INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR
notes de 479% pout y trouver des thèses comme celles-ci : « Quel que soit le mécanisme par lequel « nous avong des idées, il est démontré que leur ori- « gine est dañs les sens. ÿ — « Le tempérament est « la cause qui unit où plutôt qui tdentifie ce qu'on « appelle le physique et le moral de l’homme. »
Ces ‘déclarations sont explicites. Ce ne sont là toutefois qu'un des courants de cette pensée encore incertaine. Tout à côté du passage où il est parlé du mécanisme par lequel nous avons des idées, bn rencontre les lignes suivantes : « Sans doute on n'expli: « quera jamais mécaniquement la simplicité de l'être « pensant. Elle répugne à la composition de la ma- « tière. Le mot auquel je rapporte toutes mes sensa- « tions les plus variées, qui reste toujours un, tou- « jours simple, toujours indivisible, aurait-il Îles « propriétés de la matière ? C’est ce qu'on ne saurait « comprendre. » Le physique et le moral s'identifient dans une caube commune, qui est le tempérament. Mais M. de Biran rencontre-til, dans Cabanis, l'expression trop précise d’une pensée analogue, il proteste : « Aucun paradoxe ne peut étonner detla « part de celui qui ose dire, avec assurance, qu’'A « faut considérer le cerveau comme un organe par- « ticulier, destiné spécialement à produire la pensée, « de même que l'estomac et les intestins à faire la « digestion, le foie à filtrer la bile..... Dire que le « cerveau filtre des pensées, c’est bien la plus grande « absurdité, la plus grande impropriété de langage « qu’on puisse imaginer. »
Des contradictions de même nature se manifestent
xl OEUVRES DK M. DE BLRAN.
dans l'ordre des questions momles. Ce que M. de Biran sait des théories de Hobbes et de Spinosa l’épouvante. Chose étrange! et qui n’est pas toutefois sans exemples, on le voit émettre la crainte que les doctrines de cet ordre ne soient difficiles à réfuter, et s'élever en même temps contre leurs conséquences avec une sorte d'indignation : « Tout ce qui enlève à «la société les sublimes ressorts de la vertu, tout ce « qui dégrade l’homme, en effaçant à ses yeux le mé- « rite-de ses bonnes actions, et ôtant de son cœur l'a- « mour du beau moral par l'impuissance démontrée « d'y parvenir, doit ètre combattu avec l’ardeur que « l'on met à repousser un ennemi dangereux. Il faut « chercher dans sa raison des moyens pour parvenir « à la victoire, et si la raison ne aous prêtait pas des « armes assez puissantes, nous trouverions toujours « dans nos cœurs une force qui rendrajt vaines les sé- « ductions de ces principes. » Et ailleurs : «J'en ap- « pelle au sens intime. » Ou encete : « Les vérités de « sentiment sont à l'abri de tout sophisme. » Voilà le cœur et la conscience, la voix intérieure et le sentiment immédiat des faits qui parlent clairement et géclament leurs droits. Mais bientôt la considération de l’action du physique sur le moral, de l'influence de l'organisme sur les déterminations de la volonté viennent jeter tout ieur poids du côté du sensuslisme Je plus complet, et le philosophe découragé, oubliant æs protestations en faveur de l’ordre moral, concluf que le jeu de la machine organisée décide seul de tout ce que nous sommes, et que tout essai de lutte contre cette puissance aveugle est une tentative illusoire.