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fait primitif de l'existence devrait, ce semble, se manifester à la pensée dès l'origine et ne jamais disparaitre. En réalité, il n’en est pas ainsi. Le sentiment de l’activité, précisément parce qu'il est continu, s'obscurcit et se voile par la puissance de l'habitude. Les résultats extérieurs de nos actes, et les impressions du dehors qui les provoquent, captivent toute notre attention dans les périodes inférieures de l'existence ; le sentiment des objets étrangers étouffe le sentiment de notre propre pouvoir. Il appartient au langage institué de nous rendre la conscience de notre véritable nature. Les signes disponibles du langage, ‘en tant qu'impressions actives et passives à la fois (puisque si c’est nous qui recevons l’impression, c'est nous seuls qui la produisons par un acte libre), ces signes disponibles, déchirent le voile de l'habitude, nous révèlent notre propre action, et fournissent au système réflexif l'occasion de se manifester ; de telle sorte que le langage qui ne serait pas sans le pouvoir de réfléchir, est nécessaire toutefois pour que ce pouvoir entre en exercice et produise ses conséquences.
Il est peut-être ici une confusion à prévenir. Ce qui se manifeste dans le système réflexif, ce n’est pas l'esprit à l’état pur, conception abstraite et tout à fait étrangère à la réalité. Sur ce point, M. de Biran est très-explicite. Dans l’acte de la réflexion, ce qui apparaît à l’état pur, c’est le æoi. Or, « exister pour « le moi, c’est sentir son corps. L'erreur des mét2- « physiciens est de, croire que la liaison, ou la rela- . tion de l'âme et du corps est le grand mystère de
LIVi ŒUVRES DÉ M. DE SIRAN.
« l'hümanité, C'est leur séparation réellé ou pos- « sible qui est le fnystère. Quant à la liaison, elle « ést donnée immédiatement parle fait deconsciente, « puisqu'elle constitue le sujet même qui s'aper- « çcoit. » |
Tels sont les quatre systèmes qu'on peut reconnaître dans la vie totale de l’horime. Ce tie sont point là les produits d’une analÿse abstraite et abitraire, mais des états réels, observables dans les phases diverses de l'existence. La vie réelle est le ré. sultat de la lutte et de l'équilibre instable de deux forces opposées. La valeur d'une existence hümaihe dépend de la prépondérance acquise par l'un où l’autre des éléments qui constituent cette existence double. Résister à l’action des éléments passifs d'une nature inférieure, resserret toujours plus le cercle de leur influence, s'élever par des actes libres, par la possession de soi-même, par la domination sur la vie animale vers les régions sereihes de là rai: son, de la paix, d’un bonheur que les passions ne troublent ni h’obseurcissent . . . . . . . . telle est la fin légitime de l’homme. Ce-but lui est clairement assigné pér le fait qui constitue l'essence même de son existètice personnelle, par l'éveil du pouvoir conscient et libre au sein d’une vie aveugle et fatale qu'il doit dominer toujours plus. Si nous faillissons à tibtte destinée, si la force constiente, infidèle à sa mission, sommeille dans notre sein, nous vedescendons l'échelle de la vie proportionnellément aux de» grés de sûû abdication; nous redeverñtons de plus en plus les esclaves des sensations, des impressions
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. axvH
du dehors, jusqu'à ce que le rmof, disparaissent tout à fait, l'homme proprement dit ait cessé d'être, pour ne laisser subsister que l’existence obscure de l'être simplement organisé et vivant. Aux deux extrémités du développement humain, se trouve donc, d’une part, la force personnelle et libre dominant [4 nature, de l’autre, la nature reprenant tout son émpire, faisant rentrer l'esprit sous ses lois, et ramenant l'homme à l'animal.
Le lecteur a maintenant sous les yeux, dans ses bases essentielles, la doctrine formulée par M. de Biran, au milieu de sa carrière philosophique. Cette doctrine, sans doute, même réduite aux éléments principaux qui en forment comme le squelette, se recommande à l’attention par sa valeur propre, et sa formation spontanée dans l'esprit d’un penseur solitaire qui procède de l’école de Condillac en augmente l'intérêt. Toutefois, on n’en reconnaît véritablement tout le mérite, que lorsqu'on l’étudie dans les analyses ingénieuses et multipliées qui lui servent de fondement, et qu’on la suit avec une attention soutenue dans la richesse de ses conséquences.
Les écrits de M. de Biran sont dépourvus de tout éclat; ils n'ont rien qui frappe, rien qui attire au premier abord; il serait facile de les parcourir d’un bout à l’autre, sans en discerner la valeur. Mais leurs mérites voilés apparaissent en proportion de l'effort que fait le lecteur. Ils donnent beaucoup, à qui leur accorde la peine qu'ils réclament; ils excitent la pensée et sont conds par les idées qu'ils éveillent