INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. ÂCITI
« préhensibles à nous-mêmes. Le nœud de notre « condition prend ses retours et ses plis dans cet « abime (4). »
C’est ce principe intermédiaire que Leibnitz a rétabli dans la science, par la théorie. Le rôle de M. de Biran était de confirmer par l'observation les vues du grand métaphysicien. Mais, 1l faut le reconnaître, ici sa méthode est une arme impuissante et qui se brise entre ses mains. Aussi, contrairement à ses habitudes, lorsqu'il aborde ce sujet, il cherche les autorités ; il s'appuie de Leibnitz, de Buffon, de Bossuet, pareil à un homme qui appelle au secours, ses propres forces lui faisant défaut. Pour le blâmer de n'avoir pas délié le nœud de ce difficile problème, il sera permis d'attendre que quelqu’autre philosophe ait mieux réussi dans cette tentative. Ce qu'on peut lui reprocher peut-être, c’est de n’avoir pas reconnu toujours et assez explicitement, ce qu'il reconnaît pourtant ainsi qu'on l’a vu, c’est que l'être simplement vivant est une donnée dont la science ne saurait se passer, sans que la science soit en mesure d’en préciser la nature, et d’en éloigner le mystère.
La détermination des deux éléments fondamentaux de la nature lrumaine, dans la doctrine de l'Essai, donne donc lieu, sinon à des objections proprement dites, du moins à d'assez sérieuses difficultés. En poursuivant notre examen, nous allons rencontrer maintenant des lacunes proprement dites
(4) Pensées de Pascal : Du’péché originel.
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et très-saillantes. C'est dans la théorie générale dé la connaissance qu'elles se manifestent surtout.
La connaissance a pour condition l'existence du moi, et le moï n'existe pas sans un certain degré d'activité. Voilà la thèse fondamentale de M. de Biran. S'il se bornait à affirmer que l'intelligence subsiste et ne se développe que dans un être actif son sujet d'inhérence; que l'intelligence isolément considérée est une pure abstraction, il pourrait dire légitimement, comme il le dit en effet, que : « la « division entre l’entendement et la volonté est pu- « rement artificielle. » La conception de l’intelligence comme chose en soi, séparée d'un sujet réel dans lequel elle réside, est une des aberrations fondamentales de la métaphysique, et le point de départ de tout idéalisme. Mais M. de Biran va plus loin. Nous l'avons vu, à l'occasion du Mémoire sur la décomposition de la pensée, et les expositions de l'Essai soulèvent les mêmes objections.
L'auteur ne voit pas que la connaissance a ses lois propres indépendantes de l’activité personnelle du sujet, lois qui se prêtent à une étude directe. La condition de la connaissance qu’il a déterminée se confond pour lui avec la connaissance même. Toutes les facultés se réduisent à ses yeux à l'effort en exercice; le vouloir et ses modes sont toute la part du sujet dans la connaissance. En un mot, il transforme l'acte en idée, et opère une confusion bizarre entre les deux notions si distinctes de l’agir et du connaitre.
Telle est la lacune la plüs gräve de la doctrine de
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. tév l'Essat, lacuñe souvent observée déjà, signalée par M. Cousin en particulier, reconnue plus tard par M. de Biran lui-mème, et dunt il est ternps d'apprécier toute l'étendue.
Remarqüons, en préniler lieu, qué le fait de {a connaissance eh 8oi n'ayant pas obtenu sa placé légitime, il en résulte que la volonté fa pas été étudiéé come elle devait l’êtré dans 8es rappotts avec l'idée. Le véuloit pritnitif ést la conditioft du sujet, et par suilé de toute connaissance : vüilh ee que M. de Biran expose et développé sous toutes les formes. Mais, en adinettanit pleliément ce point de vue, il f’en déméure pas moihé vrai qüé li question se pose Sous üné aütré facé. Si l’on në péüt concevoir de cohriaissancé sans activité on ne peut cohtevoir üon plus d'activité, tout äüû moins d'activité consciénte et proprement volontaire, sans uh but conçu et poursuivi. Of, un but conçu se préséhte sous la forme d'une idée. Si l’activité est la coidition de l’idée, l’idée à son tour ést düne la cotidition de l’activité, et l’on üe parait pas fondé à déclarer primitif l'un de ces éléments à l'exclusioi de l'autre.
M. de Birari touche bien ce problème eh passañit, et cherche à le résoudre par la corisldération que l'activité se manifeste d’abord à l’état spontané, et que cette activité spontanée deviént elle-même le but de l'acte proprement volontaire. Mais il faut reconnaître qu'il est loin de donner à éetté discussion toute l'importance qu’elle réclame, et que ses brèves éxplicatioñs auraient besoin éllés - mêmes
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d’être expliquées. Son point de départ fait comprendre au reste la marche de sa pensée, et l’insuffisance de son étude sur ce grave problème. Parti de la doctrine de Condillac, il proclame la libre activité en face du fatum de la sensation. Toute sa puissance intellectuelle est, en quelque sorte, consumée dans cette lutte; 1l ne voit pas nettement que le fatalisme condillacien n’est ni le seul, ni le plus sérieux, et que le fatum des motifs que l'entendement propose à la volonté, est l'objection capitale à la théorie ” du libre arbitre.
Il est digne de remarque que le philosophe, qui revient si souvent aux idées de la cause et de l'effet, de la substance et du mode, de la force et de la résistance, ne traite nulle part des catégories du but et du moyen. L'idée de but, abordée par un penseur préoccupé avant tout de l'activité volontaire, l'aurait conduit à la considération du but de la volonté, de la loi morale manifestée à la conscience et de cette dualité de la liberté et du devoir non moins apparente que celle de l'effort et de la résistance. Mais toute la théorie des motifs fait défaut dans ses expositions, et ce n'est ici qu'une face particulière de la lacune générale de l'étude des rapports de la volonté avec l’idée. En effet, si l’on peut contester que le fait moral primitif soit, dans son essence, un éément de raison, il est certain toutefois que les exigences de la conscience morale deviennent motifs réfléchis et par conséquent idées dans leurs rapports avec le libre arbitre.
D'ailleurs, sans discuter ici la nature fondamen-