‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 6 sur 90 · INTRODUCTION PE L'ÉDITEUR. XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION PE L'ÉDITEUR. XIII

Ces incertitudes -renouvelées le conduisent à’ la question qui est, à ses yeux, la première en impor-

fance : Que pouvons-nous? Ÿ a-t-il, dans l’homme,

un principe d'activité ? S'il existe, quelles sont les limites de son pouvoir? « Avant d'entrer dans au- « cune recherche sur la morale, sur la manière de « diriger nos facultés vers le bien, et de tirer de « nous-mêmès le meilleur parti possible, pendant ces « courts moments où nous figurons sur le théâtre « @u monde, il faudrait bien nous assurer si homme « est réellement actif, s’il est bien le maître de con- « duire son entendement et sa volonté: ou bien, « si soumis sans cesse à l’impression des objets, «tous ses jugements ‘sont. invinciblement entrai- «nés par eux; si les divers états par lesquels il « passe, dans le cours de son existence, sont forcés, « de telle sorte qu’il n’en aït qu’un sentiment passif. « Dans ce dernier cas, toutes nos recherches seraïent « vaines; tous nos soins pour régler nos penséés et « leur donner une pente à la perfection, seraient su- « perflus. Nous n’aurions qu’à nous laisser entrainer « par le torrent. Il serait même déraisonnable de « nous consumer en vains efforts et de rendre notre « position plus malheureuse, en cherchant à lutter « contre elle. Avant done de nous embarquer dans « aucune étude, cherchons si nous sommes actifs « dans nos jugements, et jusqu'à quel point nous le « sommes. » ”

Tel est le problème fondamental qu'agite M. de Biran, au début de sa carrière philosophique ; ce problème est demeuré toujôurs l’objet principal

XIV ŒUVRES DE M. DE BIRAN

de ses préoccupations. Il l’a envisagé successivement, sous des faces différentes; mais si la solution a varié, la question est restée la même. Que pouvons-nous ? Il se l'est demandé jusqu'à la fin, et il semble avoir tracé lui-même le programme général de son œuvre, lorsqu'il écrit, vers 1794 ou 1795 : « Il serait bien à désirer qu'un homme, habitué à « s'observer, analysât la volonté comme Condillac a « analysé l'entendement. » Il devait être cet homme et ne se doutait pas encore que son analyse ruinerait celle de Condillac.

Le caractère prédominant des ébauches que nous venons de parcourir, est l'indécision de la pensée. Cette indécision résulte surtout de la lutte entre une doctrine reçue dont l'auteur accepte les conclusions, et les tendances propres de sa pensée qui le font reculer lorsque ces conclusions dévoilent toutes leurs conséquences. Cette lutte subsiste, et se montre, sous des formes nouvelles, dans le Mémoire sur l'influence de l'habitude.

L'écrivain se rattache ostensiblement à l'école de Condillac. Il n’a pas d'autre prétention que celle d'appliquer les principes de cette école à une question de détail. Ce fait est assez notoire pour qu'il suffise d’en rappeler brièvement les preuves. Il est dit explicitement dans le Mémoire sur l'habitude que. la gature de l’entendement n'est autre chose que « l’ensemble des habitudes premières de l'organe « central (1). » Un signe qui n’est pas un son vide,

(1) Édition Cousin, tome 1, page 120.

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