INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. LXXV
alchimistes sortant de leurs creusets l'or qu'ils y avaient préalablement introduit.
Les deux grandes écoles entre lesquelles se partage la philosophie s'égarent done, l’une pour ne pas atteindre le fait primitif, l’autre pour le dépasser. Le moyen de fonder une science vraie, est, en même temps, le moyen d'accorder ces écoles rivales, et de mettre à profit les éléments de vérité qu’elles possèdent. Il faut prendre pour point de départ de là spéculation métaphysique, le fait primitif dans sà réalité, cette origine première de tout savoir. Un élément d'expérience est à la base de tout le travail de l'esprit humain, comme l'enseigne l’empirisme; mais cette expérience est une expérierice intérieure, profondément distincte de l'expérience sensible. Le fait premier de la connaissance est d’un ordre suprasensible, ainsi qué le proclime la philosophie & priori; mais c’est un fait, ce n'est pas un concept arbitraire, abstrait, et par là même indéterminé. Voilà ce qu’il suffit de voir clairement et de poser à la base de la philosophie, pour terminer les longs débats des sectes rivales. La science de l’homme, solidement fondée sur la base de l’expérience interne, préservée des écueils du matérialisme et du scepti-
cisme, contre lesquels le sensualisme peut également échouer, mise à l'abri des spéculations arbitraires d’un idéalisme sans contrôle, la science de l'homme prendra une marche sûre, et s’avancera enfin d’un pas ferme à la conquête des destinées qu'elle a le droit d’ambitionner. Tel est, on peut le dire, le traité de paix proposé par l’auteur aux par-
LXXVI OEUVRES DE M. DE BIRAN
ties belligérantes dans la lutte des opinions spéculatives.
M. de Biran savait peu d'histoire, et il n’y a pas lieu à lui demander les résultats d'une érudition spéciale, au sujet des systèmes de ses prédécesseurs. Mais j'en ai la conviction, les savants eux-mêmes, ceux qui ont le plus et le mieux étudié Descartes et Leibnitz, pourront trouver encore quelque chose à apprendre sur les théories de ces grands hommes, dans les aperçus de ce penseur solitaire qui avait peu lu, mais qui possédait ce que l'érudition ne donne pas, et ce qui parfois la remplace en quelque mesure, le regard pénétrant d'un génie naturel, exercé par de longues méditations.
L'Essai sur les fondements de la Psychologie, base principale des expositions qu’on vient de lire, est l'ouvrage essentiel de M. de Biran, à l’époque où nous avons conduit l'exposé de ses doctrines. Les autres écrits de cette époque se rattachent sans effort à l'Essat, à titre de travaux préliminaires, ou d'applications de détails; et ce qu'il y a d’essentiel dans leur contenu, a fourni en partie la matière des pages qui précèdent. Le moment serait done venu d'aborder les documents d’une période nouvelle, s’il ne convenait de faire suivre le simple exposé des doctrines de M. de Biran de quelques remarques générales.
Je n'ai pas l'intention d'aborder ici l'examen de l'Essai dans ses détails. On trouvera quelques fragments d’un examen de cette nature dans les notes du résumé joint à cet ouvrage mème. Mon but est