INTROBUCTION DE L'ÉDITEUR. CXXXIX
branche a précipité la philosophie dans les voies qui conduisent à Spinosa.
Je n'ai pas, du reste, la pensée d'aborder ici au fond, et pour mon propre compte, l'exarhen de ces hauts problèmes : une telle étude sertirait du cadre d'une simple introduction. Il suffit d'avoir montré comment M. de Biran, dégagé définitivement des liens de l'empirisme, se trouvait en face des grandes questions de la nature et du principe des choses, et pouvait puiser dans ses doctrines psychologiques les prémisses d'un système de Dieu et de l'univers. Le mouvement naturel de sa penaée semblait le pousser à déduire de ses idées fondamentales une théorle dont les besoins de son cœur, les idées de sa raison, et ses observations fécondes sur la nature de l'homme, auraient formé les bases, en un mot, une théologie naturelle qui n'aurait certes manqué ni d'importance, ni de nouveauté (1).
Cette voie ne fut pas la sienne. Observateur bien plus que logisien, se plaisant moins à développer un principe dans ses conséquences qu’à explorer toujours plus profondément le terrain des réalités, il ne s'enferma pas dans sa doctrine acquise comme dans
(4) T'emploie ici, à dessein, les termes de Théologie naturelle, au lieu de celui de Théodicée, qui tend à prévaloir dans l'usage. Le terme Théodieée a un sens précis, oonforme à son étymologie, et qu’il faut lui laisser. Les preuves de l'existence da Dieu, et la théorie des attributs de l’Être divin ne font pas partie de la Théodicée, mais de la Théologie naturelle dont ia Théodicée est une “es parties. Il n'y a nul motif valable pour se soustraire, sur ce point, à l’autorité de l'Académie française, dont le Dictionnaire porte : a Thdodicée, Justice de Dieu. —Théologie naturelle, se dit « de ce que la raison nous appreng de l'existence et des attributs
CXL ŒUVRES DE M. DE BIRAN
les murailles d'une forteresse. À l'horizon toujoursouvert de sa pensée, il entrevit des problèmes nouveaux et déjà sur le seuil de la religion naturelle, il passa outre et finit par aborder le domaine propre de la foi des chrétiens. C'est ce pas dernier et décisif de sa pensée qui doit maintenant fixer notre attention. Abordons les considérations générales nécessaires pour le mettre en pleine lumière. Nous nous éloignerons pour quelque temps de M. de Biran, mais ce ne sera que pour revenir à lui avec des vues plus claires et plus précises sur la marche de son esprit.
Quel est le principe de la religion naturelle, scientifiquement professée et réduite en corps de système? C'est l'affirmation que la raison établit par ses ressources propres toutes les grandes doctrines nécessaires à l'homme : Dieu, le devoir, la nature, l'origine et le remède du mal, l’immortalité, la justice à venir, de telle sorte que, en dehors de la tradition et sans rien emprunter à la doctrine révélée, l'homme découvre une réponse suffisante aux problèmes qui naissent des exigences de sa nature et des mystères de.sa destinée. Il est essentiel d'observer que nier le principe de la religion naturelle, ou la suffisance
« de Dieu. » Ce n'est que depuis quelques années, dit M. Franck, (Dictionnaire des sciences philosophiques, article Théodicée), « que le nom de Théodicée a été mis en usage dans notre ensei- « gnement public pour désigner la quatrième et dernière partie de « la philosophie, celle qui traite à la fois de l'existence et des at- « tributs de Dieu, de ses attributs métaphysiques aussi bien que « des attributs moraux. » Quelle que soit l'autorité de l’Université de France, elle doit céder, sur ce point, à l'autorité de l’Académie française, dont la décision se trouve en ce cas confirmée par l'usage ancien, et la valeur propre des termes.