INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. LVII
C'est ainsi qu'est constitué, aux. yeux de M. de Biran, le sujet pur, dégagé de tout élément adventice. Tout lecteur attentif aura remarqué:que cepoint de doctrine, base fondamentale de toute sa théorie de l’homme, n’est que le développement d’un germe contenu déjà dans le Mémoire sur l'habitude, et, plus explicitement, dans le Mémoire sur la décomposition de la pensée. Dans l'être purement sensitif de Condillac, ila placé l’activité, substituant ainsi une dualité réelle à l’unité factice de la sensation transformée. Cest là son œuvre dès le commencement. Plus il avance, plus cette œuvre s'étend et se développe en riches conséquences. Dans l’Essaï il ne s’agit plus seulement de rétablir un fait méconnu, mais de déduire de ce fait toute une théorie de l’homme, et d'abord une théorie de l’entendement.
Les notions fondamentales quisont la base permanente du travail de la pensée, ne sont, aux yeux de l’auteur, que les dérivations immédiates du fait primilif. L'idée de force a son type manifeste dans l’effort même. L’idée de substance se réfère, soit aux deux termes de la dualité primitive qui subsistent les mêmes dans toutes les variations de l'existence, soit plus particulièrement au terme résistant. L'idée de cause n’est que l'expression mème du rapport qui constitue le fait primitif. Le moi, indivisible dans son opposition aux éléments sensitifs variables, est la base de l’idée de l'unité. La permanence du rapport des deux termes du fait primitif est la source de la notion de l’identité. C’est dans l’activité même du sujet que l'idée de la liberté a tout son fondement.
LVEII CSUVRES DE M. DE BIRAN.
Enfin, la base première du concept de l'espace se trouve dans le sentiment intérieur et immédiat du corps propre et de ses diverses parties; tandis que la volonté, successive dans ses actes dont elle ne peut faire qu’un à la fois, est l’origine première de l'idée du temps.
Ainsi sont fournies à la pensée ces notions premières, qui ne peuvent être dites innées ou @ priori puisqu'elles ne sont que l'expression du fait constitutif du sujet, mais qui diffèrent profondément des idées générales, déduites des impressions externes par la voie de l’abstraction et de la comparaison. Les idées générales sont le résultat de l'observation qui se dirige sur les objets du dehors; les notions sont le produit pur de la réflexion du sujet sur lui-même. Et comme le sujet est l'élément indispensable de toute connaissance, les notions dans lesquelles le sujet manifeste sa propre nature se retrouvent partout et toujours, tandis que les idées générales varient comme les objets qui leur donnent naissance. Partout où existe le sujet, il porte avec lui ces idées fondamentales inséparables de son existence ou de la perception interne qu'il a de luimême ; il les porte dans l’acte de la connaissance, 1l ne les reçoit pas. Et comme de toutes les notions la plus voisine du fait primitif est celle de cause, dans laquelle ce fait reçoit son expression immédiate, l’idée de cause est l’idée-mère et véritablement la pierre angulaire de toute la philosophie. C'est pourquoi, plus le scepticisme sera intelligent, plus il mettra de soin et d'importance à attaquer cette base dé