INTRODUCTION BE L'ÉDITEUR. "CLXXXNS
grand nombre de. ses déclarations, il semble. qu'il considère ces deux vies comme successives dans Île temps. La seconde vie prépare. la troisième ; l’âme triomphe des penchants inférieurs, puis, ce triomphe aecompli, elle s’abandonne à l’action de l'esprit de Dieu, et,#le la période de la lutte, elle passe à la période de la joie et du repos. D'un autre côté, dans sa polémique contre les Stoiciens, M. de Biran insiste sur ce que l’homme est impuissant à atteindre la troisième vie par ses seuls efforts. Il y a ici un manque . d'unité dans la pensée. Si la grâce est nécessaire à l'homme pour qu'il puisse triompher des penchants, les éléments de la vie supérieure coexistent avec ceux de la période de lutte; l’union de l’âme avec Dieu et ses efforts pour dompter la nature animale sont des faits contemporains et non pas seulement successifs. Le philosophe voit la difficulté, et en indique la solution. « La question, » dit-il, dans une note isolée, « est de savoir si la troisième vie ne peut pas « coexister avec la seconde, comme la seconde avec « la première. C’est cé que je crois possible, en tant « qu’on fait servir dans la pratique les facultés de « la seconde vie à préparer la troisième. »
Cette pensée, enrichie de ses conséquences, suffisait: à dissiper les nuages qui enveloppent, en quélques endroits, la pensée de M. de Biran touchant les rapports des deux vies supérieures et la nature propre de la vie de l'esprit. En effet, reconnaitre la simultanéité dans le temps de l'effort humain et de la grâce divine, ce n’est pas seulement faire la part de l’action divine dabs la lutte
1 CLXXXIV ŒUVRES DE M. DE BIRAN
de l’âme contre les penchants, c'est, du même coup, tarir dans leur source les erreurs du quiétisme. L'analogie dont use M. de Biran le met bien sur cette voie. Il compare la coexistence de la troisième vie avec la seconde, à celle de la seconde avec la première. Or, il résultait de ses analyses que le déploiement le plus énergique de la force personnelle ne détruit pas la vie animale ; que l'état normal n'est pas celui où cette vie inférieure serait supprimée, mais celui où elle serait domptée, et mise sous le joug de la volonté dont elle deviendrait l'instrument. De inème, l’état normal dans un degré supérieur ne doit pas être celui où la force personnelle serait anéantie, mais celui où cette force, renonçant à se donner elle-même des lois, se soumettrait entièrement à la volonté divine. Ainsi, de même que la vie animale réduite au rang d’instrument subsiste dans la vie humaine la plus développée, de même, la vie humaine, devenue par l'amour, l'organe libre et. l'instrument volontaire de la puissance suprême, doit subsister dans le degré le plus élevé de l'union de l'âme avec Dieu.
Ces pensées sont en germe dans l’œuvre de M. de Biran ; elles n’y sont pas développées et indiquées d'une manière assez précise. Dans l'état incomplet où se trouvait sa théorie, il a trop cédé parfois à l'influence exelusive des clartés nouvelles qui lui étaient apparues. Ébloui de l'éclat de cette lumière, le temps lui a manqué pour que son regard intérieur, remis de cette première impression, pût s'orienter complétement dans le monde qui venait de s'ouvrir devant