INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. XXXJX
Biran à rompre ouvertement et d’une manière consciepte avec l’école des idéologues. Cette rupture qui éclate sur le terrain de la méthode principalement, manifeste immédiatement ses conséquences dans les appréciations historiques de l’auteur. Il ne parle qu'atec égards de ses anciens maitres; mais sa Jutte contre Condillac est-une lutte déclarée, elle remonte jusqu'à Bacon; Descartes est remis-à sa place légitime. Si Locke est encore appelé « le plus sage peut « être des philosophes », Leibnitz est nommé « le « génie le plus étonnant peut-être de tous les gé- «nies» ; enfin Kant et même Fichte et Schelling sont cités ayec estime comme « des esprits profonds, «mais peut-être trop téméraires. » À peine l'idéologue affranchi a-t-il conquis sa pleine indépendance, que son horizon s'ouvre de tous les côtés ; il a complétement brisé les chaînes dont la tradition étroite de l’école sensyaliste semblait un instant l’avoir enveloppé,
Üne fois en possession de sa propre pensée, M. de Biran revient à la distinetion établie dans le Mématre sur l'habityde, entre les impressions passives de la sensibilité et l’activité motrice. Il y a, dans la vie totale de l’homme, deux vies essentiellement diverses. L'une est composée de modes de vitalité simple, c'est-à-dire d’impressions reçues par les organes et de réactions spontanées de ‘ces organes, le tout sans conscience. L'autre est caractérisée par la présence du mi, puissance active qui se possède et se connaît. La vie inconsciente se joint à la vie du #06, mais sans qu'il y ait de l’une à J'autre aucune trans-
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XL ŒUVRES DE M. DE BIRAN
formation. L'auteur déduit librement les conséquences de cette vue fondamentale, et dans une réfutation longue et développée du Traité des sensations, il distingue soigneusement tout ce que l'école sensualiste avait confondu : l'imagination passive et la mémoire volontaire, le désir et la volonté: les 1dées générales abstraites des sensations qui procèdent du dehors, et les idées simples de la réflexion que l'âme ne puise-qu’en elle-même. Il prouve que la réflexion est la condition de l'institution des signes, et non les signes Ja condition de la réflexion; que le raisonnement nous met en possession de vérités nouvelles, et n’est pas une série d’identités. En un mot, il suit la théorie de Condillac dans toutes ses ramifications, pour contester ses conséquences aussi bien que ses prémisses, ses détails aussi bien que ses principes généraux.
Le contenu du Mémotre sur la décomposition de la pensée, se reproduisant tout entier dans les productions subséquentes de l’auteur, il n’y a pas lieu à entrer ici dans l'analyse détaillée de cet écrit. Il suffisait de bien marquer sa place, de préciser sa signification historique. Or, cette signification n’est pas douteuse : c'est la rupture positive avec l’école idéologique. Il est, toutefois, dans le mode de cette rupture un fait trop caractéristique pour être passé sous silence, et qui ne ressort pas suffisamment de ce qui précède.
M. de Biran parle dans ses règles de méthode, des formes consûitutives de la pensée; il étudie la nature du raisonnement ; il s’avance même sur le terrain