‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 47 sur 90 · INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CXEVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CXEVII

permis de reproduire l'affirmation de M. Cousin, qu'il « a passé à côté de la raison, » et de chercher dans ce fait la cause de son mysticisme. Son mysticisme, 8i on veut user ici de ce terme, a des racines tout autrement profondes : on le verra sous pau.

Les spéculations philosophiques de la seconde période étaient restées dans une sphère où l'élément théologique ne trouvait aucune plage. Mais l’idée de Dieu, étrangère aux expositions systématiques de l'écrivain, grandissait dans l'âme de l’homme (4). La considération des vérités ahsolues venait offrir au système et à la vie l’occasion de se rencontrer et de sunir. Cette rencontre caractérise la crise qui sépare la troisième période proprement dite, du mouyement de la pansée qui en est le préliminaire.

« La cauge des existences, » écrit M. de Biran en 1818, « objet prapre de la raison, pe peut être con- « que par elle que comme nécessaire, une, absolue, « éternelle et immuable, car c'est cela même qui « constitue l’objet de la raispn, Toutes les vérités « nécessaires que notre esprit trouve telles, et qu'il « ne fait pas, ont le caractère essentiel d’éternité et 4 d'immutabilité ; elles étaient avant que l'esprit les « conçût ; elles sant les mêmes alors qu'il esse de « les apercevoir ; elles seraient encore quand aucune « intelligence finie, faite comme la nôtre, ne les « comprendrait, Comment et où pourraient-elles « donc subsister, s’il n’y avait pas un être infini, « immuyable, en qui seul elles subsistent comiane

ft) Voir le vie de M, de Biran,

CXXVIII ŒUVRES DE M. DE BIRAN

« des attributs dans leur sujet, en qui seul elles « peuvent toujours et parfaitement être enten- « dues (1)? »

Voila la place de l'idée de Dieu parfaitement marquée. Mais la notion de cet être souverain n'est pas suffisamment déterminée par les lignes qui précèdent. Le sujet d’inhérence des idées universelles, l'objet propre de la raison peut n'être en effet que la substance infinie de Spinosa. Mais le panthéisme, cet écueil toujours voisin de la spéculation métaphysique, et contre lequel, malgré le cri de la conscience humaine, les écoles les plus célèbres vont incessamment se briser, le panthéisme n'était pas à redouter pour M. de Biran.

Le besoin personnel de religion avait devancé chez lui, sa biographie en fait foi, toute recherche scientifique sur le principe de l'univers; c’est avec une âme pieuse qu'il aborde les questions théologiques. Aussi, bien que l’idée de Dieu prenne place dans sa doctrine par l'intermédiaire des notions universelles de la raison, il déclare que la conception de l'être absolu par la seule intelligence, est une conception insuffisante et pleine de périls. « Lorsque notre faible intelligence entreprend seule « de s'élever jusqu'à Dieu et cherche à le saisir dans « son idée propre, elle retombe sur elle-même dé- « couragée, accablée, et comme dans cet état de ver- « tige qui s'empare de nous à la vue du plus pro- « fond abîime. Dieu ne peut se manifester à l'esprit

(1) Cette citation et les quatre suivantes sont tirées des Fr'agments relatifs aux fondements de la morale et de la religion.

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