INTRODUCTION DE L'RDITEUR. CLXXXV
lui. Il incline donc quelquefois à confondre la disposition de la créature à tout rapporter à ellemême, ce mot haëssable dont parle Pascal, avec la personnalité ou le mot métaphysique. Il ne voit pas, ou ne dit pas assez clairement, que, dans l'union la plus intime de l’âme avec Dieu, la volonté loin d’être détruite trouve, au contraire, la plénitude de la liberté. L'amour n'étant que la disposition de la volonté qui se donne librement, là où il n’y aurait plus de volonté, il n’y aurait plus d'amour. La conception d’un état d'extase au sens propre de ce terme, loin de nous représenter un degré supérieur de développement rabaisse, au contraire, les créatures libres et raisonnables au rang des choses inanimées qui aceomplissent, mais sans le savoir, les décrets de la sagesse éternelle.
L'antique Orient a légué à nos philosophies et à nos religions ces vues incessamment renouvelées par le panthéisme; mais la vérité chrétienne a d’autres conséquences. Dans ce domaine, les idées morales de l'obéissance et de la révolte remplacent les conceptions métaphysiques de l’être et du néant. L’humilité n'est pas le sentiment de n'être rien, mais d’être une puissance libre et réelle, révoltée contre sa loi. La restauration n'a pas pour but l'état d’une âme qui perd conscience de soi, mais l’état d'une âme qui, dans la plénitude de la vie, ne veut plus que l’accomplissement des plans de l'amour infini. La grâce n’est pas une extase qui abîme la personnalité, mais une force qui relève la volonté défaillante, la erandit, la libère, la fait triomphante ; desorte que,
ELIXEVI CBUVASS DE M. DE RIRAN.
dans un concours mystérieux, plus Dieu opère et plus l’homme est fort en lui-même; car l’œuvre de Dieu est précisément de rétablir dans la créature les forces primitives altérées par la chute. La prière de l'âme chrétienne n’est pas d’être détruite, mais d'être fortifiée.
Une vue plus distincte de ces vérités, souvent méconnues par les philosophes chrétiens eux-mêmes, aurait épargné à M. de Biran bien des incertitudes, et ne lui aurait pas permis d'établir, comme il lui arrive de le faire momentanément, entre la grâce st la liberté, une opposition qui l’'embarrasse.
Il est un autre point sur lequel ses expositions ne jettent pas une pleine lumière; je veux parler de l'influence de la troisième vie sur l'ordre de la connaissance. L'homme est un, et toutes ses puissances, enchaînées dans une étroite harmonie, s’abaissent et s'élèvent en même temps. Si la domination de la vie animale obscurcit l'intelligence en troublant les sources de la pensée, il est naturel d'admettre que l'union de l'âme avec Dieu doit éclairer l'esprit, et le mettre en rapport avec la vérité qnrme ave le bonbeur. D'un autre côté, cette thèse mise en présence des faits se trauve toute hérisséa de diffiaultés, et soulève des objections sérieuses. -Ella réclame donc un examen approfondi; et, dans l4 voie où était engagé M. de Biran, il était impossible. que la question ne se posât pas. Il a vu le problème, en effet, et se disposait à en poursuivre l'étude, Après avoir approuvé ee mot de Pascal : « Qn, n'entre 4 dans la vérité que par la charité, »: il ajoute :