INTRODUCTION DE L'ÉBITEUR. CHALET
teurs de cette doctrine en modifiant une parole de M. de Bonald, l’homme est une intelligence servie par une volonté. En revêtant du caractère propre de l'idée théologique leséléments de l’homme ainsi conçus, on est conduit à définir l’être divin -comme une intelligence infinie ayant la toute-puissance à sa disposition. Une fois engagée dans cette voie, la philosophie est forcément conduite au déterminisme, ou, en d'autres termes, à la négation de toute liberté.
Toutes les réserves au moyen desquelles on essaye, dans un tel système, de sauvegarder la liberté humaine, tombent d'elles-mèmes, lorsqu'il s'agit du souverain être dont la perfection est l'essence. L'intelligence divine est conçue comme primitive, sinon quant au temps du moins quant à la nature, et la volonté ou la puissance comme subséquente et se réglant d'après les lois de l'entendement éternel, Comment admettre dès lors que la puissance de l'être parfait ne soit pas invariablement dirigée par la considération du bien que l'intelligence lui présente? Et l'intelligence procédant par les lois invariables de la logique,comment ne pas reconnaître que la puissance divine dépend en dernier ressort de ces lois, c’est-àdire qu’elle est en toutet absolument nécessitée; c’estdire que le fond de toutes choses est l'idée, détermination primitive et fondamentale de l'être; c'est-àdire enfin que la lagique non-seulement absorbe la métaphysique, mais encore est identique à la réalité même dans sa plus haute expression? Telles sont les conséquences pressenties par le génie de Leibnitz
cxxxvi . ŒUVRES DE M. DE BIRAN.
comme l’abime vers lequel son système l’entrainait. Cet abime, il n’a pas réussi à l’éviter, bien qu il fût Leibnitz, et aucun de ceux qui adoptent les bases générales de sa théorie ne sauraient l'éviter mieux que lui. -
La doctrine de M. de Biran, en posant une autre base psychologique, conduit à une autre théorie de la nature divine. Le point essentiel de cette doctrine est l'affirmation que c’est la puissance active et non la pensée qui est le primitif et le fondamental dans la constitution de l'esprit humain, ou tout au moins qu'il estimpossible de concevoir l'intelligence comme antérieure à la liberté, soit quant au temps, soit quant à la nature. Revêtons cette donnée du caractère théologique : nous obtiendrons la notion d’un être absolu, dont la nature fondamentale est la puissance et non l'idée, ou, pour réduire l’assertion à ses justes limites, d’un être absolu dans lequel l’idée ne pourra jamais être dite avoir aucune priorité sur la volonté. Dès lors, le déterminisme sera coupé par sa racine, c'est-à-dire que la victoire sur le fatalisme, commencée sur le terrain psychologique, ira porter ses conséquences dernières dans la théorie de l’être divin. En effet, si la puissance en soi, c'est-à-dire la puissance libreappartient à la détermination première du principede l'univers, Dieu demeure incompréhensible dans les profondeurs de son essence ; l'exercice de son pouvoir primordial échappe à toute détermination a priori, non-seulement parce que Dieu est infini, mais surtout par cela seul qu'il est puissance libre. Et qu'on veuille bien le remarquer, rien dans cette