INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CXLIX
s'abstient comme philosophe, Bacon renvoie la question à la foi, n'est-il pas permis de demander à quelle scurce inconnue à ces métaphysiciens illustres, les partisans de la religion naturelle puisent aujourd’hui la fermeté de leurs affirmations sur ce sujet important ?
L'histoire de la conscience morale soulève encore le même problème et je m'y arrêterai quelques instants. La conscience a son histoire en effet. S'il est faux d'affirmer avec Locke qu'il n'existe dans l'homme aucun élément moral primitif et universel, il n'est pas moins faux d'affirmer avec J.-J. Rousseau que la conscience partout et toujours la même rend, au travers des siècles, des oracles identiques. Partout où l’humanité se trouve, on rouve aussi l’idée du bien et la loi du devoir. Mais par quelles variations profondes ne passe pas cette idée sainte! Quelles mutilations étranges subit cette loi auguste ! La conscience d'Ulysse fertile en mensonges, différait assez de celle de l'homme d'houneur, esclave de sa parole; les peuples païens se font des devoirs qui sont des crimes à nos yeux ; et lorsqu'on a surmonté le prestige du style de J.-J. Rousseau, on est confondu de l'audace du paradoxe qui, dans la même page, affirme l’immutabilité de l'ordre moral et fait allusion aux sacrifices humains quiensanglantaient les autels des idoles (4).
(1) Jetez les yeux sur toutes les nations du monde, parcourez toutes les histoires : parmi tant de cultes inhuwmains et bizarres, parmi cette prodigieuse diversité de mœurs et de caractères, vous
cL ŒUVRES DE M. DE BIRAN.
S'il est essentiel de constater que l'idée du vrai Dieu a été répandue sur la terre par la prédication de l'Évangile, il n’impurte donc pas moins de se demander pourquoi ce mème Évangile a manifesté au monde un idéal de sainteté qui ne se trouve pas ailleurs, un idéal que la conscience humaine avait le pouvoir de reconnaître, sans avoir eu la puissance de le produire. |
La question se pose sur le terrain propre de l’histoire de la philosophie.
Entre le Portique et l'Évangile, il y a tout un monde. Le sage qui s'enferme dans le sentiment impassible de sa propre valeur, et cherche dans l’isolement une quiétude orgueilleuse, ne fait en rien pressentir le disciple du maître doux et humble de cœur, qui fit de l'universelle charité le premier précepte de la loi.
Socrate et Kant offrent plus d'un trait de ressemblance; mais, d'autre part, quelles différences profondes! Autre est cette morale élevée mais indécise, qui semble parfois ne distinguer le devoir de l’utile que pour le confondre avec le beau, autre l’affirmation précise de la loi obligatoire et absolue. Kant n'était pas chrétien sans doute au sens complet du mot ; on ne peut toutefois méconnaître dans ses travaux les caractères manifestes de l'influence évangélique. Son œuvre fut immense. Mais cette
trouverez partout les mêmes idées de justice et d’honnôteté, partout les mêmes principes de morale, partout les mêmes notions du bien et du mal, (Profession de foi du Vicaire Savoyard.)