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LvI ŒEUVRES DE M. DE BIRAN.
ment. Au moyen de ses sens extérieurs, il apprendra qu'il a un corps étendu, figuré, doué de telles qualités sengbles ; mais sans avoir vu son corps, sans avoir promené la main sur sa surface, il a la connaissance immédiate et purement interne d'un organisme qui résiste et cède à son effort. Ce sentiment est inséparable de celui de son existence: l'âme et le corps se manifestent à la fois et indivisiblement. Si nul ne peut méconnaitre la résistance des muscles dans le fait de la locomotion, une réflexion exercée réussit à rompre le voile de l'habitude et à discerner dans l’acte de la pensée la plus abstraite en apparence, le sentiment immédiat d’un terme organique qui résiste. |
Tel est le fait primitif de la connaissance, dualité absolue, irréductible, qui est celle d'une cause agissante et d’un terme résistant, non celle d’une substance et d’un mode. Le moi, en effet, ou la personne constituée pour elle-même, ne doit pas être confondu avec l’âme substance, concept objectif qui peut devenir la base d’une foule d’assertions hypothétiques, précisément parce que c'est un concept objectif et non un fait donné par la conscience.
Les deux termes du fait primitif ne tombent pas sous la loi de la succession et du temps; il n'y a entre eux ni avant, ni après, puisqu'ils sont constitués l'un par l’autre. L'analyse philosophique est insuffisante si elle ne remonte pas jusqu'à cette dualité fondamentale ; elle devient abstraite, c'est-à-dire qu'elle s’égare en s’éloignant de la source de toute réalité, dès qu’elle prétend remonter au delà.