INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR, CXLI
de l'esprit humain dans la sphère des questions religieuses, ce n’est point nier la valeur de la raison, et prendre place au rang des adversaires de la philosophie. On peut rendre justice aux efforts par lesquels les sages se sont élevés à la conception de l'infini, à la possession de l'idéal; on peut lire avec une âme émue les grandes pages de la philosophie antique, éprouver une sympathie vraie pour ceux qui, de nos jours, parlant comme ils savent de Dieu, de l'âme, de l'avenir à un siècle indifférent et sceptique, s'efforcent d'élever à de plus hautes pensées des hommes plongés dans la poursuite des intérêts matériels, on peut faire toutes ces choses et croire toutefois qu’en présence des aspirations les plus hautes du génie païen, et des combinaisons les plus savantes de notre théologie naturelle, il reste pour l’intelligence des questions du premier ordre qui ne sont pas résolues, pour l'âme des besoins immenses qui ne sont pas satisfaits. :
De ce que l’on ne croit pas à la suffisance de la raison dans les questions religieuses, il ne résulte en aucune manière qu'on mette sur le mème rang toutes les doctrines étrangères à la foi révélée, que, sacrifiant l'évidence aux exigences d'une cause ou au fanatisme d’une opinion, on efface la ligne qui sépare la lumière des ténèbres, on ne sache plus distinguer les nobles tendances du spiritualisme des aberrations de l'esprit qui ne connaît que la matière, ou la sagesse d’une philosophie qui s'inspire des besoins réels de la conscience du délire orgueilleux d’une pensée qui ne connaît plus de frein. Nous n’en
eu ŒUVRIS DE M DE BIRAN:
sommes pas réduits, comme voudraient lé faire pen: ser une théologie extrème ou une philosophie non moins excessive dans ses prétentions, à choisir entre une soumission aveugle à une tradition qui rempld: cerait toute science, et uné sciencé exclusive de toute reconnaissance des droits de la tradition et de la foi religieuse. [Il est permis de penser que la lumière de la raison se concilie avec une lumière plus haute, et les noms des philosophes qui acceptèrent ce point de vue ont sans doute autant de poids que le honi des hommes qui ont voulu proclamer le divorce de de la science et de la foi. Il y a chez les défenseurs du système de la religion naturelle beaucoup d’intelligence et de savoir : on serait mal placé pour le contester aujourd’hui. Mais quelle que soit leur habileté, il leur manque une vue sérieuse et profohde de deux ordres de faits esséntiels : l'histoire des idées et l’état de la nature humaine.
Et d'abord l’histoire des idées: La connaissance du vrai Dieu, du Dieu source unique des existeneés, créateur absolu de l'univers, du Dieu qui demeure dans la plénitude de sa liberté, en dehors d’un monde qui n'existe toutefois que par l'acte continu de son pouvoir, cette connaissance n'a été dégagée de tous les nuages et positivement formulée que par la prédication chrétienne ; de nos jours encore, elle n'existe que là où directement ou indirectement le Christianisme exerce son influence. Lorsqu'on veut savoir quelle est, au juste, la position dela raison humaine à l'égard du problème théologique, la manière la plus sérieuseet la plus utile d'aborder la question