‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 4 sur 90 · PHILOSOPHIE DE BEA SENSATION · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE DE BEA SENSATION

L'action de la pensée par laquelle on croit une chose, étant différente de celle par laquelle on connaît qu’on la ‘croit, elles sont souvent lune sans l’autre.

(DescarTEs.)

M. de Biran n'avait rédigé aueun ouvrage proprement dit jusqu'à son Mémoire sur l'habitude, couronné par l’Institut en 1802. L'histoire de sa pensée peut toutefois remonfer au delàde cet écrit, au moyen de quelques fragments détachés et d’un: recueil de notes assez volumineux , qui commence en 4794. Les pensées éparses qui résultent des premières méditations de sa jeunesse offrent un vif intérêt. Cest une intelligence qui s’essaye librement et sans but encore déterminé; c’est la source qui bouillonne et se répand en tous sens avant de descendre dans le lit que.va tracer son cours.

Après avoir parcouru ces ébauches, on peut affirmer que.M. de Biran, à ses débuts, n'avait aucune

x ŒUVRES DE M. DE BIRAN.

connaissance du mouvement général de la philosophie en Europe. Il ignorait vraisemblablement jusqu’au nom du chef de l’école écossaise et du grand . métaphysicien de Kænisberg, bien que Reid et Kant eussent commencé, depuis quelques années , leurs principales publications. Il lisait parfois Cicéron, il connaissait un peu Sénèque; mais ces classiques étaient plutôt à ses yeux des écrivains et des moralistes que des philosophes proprement dits. Condillac et son école étaient pour lui toute la philosophie. Comment s'en étonner, et que pouvait saveir de plus un garde-du-corps de Louis XVI, que la Révolution avait relégué dans la solitude ?

M. de Biran d’ailleurs, quand il essaya , pour la première fois, de donner essor à sa pensée, ne devait connaître l’école sensualiste qu’en homme du monde qui a quelque lecture. Îl ne part pas d'une doctrine étudiée et reçue. Solitaire, ayant le besoin de s'observer lui-même, et une merveilleuse aptitude à le faire, il rencontre la philosophie, il n'en part pas, comme fait l’homme qui était le disciple d'une éeole, avant de devenir un penseur indépendant, La source vive de ses idées est en lui, et il recoit du dehors aussi peu qu'il est possible; il en fut ainsi jusqu'à la fin. [l trouve donc la philosophie sur son chemin, et il la trouve sous la forme de la doctrine de la sensation. Cette doctrine avait des affinités avec sa nature personnelle, avec l’action incessante qu'exerçaient les variations de la sensibilité sur une âme éminemment impressionnable. [l accepte donc la théorie régnante, et il n’y a qu'à feuilleter ses

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