INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. LXXII
Descartes se place, au début, dans le vrai point de vue, celui de la conscience du sujet, mais il s’en éloigne incontinent. Son âme substance, ou chose pensante, n’est pas le sujet donné par la conscience ; c'est un concept objectif qui ouvre la voie aux hypothèses, concept dont on demande ce qu'il est, que Hobbes et Gassendi s'efforcent de ramener dans le domaine de l'imagination sensible, tandis que le mot, simplement constaté dans ses éléments, par la voie de l'observation intérieure, ne soulève aucune question, et ne se prête à aucune hypothèse.
Leibnitz, en substituant l’idée de force à l’idée de substance, s’est rapproché des données de l’expérience intérieure, et a fait faire un grand pas à la science. Muis la force, telle qu’il la conçoit dans l'absolu, n’est pas la cause individuelle, mot, qui est le vrai point de départ de toute science réelle. La force de Leibnitz est encore une abstraction réalisée, qui entraine son système loin des voies de l'observation et de la réalité.
Kant étudie les phénomènes intellectuels en euxmêmes, et séparés de leur sujet d’inhérence. Le sujet tel qu'il le considère n’est pas le moi qui se connaît, mais l’absolu de l'âme. Il analyse, en quelque sorte, les produits de l'intelligence à l’état mort, sans remonter à leur origine, à l’activité qui est à leur base. Aussi, après avoir distingué soigneusement l’abstraction qui opère sur les impressions extérieures, de cette autre abstraction qui sépare l'esprit lui-même de tout élément adventice, il confond lui-même ce qu'il a distingué, et admet, à titre
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égal, dans ses formes et dans ses catégories, des idées générales et des notions réflexives.
C'est ainsi que le philosophie a priort abstrait trop, et dépassant le fait primitif dans son analyse, arrive à s'enlever toute base de fait et tout moyen d'observation. Elle place le possible avant le réel, elle prend son point de départ dans des concepts qui ne sont plus la représentation des faits. Aussi, dans ses développements, arrive-t-elle à nier les réalités les mieux établies, à construire des théories, produit de la logique seule. Ces théories peuvent être admirables pour l'enchaîinement des idées et la rigueur des déductions, mais elles sont étrangères à une science vraie de l’homme. Leurs conséquences contredisent souvent l'observation, parce que ces conséquences vont toutes se rattacher à un p rincipe abstrait et hypothétique, non à un fait.
Si la philosophie @ priori pèche par excès d’abstraction, la philosophie de l'expérience abstrait trop peu. Son analyse insuffisante s'arrête en deçà du fait primitif. Supposant le #0f présent dans la première idée de sensation, elle ne fait aucune étude de ce m0i, elle n'en recherche ni la nature , ni la condition, ni l’origine, et méconnait par suite la part entière du sujet dans le fait de la connaissance. De là, la dégénérescence progressive et inévitable de eette école. Bacon proscrit la réflexion ; Locke réduit la science à la classification des idées; Condillac, par ses artifices de langage, ne peut tirer de la sensation que ce qu'il y a mis indÿment, comme ces