INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR
jours plus au dehors et n’envisage plus les pliéndmènes de la pensée que dans leur manifestation extérieure. Un pas reste encore à faire dans cette voie. Les faits intellectuels ont des conditions physiologiques qué détermine l'étude du corps organisé et vivant, À la vérité, l'idéologie, lorsqu'elle demeure consétquetite à ses prititipes, h'ouvre aucune vole pour sortir des modifications internes et atteindre une réalité extérieure. Mais ellé admet, par hypothèse où par inconséquence, la réalité des conditions organiques de la pensée, et porte l'analyse sur ces conditions qui se manifestent à l'observation sensible. L'objet de la science de l’homme devient par une transformation dernière, le jeu des organes qui concourent à produire la sensation. De l'étude des signes on passe à l'étude des appareils des sens et du système nerveux. Tout s’objective alors, tout se ramène à des représentations claires; la voie est ouverte à une décomposition réelle, qui est celle des anatomistes. Mais alors aussi l’objet même de 14 science de l'esprit humain se trouve supprimé. I] n’y a plus d'étude spéciale de l’homme distincte de l’étude générale des êtres organisés et vivants.
Voilà comment, far une suite de dégénératioris successives, la méthode de Bacon substitue à l’analyse des facultés : l'idéologie, — la grammaire générale, la physiologie. La science propre de l’esprit humain s'évanouit, et l’on voit surgir à la place : la classification de ses produits, — l'étude des signes de ses manifestations, — l'étude des conditions orgariiques de son exetcicé. Et pourquoi ces transfor-"
XXXVI ŒUVRES DE M. DE BIRAN
mations étranges d’une étude dont les droits se manifestent pourtant si clairement à la conscience? Parce qu'aucune part n'a été faite à l'esprit humain lui-même, au sujet, dans l'origine première de la connaissance. C’est une omission au début; et, à la fin du système déroulé dans toutes ses conséquences, cette omission se retrouve sous la forme d'une négation absolue.
Pour décomposer véritablement la pensée, pour jeter les bases réelles d'une analyse de l’entendement, il faudrait sortir des abstractions conventionnelles et stériles dans lesquelles s'égare trop souvent la philosophie; il faudrait atteindre, en fait et séparément, les facultés élémentaires qui concourent à la production de la pensée, et dont le programme de l’Institut reconnaît l'existence. Il n’y a de décomposition possible que si la pensée n'est pas un fait simple, comme la sensation de Condillac, mais un composé résultant de facultés diverses. Pour entrer dans cette voie, il faut avant tout être fixé sur la valeur du terme faculté.
Que sont les facultés? Dans le premier sens que ce mot présente à l'esprit, ce sont des causes, des forces productives. Ce sens du mot répond à un témoignage très-clair et très-positif de la conscience, qui nous assure qu'il est en nous une puissance d'agir qui se manifeste à elle-même, et dont les résultats extérieurs de notre activité sont le produit. Voilà le sens psychologique du mot. Mais ce mot a un autre sens, celui qu'y attachent les physiciens et les physiologistes fidèles à la méthode de Bacon. Pour eux