‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 50 sur 90 · INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. .CXXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. .CXXXVII

thèse ne vient renverser ce qu’il ya de beau et de solide dans les nobles doctrines de Platon et de Leibnitz. Dieu se manifeste à nous par les lois de l'intelligence, et ces mêmes lois il les a réalisées dans l’univers. Il existe un accord parfait entre l'esprit, la nature et les pensées de l’Être éternel, source première et cause absolue de l'ordre intelligble comme de l’ordre matériel. La science doit parcourir Île cercle immense qui embrasse à la fois le monde, l’homme et l'intelligence suprême et les réunir dans une merveilleuse harmonie. Mais audessus de cette harmonie, au-dessus de la pensée et du monde, le Tout-Puissant dameure dans l'inaccessible lumière de sa suprême liberté. Le dernier acte de l’âme humaine, lorsqu'elle semonte vers le principe premier des êtres, n’est ni un fait d'intelligence, ni une extase mystique, mais un acte d'adoration, sentiment unique qui répond à une conception unique aussi, celle de la puissance suprême.

La logique se meut donc dans une sphère qui n'atteint pas l'existence absolue, et qui ne peut remonter au delà du monde créé jusqu'à l'acte même de la création qui enveloppe à la fois l'esprit et la matitre. Toute prétention de déterminer @& priort les décrets du Tout-Puissant et de leur imprimer, par là même, le cachet de la nécessité, est une prétention vaine, car le rapport de la pensée et de l’acte dans l'essence de Dieu passe notre savoir. Les fausses lueurs du fatalisme se dissipent, et la raison qui voit ses bornes s'arrête devant une barrière infranchissable. La dernière manifestation de sa force consiste

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à reconnaître la cause de son impuissance, et Îa liliberté est sauvée dans le mystère de l'origine des choses.

Telles sont, je ne dis pas les affirmations explicites de M. de Biran, mais les conséquences légitimes de ses vues. L'autorité de son nom, et le fait qu'il est engagé dans une voie semblable par le résultat de la pure observation psychologique, et en dehors de toute vue systématique, inclineront peutêtre quelques esprits à penser qu'il y a lieu à remettre à l'étude une question que l'on considère souvent comme jugée. La psychologie de M. de Br ran se rencontre d'une manière frappante avec la théologie de Descartes. Ce grand génie, malgré la direction générale de sa pensée, n'a cessé d'affirmer et d'affirmer avec insistance que la liberté divine est absolue et surpasse toute compréhension. C'est le traiter trop légèrement, ceme semble, que de nevoir dans cette assertion si grave qu’un souvenir de l'enseignement de ses maîtres, une opinion reçue dont dont il n’aurait pas calculé la portée (4). On est souvent bien prompt à donner sur ce point gain de cause à Leibnitz contre son maître, et à célébrer comme un progrès la doctrine par laquelle Male-

(1) Voir l'Histoire de la philosophie Cartésienne, par M. Franeisque Bouiller, tome L, page 88. — Cet auteur n'a pas suffisamment apprécié, dans mon opinion, l'importance de la doctrine de la liberté de Dieu dans l’économie générale de la théorie de Descartes. Je ne puis aborder ici une discussion de cette portée. Les

vases d'un homme tel que M. Bouiller, surtout lorsqu'elles sont le résultat de longues études, poursuivies avec une noble persévérance, ne se réfutent pas, en passant et sous la ferme d'une note.

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