INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. XXXVII
une faculté est simplement le titre d’une classe de faits, et n’emporte nulle idée de force ou de cause, nul retour au sentiment intérieur d’une puissance. Ainsi la sensibilité et la motilité sont des facultés reconnues par les naturalistes aux corps vivants qui font l’objet de leur étude. Que veulent-ils dire par ces termes ? Ceci seulement : c'est que les corps vivants soumis à certaines excitations observables, manifestent des mouvements de réaction observables aussi: Le tout se produit au dehors et s'offre à la vue du spectateur. La: faculté n’est ici que le titre d’une classe de faits qui ne supposent aucune intervention des données propres de la conscience. Mais cette notion de la faculté ne peut remplacer l’autre, la notion interne et psychologique. La sensibilité et la motilité demeurent autre chose pour nous que l’excitation d'un nerf et les mouvements de réaction qui en résultent, car nous savons d’une science interne et certaine qui n’emprunte rien à l'observation du dehors, ce que c'est que sentir et mouvoir. En vain bannit-on de la théorie cette idée de la faculté telle qu'elle se révèle à la conscience, elle n'en demeure pas moins présente à l'esprit du savant. Aussi voiton que, dans l’école de Bacon etde Locke, où l'idée d’une cause réelle, individuelle, n’a aucune base, cette idée s'impose sans césse à la pensée des philosophes sans qu'ils s'en doutent, et vient continuellement se mêler d’une façon indue à l'exposition de leurs doctrines.
Le terme faculté a donc deux sens bien distincts. Au sens psychologique il exprime une puissance
XVII ŒUVRES DE M. DE BIRAN
réelle; au sens des physiologistes il exprime une classe de phénomènes. On comprend combien serait grave la confusion dans laquelle on tomberait, en ne séparant pas nettement des idées aussi dissemblables. L'essentiel est de distinguer dans la science ce qui est distinct dans la nature des choses, et de chercher pour l'étude et la décomposition de la pensée, une méthode qui préserve de la confusion. Or, les objets externes de nos idées, — l'organisme par le moyen duquel nous sommes mis en rapport avec la nature, — les sensations qui nous modifient, — enfin l’intelligence en elle-même sont des objets parfaitement distingts. Prétendre les rapporter tous à un mode unique de connaissance, comme on le fait dans la théorie de la sensation transformée, c’est ruiner d'avance toutes les bases d’une analyse vraie et sérieuse.
Nous avons dit où conduit, en psychologie, la méthode de Bacon, qui est celle des physiciens. La méthode véritable pour l'étude de la nature humaine se ramène aux règles suivantes : « Appliquer les sens « externes et l'imagination aux objets de nos idées; « l'observation physiologique à la connaissance des « instruments qui concourent à les produire ou à les « transmettre ; le sentiment immédiat aux affections € passives qui naissent du jeu de ces instruments, « la réflexion seule aux formes constitutives de la « pensée. »
L'exposé qu'on vient de lire renferme quelquesunes des idées fondamentales du Mémoire sur la décomposition de la pensée, celles qui portèrent M. de