‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 25 sur 90 · INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. LIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. LIX

toute connaissance réelle. Hume l’a comptis, et la vivacité de ses attaques contre le principe de causalité suffirait au besoin pour nous révéler toute l'importance de ce principe.

La psychologie pure, telle que M. de Biran la conçoit, se renfermerait dans le développement des idées qui précèdent. Lorsqu'elle aurait analysé dans ses éléments, et suivi dans ses conséquences, le fait primitif du sens intime, sa tâche serait terminée, Mais, observe-t-il, ce ne serait là qu’une étude Bien incomplète de l’homme. L'homme, en effet, n’est constitué dans la réalité de son existence que par la combinaison du sujet avec un élément étranger.

Cet élément étranger au mot, mais partie constitutive de notre être dans sa totalité, est une vie ihconsciente par laquelle l’hemme se rejoint à la nature, dont la conscience de son aetivité propre le distingue. Cette vie est celle dont la physiologie étudie les conditions organiques. Elle se compose d'inipressions sans conscience et de mouvements de réaction sans conscience aussi, et bien différents des mouvements volontaires. C'est la vie de l’animal, une vie obscure dans laquelle l'être devient véritablement les modifications dont il ne se distingue pas. Là se trouve en quelque sorte la matière brute des phénomènes de l'esprit humain : des affections qui deviendront des sensations agréables ou doulourèuses, lorsque la conscience sera présente; des intutlions ou images organiques qui serviront de base aux représentations externes ; des mouvements instinctifs dont la volonté pourra s'emparer ; des in-

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LX ŒUVRES DE M. DE BIRAN

stincts, des appétits aveugles qui seront la source de désirs. Mais ce ne seront point là les modifications d'un principe se transformant tout en demeurant le même dans son essence. La vie obscure qui résulte du jeu des organes vivants, ne se transforme pas; elle se rejoint à la conscience, élément d’une autre nature, et qui ne sort en aucune manière du précédent. Au moment où la conscience s'éveille dans le mystère d'un premier effort voulu, la force personnelle trouve une matière préexistante au sein de laquelle elle se développe ; elle agit sur cette matière, elle s'en empare, elle n’en procède point.

La vie humaine est double, a dit Boërhave : Homo simplex in vitalitate, duplex in humanitate. Cette parole résume la théorie vraie de l'homme. Deux éléments d'origine distincte et de nature différente, se rencontrent dans la conscience : l'esprit humain, le sujet, principe de toute connaissance, et ces éléments d'une vie obscure qui ne se manifestent que lorsqu'ils sont éclairés d’ailleurs, pareils à l'ombre que la lumière seule rend visible. |

Après l'éveil de la conscience, la vie inférieure ne continue pas moins à subsister avec ses lois propres. Quel homme habitué à s’observer ne sent perpétuellement surgir, au sein de la vie de l’intelligence

“et de la volonté, cette vie qui est en lui, sans être

lui ? cette vie, principe de désirs que la raison n’avoue pas, de joies et de tristesses, qui, sans cause extérieure, naissent du jeu spontané des organes, d'images enfin, de fantômes qui se produisent d’euxmêmes sur le théâtre intérieur. L'intelligence et Ja

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