportant à deux sources distinctes, les idées de sensation et les idées de ré-

tttit ŒUVRES DÉ M. DE BIRAN.

flexion. Mais l'idée de snsatioti, telle que Locke la considère, provient tout entière de l’action des objets extêrieurs, est simple et ne se prête à aucune décomposition réelle. Le sujet est censé compris dans Îa sensation primitive, il n’a pas d'activité propre; il ne joue aucun rôle à l'origine première de tout savoir. La réflexion qui travaille sur des inatériaux donnés n’a qu'une part subordonnée, secondaire, et qui va bientôt disparaître. La connaissance ne pouvatit être analysée dans sa source même, l'entendement n'offre à l'observation que des phénomènes à coordonnet. Les facultés, dont oti n'a pas reconnu l'activité propre dans les premiers faits intellectuels, ne sont plus que les titres nominaux de cértairis effets. Tout se borné à classer les idées, ce qui est le point de vüe propre de l'idéologie.

Condillac part des idées de Locke, dont il achève le systèitie en le simplifiant.: La réflexion n'avait qu’une part subordonnée dans les analyses du philosophe anglais; elle est entièrement supprimée dans le système du philosophe français. Condillac observe avetc sagacité l'influence des signes sur la . pensée. Partant de cette observation réelle, il déplace l’analyse, la transportant de la pensée ellemême aux signes qui la manifestent après avoir concouru à sa production. L'art de penser se confond dès lors avec l’art de parler, et l'idéologie 86 transforme en grammaire générale.

C'ést ainsi que l'étude de l'esprit humain, s’éloignant toujours plus des sources réelles et des causes efficientes des produits intellectuels, se porte tou-

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