‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 62 sur 90 · INTRODUCTION DE L'EDITEUR. CLXXVIF · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'EDITEUR. CLXXVIF

La vie animale, ou celle de l'organisme.

La vie humaine, ou celle de l'intelligence et de la volonté.

La vie de l'esprit, ou celle de l'union avec Dieu.

Cette division n’est pas nouvelle. Le P. Gratry, après avoir rappelé qu'on {a rencontre très-expressément dans saint Augustin et saint Bonaventure {1}, la développe lui-même, avec toutes les ressources de son âme pieuse et de sa riche imagination, dans un livre en tête duquel il a inscrit, avecune‘si chaude sympathie, le nom de M. de Biran (2). On retrouve également cette division, au moins pour le fond, dans la page immortelle où Pascal, au-dessus des grandeurs mondaines et des grandeurs de l'intelligence, exalte les grandeurs surnaturelles de la cha- rité (3). Elle appartient en un mot à la tradition chrétienne, dans le sein de laquelle elle se dévdoppe naturellement (4).

Mais si M. de Biran n'a pas découvert le premier ce que tant d’autres connaissaient avant lui; si, en

(4) Mens nostra tres habet aspectus principales : unus est ad corporaka exteriora, secundum quem vocatur animalitas seu sensualitas ; alius intrà se et in se, secundum quem dicitur spirilus; tertius est suprà se, secundum quem dicitur mens. (Itinerarium mentis in Deum, caput 1.)

(2) Connuissance de l'âme, Paris, 1857.

(3) De Jésus-Christ (édition Faugère, tome II, page 331).

(4) M. le professeur Conti va jusqu’à se demander si la théorie des trois vies, ne serait pas le fond philosophique de la Divine Comédie : E il Divino Poema dell’ Alighieri non rappresenta forse il medesimo cammino deli unima dall' inferno della vita animale alla vita dello spirito che combutte et si purga, ed alla vittoria dello spirito in Dio ? ( Maine de Biran, Suu vita e suvi pensieri, estralto dello Spettatore, anno IV, Firenze 1858.)

CU CŒUVRES DE M DE BIRAN

abordant la vérité religieuse, il y à retrouvé les vues sur la nature de l'homme qui découlent de cette vérité, l'étude de la lente élaboration de ses doctrines pergiet d'affirmer, je le crois, que l’idée des trois vies sous sa forme expresse a été le produit spontané de sa pensée. Il ne l’a pas reçue de seconde main; il l'a puisée à la source, et a reproduit saint Augustin et saint Bonaventure, sans le savoir, de même que Descartes a douné pour sien, sans qu'il soit permis dé l'accuser de plagiat, un argument déposé depuis des siècles dans les pages de saint Anselme, Îl importe heaucoup moins du reste de discuter ici uhe question de propriété intellertuelle, que de se rendre compte de la nature de la troisième vie telle que M. de Biran la comprenait.

Le fatum des penchanté nés de la machine organisée caractérise la vie animale. La vie humaine résulte de l'apparition de l'intelligence ét de la volonté; l'effort préside à tous ses phénomènes et en constitue l’essence. Ce qui préside à tous les phénomènes de la vie de l'esprit, c’est l'union de l’âme avec Dieu, source de la paix et du bonheur ; 66 qui en constitue l’essérice, c’est l'amour. L'amour divin est l'abandon de soi à l’être par lequel et pour Îequel nous sommes faits, à l'être dans lequel réside la plénitude de toute perfection. C'est l'acte suprème de l’âme qui renonce à l'orgueil de sa possession propre, et, entrant dans l'harmonie universelle dont l’égoisme la séparait, se donne à Dieu comme au principe de son existence, et trouve en Dieu un

INÉNODÉCTION DE L'ÉDITEUR. @ittit

ordte nouvéat d'afféctions. « Il-faut que Dieu soit « mis à la place que le of n'a pas eu honte d’usui- « per. Après Dieu, tous les objets de nos affections « raisonhables ‘doivent être aimés, nou pour nous « mais pour eux-mêmes ét comme ouvrages de « Dieu. »

L'amour est donc un renoncement; Mais un renoncemént merveilleusement profitable; l’âme qui aime Dieu 8e donne, fais elle abandonne tout pour tout retrouver au tentuple, car l'union avec là sourte de tout bieh nous met en possession de fa plénitude de la jvie, dont les recherches de l’égoisme he poutsuivent jamais que la trompeuse apparente. « Dès « que nous sommés disposés invariablement à sacri- « fier notre volonté propre, en faisant abnégation « complète de noûüs-mèmes, dès lors notre âme est « en repos et l'amour est le bien de la vie.» .

Tel est le but de l'homme; et ce but noùs est assigrié pat notté Hature même. Quand l'Amé s'élève à là vië supérieure, élle n'arrive pas À quelque chose d'extérieur, d’étrangér à sa constitutioï primitive ; elle y trouve l’épanouissemerit d’un principe qui, sernblable au feu couvañt sous la ééridre, était voilé sans être détruit. « Le gèrme dé la vie de l'esprit « existetotjours au fond de l'âme, où il à été déposé « par l’auteur de la nature. # Nous ävôns besoin de Dieu ; il est au fond de notré êtré une partie divine qui ne saurait se satisfaire dans l'instabilité des choses présentes, et tend toujours pär tiaturé à se rejoindre à son premier principe. Mais l'homme extèridut hvéc ses convbitises, les distrattiohis dé la vie,

CLIXX ŒUVRES DE M. DE BIRAN

l'esclavage des sens, voilent la lumière intérieure, et font taire la voix secrète qui nous rappelle à notre destination.

Cet état n'est pas primitif puisqu'il est un désordre, et que tout ce qui est primitif remonte à Dieu dont nul désordre ne saurait procéder. La chute de l'espèce humaine nous a ainsi enlacés dans les liens d'une vie inférieure, de telle sorte que l'idéal s'éteint en nous, et que lorsqu'il brille à nos regards comme une lueur fugitive, la force nous fait défaut, et nous désespérons de l'atteindre. Mais cet idéal obseurci, Jésus-Christ l’a montré au monde dans toute la splendeur de son premier éclat; mais cette force qui nous manque, Jésus-Christ la promet et l'accorde à ceux qui ont foi en sa promesse. La vie de l'esprit, déposée à l'origine dans l’âme humaine et détruite par le péché, resplendit de nouveau dans l’économie de la grâce qui est une économie de restauration.

L'union de l'âme avec Dieu s'opère au moyen d’une faculté, ou plutôt d’une réceptivité supérieure, qui est le fait le plus élevé de l'existence. Le développement de la force personnelle qui constitue la vie humaine s'accomplit donc entre deux états passifs, l’un dont elle doit sortir par son effort : la sensibilité animale ; l’autre où elle doit parvenir : la vie en Dieu. « L'homme est intermédiaire entre Dieu et « la nature. Il tient à Dieu par son esprit, et à la « nature par ses sens. Îl peut s'identifier avec celle-ci « et y absorber son mot, sa personnalité, sa liberté. «en s’abandonnant à tous les appétits, à toutes « les impulsions de la chair. Il peut aussi, jusqu'à

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