INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. | GLEXXI
« un certain point, s'identifier avec Dieu, en absor- « bant son moë par l'exercice d’une faculté supé- « rieure. Îl résulte de là, que le dernier degré d’a- « baissement, comme le plus haut point d’élévation, « peuvent également se lier à deux états de l’âme, « où elle perd également sa personnalité; mais dans « l’un, c’est pour se perdre en Dieu; dans l’autre, « c’est pour s'anéantir dans la créature. »
Telles sont les vues générales de M. de Biran sur la vie de l'esprit. Si l’on s’arrêtait aux dernières paroles que je viens de citer, on serait conduit à penser que ce philosophe, après avoir si hautement proclamé, contre l’école de Condillac, les droits de la personnalité humaine, a sacrifié cette personnalité aux extases du quiétisme. Mais on n’a pas le droit de prendre au pied de la lettre les termes d’ébauches renfermant le premier jet de la pensée d’un écrivain. La plus simple équité demande qu'on les interprète, en les rapprochant des autres déclarations qui peuvent en éclairer le sens. Or, M. de Biran ne renie point sa doctrine antérieure. Pour que l’homme renonce à lui-même et s’abandonne à l'influence de l'esprit de Dieu, il faut d’abord que l’homme soit, et il n'est que par l'activité libre. « Pour faire abnéga- « tion du not, il faut d’abord qu'il y ait un mot. » Puis la volonté, l'effort, la liberté ne sont ni des illusions, ni des puissances trompeuses. Tout au contraire, la seconde vie a pour mission de préparer la troisième. Agir, méditer, prier, sont des actes de l'âme; et ces actes sont le chemin pour aller à Dieu. Il faut que l'effort lève les obstacles qui retiennent
CLIXEN ŒUVRES DE M DE BIRAN
l'âme captive dans les sens, et laisse se manifester son affinité naturelle avec le créateur. Il ne faut pas attendre Dieu passivement, il faut le chercher, il faut marcher à sa rencontre. Les Sioiciens se trompent sans doute lorsqu'ils croient pouvoir atteindre par leur propre force la sagesse et le bonheur; ils demeurent dans les illusions de l’orgueil. Maisle quiétisme aussi a ses illusions; il se trompe lorsqu'il méconnaît la force propre que le créateur a donnée à sa créature, lorsqu'il ne tend à rien moins qu'à nier la réalité de l'âme et du mot. « L'acte de soumission « du #o0i à lu voix intérieure, au à l’apération de l’es- « prit supérieur est unacte libre. Le #0f ne s’anéan- « tit pas pour cela; et, quand il s'absorbe daus l'en- « thousiasme, il n’y a plus rien de Libre, plus rien de « moral. »
Ces déclarations réduisent, à leur juste valeur, les expressions échappées à M. de Biran, dans une rédaction qu'il n'a jamais revue, et ne permettent pas de le confondre avec les partisans de l'extase mystique. Il lui a manqué le temps de s’expliquer à loisir, et même de s'entendre toujours bien avec lui-même. Des notes jetéesen passant, des indications rapides déposées sur des feuilles volantes, prouvent que son œuvre, revue et terminée, n'eût pas laissé de place à certaines difficultés qui, dans l'état actuel des choses, peuvent s'ofirir à l'esprit du lecteur.
On: peut se demander, par exemple, comment il entend précisément le rapport de la vie de la valonté et de la vie supérieure de l'amour. A prendre le plus