‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 45 sur 90 · L RU · texte numérisé non relu

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cRx!i ŒUVRES DE M, DB BIRAN,

dire que ce résultat fut moins le produit spécial de telle lecture que la conséquence générale du séjour de Paris, et des discussions de la société philosophique en particulier.

Quant à la valeur de ce résultat, elle est considérable. Ce que M. de Biran recotinaissait en effet, c'est que l’empirisme ne peut atteindre aucune réalité, et que l'expérience interne, si on veut l’isoler de tout principe supérieur, ne révèle après tout que de purs phénomènes, à l'exclusion de toute réalité proprement dite, de toute substance durable. En approfondissant sa propre pensée, sous l'excitation des circonstances extérieures qui venaient hâter son développement naturel, il envisageait en face la lacute princ'pale de ses analyses. Mieux il se rendait compte de la subjectivité absolue de son point de dépatt, et d'autant plus il reconnaissait la nécessité de donner, dans sa théorie, une base à la croyance aux réalités objectives. L'empirisme pur, en effet, amené jusqu’au scepticisme qui est sa fin légitime et dernière, ne peut trouver de place durable dans l'esprit humain. Notre foi à la réalité est invincible, et la tâche d’une philosophie sérieuse h’est pas de nier ou de méconnaître ce fait, mais de le constater et d’en tiret les conséquences. | - M. de Biran aborde résolûment cette tâche. Ses efforts dans ce sens se manifestent surtout dans un écrit qui date de 4843 environ (1), écrit malheureu-

(1) Rapport des sciences naturelles avec la psychologie. Voir le catalogue raisonné à la fin du 3° volume, XI,

INFRODUCŸYION DE L'ÉDITEUR. cxxiit

semefit inathevé, mais qui, joint aux indications tirées d’ailleürs, suffit toutefois pleinement à établir K fhase nouvélle daïts laquelle est entrée sa spécultion philosophique.

Il feconnaît donc qu’il est däné l’esptit humain un prihcipe de croyance, qu'il Homme aussi raison, faculté de Pabsvlu, révélant les réalités, et nous miettant en rapport avec l’universel ét le nécessaire. Ce principe est un éléfnent houveau à joindre à l’affettion etau mél un système à part dont il faut ussignet la place. Îl ÿ a, en un miot, une faculté de croire hatdrellement tournée vers l’absblu, en opposition au caractère relatif de la connaissance expérimentale. Demande-t-on les titres de cette faculté ? Elle se justifie par elle-même et au même titre Que l'expérience. La certitude de la réalité übjeclive s'impose à nous et noûs he sommes pas libres de la contester, plus que nous ne le sortithes de révoquer en doute les phénomènes que l'observation nous manifeste. Comment s'assurer que notre connaissance répond à la réalité? « Par la nécessité absolue où nous somines de le croire. »

Ces déclarations sont explicites. Elles constituent un pas en avant prononcé, un désaveu complet de l'empirisme de l'Essat, une reconnaissance formelle de l'ordre rationnel et de ses droits.

On pourrait désirer que M. de Biran eût distingué deux éléments divers qu'il semble réunir : la présence dans l’esprit humain dés idées et des principes a priori, qui constitue la raison , et la valeur attribuée à ces idées, à ces principes, éomine à la réalité

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objective des objets de nos représentations, qui constitue le fait de la certitude. Mais cette distinction qu'il omet, ou ne reconnait pas d’une manière positive, est d’une importance moindre que la distincüon à laquelle il arrive pleinement entre l'expérience et le jeu des facultés supérieures qui dépassent l’expérience et la rendent seules féconde et même possible.

Ce qui résulte, en premier lieu, de l’élément nouveau auquel il a fait sa part, c'est la réalité de la substance de l’âme, qui n’est pas le mot, mais dont le moi est la manifestation. Le fait de conscience ne donne à la vérité que le moi, mais sous le moi nous plaçons la substance de l'âme, nécessairement et non point d'une manière arbitraire ou en vertu d'une hypothèse. Vient ensuite la réalité de la substance corporelle qui ne se manifeste à aucun de nos sens, mais que nous sommes contraints d'admettre comme le support et le sujet d’inhérence de toutes les qualités sensibles. M. de Biran s'élève ensuite à la considération des lois nécessaires de la pensée, des notions universelles et des principes, entre lesquels le principe de causalité conserve le premier rang. Il ne renonce pas à ses vues précédentes : les notions fondamentales sont bien toujours à ses yeux des expressions du fait primitif, mais les données du fait primitif se transforment, sous l’action de la faculté de l'absolu, et revêtent un caractère d'universalité et de nécessité qu'elles ne sauraient tirer d'un fait quelconque. Le caractère nécessaire de l'ordre logique, dans son opposition à la sphère de la liberté, est aussi nettement indiqué.

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