‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 46 sur 90 · INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CXXY · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CXXY

L'acte n’est pas l’idée, et l’effort ne crée pas plus les notions et les lois de la pensée, que le fait d'ouvrir les yeux ne crée la lumière. « Ouvrir les yeux de « l'esprit, les diriger du côté d'où vient la lumière, « les tenir fixés sur l'objet, voilà tout ce que nous « pouvons, et en quoi consiste la liberté. »

Il y a donc deux ordres à reconnaître : l’ordre de la connaissance ou l’expérience {ces deux termes paraissent synonymes pour M. de Biran), et celui de la croyance ; et ces deux ordres ont des lois inverses. Pour connaître il faut agir : telle est la donnée fondamentale de la psychologie, de telle sorte que l’acte est vraiment primitif au point de vue de la connaissance. Mais pour agir, il faut être : telle est la donnée nécessaire de la croyance; de telle sorte que si l'acte est primitif quant à la connaissance, l’être qui agit'est conçu nécessairement comme antérieur à son action, et devient le vrai primitif au point de vue de la croyance. « Ce que nous connaissons a son prin- « cipe nécessaire dans ce que nous ne connaissons « pas (d’une connaissance expérimentale), mais que « nous croyons exister. » Îl y a plus; non-seulement l'absolu de l’âme est donné dans la manifestation du moi, mais la personne consciente ne peut prendre possession d'elle-même, sans se concevoir comme une existence limitée, par opposition à l'existence infinie qui devient le vrai primitif pour la croyance. « L'infini, l'éternel est donné à notre âme, comme « elle est donnée à elle-même quant au fond de son « être. Avec la perception de la personne, ou le fait « primitif de la conscience, commence le déterminé,

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CENI ŒUVRES DE M. DE BIRAN

« le fini, qui est conçu ou représenté par limitation « dans l'infini. »

En vertu de la nécessité de la pensée qui met un absolu sous toute manifestation phénoménale, la connaissance ne peuf avoir lieu sans que la croyance se manifeste immédiatement et indivisiblement. D'autre part, sans la connaissance, la faculté de croire n'entrerait jamais en exercice. Les deux éléments sont donc intimement unis dans toute connaissance réelle ; mais dans leur unjon ils demeyrent profondément distincts, et ne sortent l’un de l'autre par aucune transformation, L'empirisme, tant interne guexterne, sans nul principe de croyance, ne donnera jamais l'universel et la nécessaire, Mais l’universel, le nécessaire, l’ahsolu, objets de la faculté de croire qui ne sa manifeste qu'à l’occasion de J'expérience, ne sauraient devenir en eux - mêmes gt dans leur abstraction le point de départ de la science. Nous n’en possédons pas une notion telle qu'il soit possible d'en déduire les existences réelles et qu'une science 4 priori puisse remplacer l’abservation des faits. Les notions universelles et nécessaires échappent à l’'empirisme; les existences réelles échappent à l'étude exclusive de ces notions et de leurs conséquences logiques.

Ainsi s'exprime M. de Biran,

Il est donc arrivé, comme nous ledisions, à reconnaître formellement l'existence, la place et les droits de l’ordre rationnel dans l’ensemble des manifestations de l'esprit humain. Les dernières phases de son développement yne fois connues, il ne sera plus

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